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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 15:48

L'énigmatique disparition du patron de Fukushima

 

Livide, les yeux humides derrière de petites lunettes métalliques, vêtu d'un inhabituel bleu de travail, Masataka Shimizu est hagard. Nous sommes alors le 13 mars. Le patron de Tokyo Electric Power Company (Tepco) s'adresse pour la première fois à la presse depuis la catastrophe qui, le 11 mars, a ravagé le Japon (consultez notre dossier spécial), et plus particulièrement son usine de Fukushima. "Le tsunami a dépassé nos prévisions", déclare, sonné, le numéro 1 d'une centrale nucléaire qui menace d'exploser à tout instant... Ce sera la dernière fois que Masataka Shimizu apparaît en public. Depuis, c'est le vice-président de Tepco, Sakae Muto, qui assure la communication du groupe. Mais sur le P-DG, rien n'a filtré jusqu'à ce mardi 29 mars, au soir. "M. Shimizu est tombé malade la nuit dernière et a été admis à l'hopital", a fini par annoncer l'entreprise. Repos forcé, exil, ou même suicide, les rumeurs les plus folles circulaient à son sujet.

Reste que son absence fait enrager les plus hautes autorités japonaises, pourtant peu enclines à étaler leurs émotions sur la place publique. "La disparition de Shimizu n'est pas tant extrêmement bizarre qu'inexcusable", a tonné le président de la chambre haute du Sénat, Takeo Nishioka. Même le Premier ministre Naoto Kan, à en croire les quotidiens de Tokyo, se serait laissé aller à un mouvement d'humeur après avoir rencontré Shimizu au début de la crise : "Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel !", se serait-il exclamé devant plusieurs témoins. Le légendaire flegme japonais en prend pour son grade. Il faut dire que le chef du gouvernement n'avait été informé qu'une heure après de la première explosion sur l'un des réacteurs...

"Pas d'ennemis, pas de scandales, pas d'erreurs"

La colère est d'autant plus vive que la disparition de personnages-clés en temps de crise n'est pas chose rare au Japon. Le patron de Toyota avait déjà fait faux bond pendant la vague de rappels de véhicules en 2009 et en 2007 et plusieurs dirigeants pris dans la tourmente des faux étiquetages alimentaires avaient fait de même. Une attitude qui ne surprend pas Jean-Marie Bouissou, directeur de recherches à Sciences Po, spécialiste du Japon. "Rien ne prépare ces patrons à ce genre de situation", explique-t-il. Le principe est simple, selon Jean-Marie Bouissou : "Grande université, grande boîte", mais jamais d'école de commerce, encore moins de formation en communication. Les règles d'or du patronat japonais, à ses yeux : "Ne pas faire d'ennemis, ne pas mettre les pieds dans le plat et, surtout, ne pas commettre d'erreurs".

Et c'est bien là le problème. "Des erreurs catastrophiques ont été commises, et le rituel d'excuse japonais ne suffit plus", constate Jean-Marie Bouissou. En effet, le numéro 1 de Tepco, qui annonçait fièrement en 2010 avoir économisé sur l'entretien de la centrale de Fukushima, n'a même pas pris la peine de se prosterner devant les caméras, comme le voudrait l'usage à Tokyo. Car derrière les fautes répétées de l'opérateur, c'est tout un système qui est mis à nu par la catastrophe. "La collusion entre la classe politique, les industriels, le monde médiatique et la filière nucléaire est totale", témoigne Michel Théoval, premier vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie française au Japon. "Même la maison impériale suit cette question de près", assure cette figure des relations industrielles franco-japonaises, qui a représenté Thales à Tokyo entre 1997 et 2010. Autant de verrous qui empêcheront toute remise en cause du programme nucléaire nippon, selon lui. Et ne pousseront certainement pas un patron à venir s'excuser.

 

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Published by conscience politique - dans International
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