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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 18:15

Et pendant ce temps, Bernard Tapie est à Madagascar…

L'homme d'affaires a rencontré lundi Andry Rajoelina afin de « contribuer aux efforts de développement » de son très critiqué régime.

Bernard Tapie en 2005 (Charles Platiau/Reuters)

Info signalée par un internaute

Depuis le coup d'Etat de mars 2009, Madagascar est dirigé par un homme d'affaires de 36 ans, Andry Rajoelina. Alors que les ONG dénoncent des violations des droits de l'homme, Rajoelina vient d'annoncer un programme de « développement » d'un milliard d'euros. Bernard Tapie, arrivé dans l'île dimanche, devrait en profiter.

Seuls quelques médias malgaches ont évoqué l'information, annoncée tard dimanche soir par un communiqué de la « Haute autorité de la transition » – Madagascar n'a plus de gouvernement officiel depuis près de deux ans :

« L'industriel français, Bernard Tapie, a foulé, ce dimanche vers 22 heures, le tarmac de l'aéroport international d'Ivato. Ayant fait le déplacement avec son propre jet privé, il compte contribuer aux efforts de développement, déployés dans le pays par le régime de Transition. […]

Rappelons que Bernard Tapie était membre du gouvernement français, dirigé par feu Bérégovoy, en avril 1992. Et que, en juin 2010, il a fait son entrée, à hauteur de 30 millions d'euros, au capital d'Urbania, une des sociétés françaises dans la location, la gérance et la copropriété immobilière. Par ailleurs, il est propriétaire d'autres sociétés de renom international. »

Le lendemain, un communiqué de trois lignes confirmait la rencontre entre l'homme d'affaires et le chef d'Etat intérimaire malgache (non reconnu par la communauté internationale) :

« Comme annoncé, l'industriel français, Bernard Tapie, a été reçu en audience par le président de la Haute autorité de la transition, SEM Andry Nirina Rajoelina, ce lundi 17 janvier 2011, dans la matinée, au palais d'Etat d'Ambohitsorohitra. Cette rencontre a duré 45 minutes. »

Face à aussi peu de précisions, la presse malgache s'interroge : Tapie va-t-il faire partie des investisseurs bénéficiant du programme de « développement » de 3 000 milliards d'ariary, « soit un peu moins que le budget national », ou environ un milliard d'euros ?

Tapie n'a « pas le temps » de répondre à Rue89

Joint à Madagascar où il se trouve toujours, l'homme d'affaires a répondu n'avoir « pas le temps de répondre », avant de me raccrocher au nez.

Un proche d'Andry Rajoelina a expliqué, avec un brin de condescendance, qu'il faudra attendre le départ de Tapie, d'ici deux ou trois jours, pour avoir plus de détails :

« C'est ce qui se pratique dans les pays développés. On communique les résultats de la visite à la fin du séjour. Sinon Madagascar passerait pour un amateur. »

La Tribune de Madagascar pressent un rôle central de Tapie dans les investissements annoncés :

« Le promoteur du grand projet immobilier “ Résidence des résidents ” serait-il donc Bernard Tapie ? Tout ici le laisse croire. La question est maintenant de savoir si l'Etat peut négocier et contracter de gré à gré avec un opérateur et investisseur privé. Car tout aussi laisse croire jusqu'à maintenant que ce projet serait confié à ce promoteur immobilier français. […]

En plus de cette “ Résidence des résidents ”, il y a aussi à la clé le grand, peut-être le plus grand centre commercial de l'Océan indien. »

Madagascar « s'enfonce dans une crise majeure », selon une ONG

« Promoteur immobilier », Bernard Tapie le serait donc à travers Urbania, le troisième administrateur de biens français. Sauf qu'Urbania dément que Bernard Tapie soit actionnaire de la société…

Andry Rajoelina paradant à Antananarivo, en mars 2009 (détail d'une photo de Siphiwe Sibeko/Reuters).Depuis le « coup d'Etat » (le terme est de Nicolas Sarkozy, alors président en exercice de l'Union européenne) de mars 2009, Madagascar « s'enfonce dans une crise politique majeure », selon l'ONG International Crisis Group.

Totalement ignorée des médias occidentaux, l'île n'est pas, en ce moment, aussi agitée que la Côte d'Ivoire ou la Tunisie. Mais 720 000 personnes sont menacées de famine.

Andry Rajoelina, ancien DJ devenu homme d'affaires, a renversé le président Marc Ravalomanana en montant un soulèvement populaire. Depuis près de deux ans, le régime n'est pas reconnu par la communauté internationale et essuie des critiques constantes des ONG.

« Recours à la force excessif, parfois meurtrier »

En juin dernier, Amnesty International résumait la situation en ces termes (en fustigeant aussi Ravalomanana) :

« Amnesty International partage les vives inquiétudes exprimées par plusieurs Etats concernant le recours à la force excessif, et parfois meurtrier, dont se rendent coupables les forces de sécurité, ainsi que les arrestations et les placements en détention arbitraires dans le contexte de crise politique actuelle. »

Après son arrivée au pouvoir, Rajoelina avait partagé le gâteau avec les deux anciens présidents, mais les trois camps se disputent toujours les bénéfices du pays.

Question à Bernard Tapie, s'il a le temps de nous rappeler : que va-t-il faire dans cette dictature clanique et affairiste ?

Photos : Bernard Tapie en 2005 (Charles Platiau/Reuters) ; Andry Rajoelina paradant à Antananarivo, en mars 2009 (détail d'une photo de Siphiwe Sibeko/Reuters).

