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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 22:15

«(…) Peuple des beaux départs: entraîné le plus follement par le concept le plus abstrait, déployant dans la lutte un courage et une invention sans limites, et indifférent à la fin; peuple aussi instable que l’eau. Mais, précisément, comme l’eau, assuré peut-être, à la fin, de la victoire.» Lawrence d’Arabie (Les Sept piliers de la sagesse)

On a tout dit de la Révolution de Jasmin, on dit beaucoup de choses de la révolution du narguilé, qu’en est-il exactement? Voilà des peuples arabes harassés par des pouvoirs dictatoriaux soutenus à bout de bras par un Occident qui trouve des vertus à la gestion calamiteuse de ces pays pourvu que lui y trouve son compte; la doxa occidentale va jusqu’à distribuer les couleurs et les parfums des révolutions. On dit que les gouvernants arabes tremblent pour leur pouvoir. Et que l’alternance au pouvoir se fait par l’émeute ou par le darwinisme. A la décharge des Arabes, ils ont été, tout au long du XXe siècle, manipulés par les puissances de l’époque qui avaient, dans le sillage de la Première Guerre mondiale, procédé au dépeçage de l’Empire ottoman.
Il est vrai que les peuples sont imprévisibles. Lawrence d’Arabie, un fin connaisseur des Arabes et de leurs moeurs, assénait à tort des certitudes qui font que les Arabes faisaient des révolutions de cartouches mouillées, il disait à juste titre, nous le lui concédons, que c’était un Peuple avec une émotivité irrationnelle. Il écrivait: «Ce peuple à l’esprit étroitement limité, peut laisser en friche son intelligence avec une résignation dépourvue de curiosité. Son imagination est vive; elle n’est pas créatrice. La grande industrie leur est étrangère…Peuple de convulsions, de soulèvements, d’illuminations mentales: race du génie individuel. L’instinct règle leurs convictions; (…)..»
C’est peut-être la dernière phrase qui serait capable d’expliquer in fine, le résultat de ces révolutions. Ce que Lawrence d’Arabie ne dit pas est que les peuples en général et les peuples en particulier ne pourront s’émanciper que si leur révolution est endogène et n’est pas parasitée de l’extérieur par des ingérences de l’Occident comme c’est le cas pour le Monde dit arabe, tant il est vrai que les locuteurs de l’arabe ne sont pas, dans une grande mesure au sens strict, des Arabes, mais des peuples qui ont embrassé l’Islam avec leur propre spécificité.
Justement, à propos d’ingérence, le journaliste El Houssine Madjoubi fait le point de quelques ingérences qui retardent les pays arabes. «L’Europe, dit-il, France en tête, est complice des crimes des dictatures du Monde arabe. Les habitants du Monde arabe suivent avec grand intérêt et enthousiasme les événements historiques qui ont lieu en Tunisie. Cette révolution met en évidence non seulement le rôle crucial des nouvelles technologies pour mobiliser les peuples, mais aussi le rôle répugnant de l’Occident, qui apporte un soutien inconditionnel à la perpétuation de dictatures moyenâgeuses. Malgré le manque de libertés, l’injustice sociale, les niveaux insupportables de corruption et l’Etat policier, l’Occident n’a cessé de défendre ces régimes. Jusqu’à ce que Ben Ali soit renversé, l’Occident le considérait comme un «élève exemplaire». D’un côté, l’Union européenne, France en tête, fait pression sur les présidents ivoirien, soudanais et iranien, et de l’autre, elle garde un silence plus que suspect sur ce qui se passe dans le Monde arabe, et surtout au Maghreb. Si l’Occident a joué un rôle crucial dans la démocratisation des pays de l’Europe de l’Est, il fait tout le contraire avec les pays arabes. Non seulement il soutient les régimes dictatoriaux, mais il les aide à piller les richesses nationales en leur permettant d’ouvrir des comptes où ils peuvent déposer leur butin, et d’acquérir des biens immobiliers et des actions de grandes entreprises européennes Pis, l’Occident ne cesse de répéter qu’il lutte contre les mouvements islamistes et les terroristes, mais les études sociologiques montrent que le fanatisme découle directement de l’injustice sociale et de la corruption de ces régimes dictatoriaux. Malgré cela, l’Occident ferme les yeux sur cette réalité et sur ces faits et se lie avec les dictatures.(1)