 

 

 

 

Une manifestation à Antananarivo le 31 janvier 2009 (STR New/Reuters).

Dans les statistiques des organisations internationales, Madagascar est à peine visible : infrastructures rudimentaires (pas de réseau routier et ferroviaire conséquent), administration disparate et très mal payée, maillage territorial très centralisé, milliers de côtes sans aucune surveillance… Ce pays est une tête de pont idéale pour le crime organisé.

Madagascar est, comme le Congo ou l'Angola, un blasphème géologique : le pays est pauvre, mais son sous-sol est extrêmement riche en gemmes de toutes sortes. Et du côté du canal du Mozambique, on y découvre, de manière accélérée, d'importants gisements d'hydrocarbures.

Le long règne du président Ratsiraka, qui dirigea d'une main de fer le pays pendant un tiers de siècle (1975-2002, avec une interruption de quatre ans au milieu des années 90), a transformé Madagascar.

Ce joyau de l'empire colonial français est devenu une immense entreprise de prédation des ressources naturelles, grâce à un système de gestion basé sur la corruption et des baronnies claniques et familiales, qui, toutes, déclaraient allégeance au président déchu.

Une double administration : un Etat faible, des clans prédateurs forts

Une double administration s'est mise en place : d'une part, celle de l'Etat aux moyens vétustes et d'autre part celle du Président et des clans prédateurs.

Toute entreprise engrenant des bénéfices substantiels (ilang-ilang, cannelle, poivre, pierres industrielles, pierres précieuses et semi-précieuses, café, bois tropical, tourisme, etc.), fonctionna au sein d'un système dit « informel », échappant aux contrôles de l'Etat.

Même les produits de première nécessité, comme le riz, par des mécanismes sophistiqués, et du fait que la terre appartient à plus de 80% à l'Etat, étaient contrôlés par la famille présidentielle et ses acolytes.

Si la gestion interne était le « fait du prince », les exportations -surtout l'or, les pierres précieuses et semi-précieuses- passèrent rapidement aux mains des clans asiatiques et africains agissant souvent pour le crime organisé.

Certains hommes d'affaires véreux, américains et européens, ayant passé des contrats d'exportation avec l'entourage présidentiel, en font de même.

Après 2002, des espoirs déçus par Ravalomanana

La chute du clan Ratsiraka et l'affaiblissement des baronnies pouvait faire espérer l'avènement d'une nouvelle ère.

En 2002, le Président Marc Ravalomanana a conquis le pouvoir en dirigeant une insurrection populaire contre la corruption et l'isolement de l'île. Il a ensuite gagné les élections sur un discours d'homme d'affaires (qu'il est), libéral, ouvert à la coopération internationale, au libre échange et la modernisation du pays.

Mais il est très vite devenu clair, malgré certaines reformes et la création d'un pôle anticorruption (Bianco), que rien ne changeait vraiment. Les nouveaux investisseurs étaient purement et simplement rackettés, le Président multipliait les pôles de ses activités et de ses domaines réservés.

Une liste existe à Madagascar qui vous indique dans quoi vous ne pouvez pas investir. Chaque année, cette liste s'allonge.

La Banque mondiale, l'Union européenne, la Chine, l'Allemagne, la France, pour ne citer que les plus gros bailleurs de la communauté internationale ont vu, année après année, la transformation d'un pays éclaté en une entreprise présidentielle qui taillait en lots l'ensemble du pays faisant espérer des concessions minières et sous-marines. Elles aboutissaient rarement, mais tenaient les investisseurs en laisse.

Au coeur du système : le ministère des Mines

Au centre de ce système de prédation, le ministère des Mines et la politique minière menée à Madagascar depuis des décennies.

Le concept de « mine sauvage » veut qu'à la place d'une exploitation rationnelle, on a privilégie une exploitation de masse par une centaine de milliers de « creuseurs ». Issus de la partie la plus déshéritée de la population malgache, ils trouvent là un moyen de subsistance.

Deux autres raisons invoquées pour le maintien de ce système de mine sauvage sont des contrevérités : l'éparpillement des mines et leur faible rendement d'une part, et le fait que les pierres semi-précieuses (pierres fines) n'intéressent pas le secteur minier international.

Le résultat de cette ingénierie trafiquante est que les pierres précieuses et pierres fines à Madagascar ne représentent annuellement qu'autour de 1% des exportations enregistrées. Le reste s'évapore.

Par ailleurs, le ministère des Mines et de l'Energie, est toujours déficitaire et la police minière, qui n'a toujours pas de véhicule, emploient en tout et pour tout une dizaine d'agents…

La terre appartenant dans sa grande majorité à l'Etat (les paysans sont simplement tolérés), le ministère de l'Aménagement du territoire a distribué des concessions énormes (un dixième du territoire) à des entreprises étrangères.

C'est ce qui a mis le feux aux poudres : en brandissant la carte tamponnée du droit de prospection de la société coréenne Daewoo à sa propre télévision, le jeune maire d'Antananarivo (qui avait appuyé Ravalomanana dans sa conquête du pouvoir mais se sent exclu du gâteau de la prédation), mène aujourd'hui la dissidence à la tête de son propre parti dont le nom est un tout un programme : le TGV.

Car Madagascar vit dans le domaine de l'imagerie et de la mythologie du progrès. En attendant, ce pays qui est loin de manquer de ressources -ou à cause de cela ? - subsiste dans une pauvreté absolue.

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Published by conscience politique
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