Bush avait-il raison avec sa démocratie aéroportée?
Les détracteurs de l’approche «pragmatique» d’Obama écrit Howard LaFranchi dans le The Christian Science Monitor, vis-à-vis des régimes arabes, affirment que son prédécesseur avait raison de mettre la démocratie en avant, si besoin était par la force. D’autres soutiennent, au contraire, que la guerre en Irak n’a fait qu’en retarder l’avènement au Moyen-Orient. (2)
La politique étrangère des Etats-Unis, telle que la concevait le président George W. Bush, a-t-elle quelque chose à voir avec les manifestations en faveur de la démocratie qui ébranlent aujourd’hui le régime égyptien et contraignent le reste du Monde arabe à s’adapter? Face aux événements de ces dernières semaines dans le «grand Moyen-Orient», il est naturel que la politique étrangère du président Obama fasse l’objet d’une analyse attentive (…). Mais de ce fait, un bras de fer qui n’avait jamais vraiment pris fin et qui oppose partisans et adversaires de «l’agenda de la liberté» de Bush connaît un regain en Amérique même. Si certains experts voient dans les bouleversements en Egypte une justification de sa volonté de hâter la démocratisation dans la région, d’autres laissent entendre que la politique de l’ancien président a fait plus de mal que de bien aux forces favorables à la démocratie sur place. (2)
Elliott Abrams, conseiller adjoint à la Sécurité nationale durant la présidence de Bush, explique que ce dernier était fermement convaincu que les Arabes éprouvaient le même désir de «liberté» que les autres peuples et que les dictatures «ne sont jamais vraiment stables». S’exprimant dimanche, dans les colonnes du Washington Post, il cite un extrait d’un discours de Bush en 2003: «Tant qu’au Moyen-Orient, la liberté ne pourra toujours pas prospérer, la région restera synonyme de stagnation, de ressentiment et d’une violence qui ne demande qu’à s’exporter.» Il ajoute que «la révolte en Tunisie, la vague gigantesque des manifestations en Egypte et les marches plus récentes au Yémen, montrent toutes clairement que Bush avait raison – et que le rejet de cette orientation par le gouvernement Obama n’est rien moins qu’une tragédie». Shibley Telhami, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université du Maryland, n’est pas de cet avis. Il assure que les Etats-Unis doivent à tout prix s’abstenir d’imposer un résultat dans la région – aussi démocratiques et favorables à la liberté que soient leurs propres idées. «Quand le gouvernement Bush s’est servi de la guerre en Irak comme d’un vecteur de diffusion du changement démocratique au Moyen-Orient, écrit-il, le ressentiment à l’égard des Etats-Unis, et la profonde méfiance qu’inspirent leurs intentions, ont acculé à la défensive les authentiques partisans de la démocratie dans la région.»(2)
Pourtant, on a l’impression que les peuples arabes lèvent la tête et veulent réellement être acteurs de leurs destins. On le voit, le soldat Moubarak ne sera pas sauvé mais tout sera fait pour que ceux qui sont comme lui, émergeront. Quelles que soient les visions de Bush, celle de la démocratie aéroportée ou celle d’Obama du «soft power», la chute de Moubarak est inéluctable. Dans une analyse magistrale et sans concession, Khaled Hroub énumère les conditions d’un renouveau. «L’exemple tunisien, écrit-il, montre que la stabilité et la modernité de façade ainsi que le soutien de l’Occident ne suffisent pas à sauver une dictature. La principale leçon à tirer des événements de la Tunisie est que la stabilité d’un pays ne peut être qu’apparente si elle est fondée sur le verrouillage de la vie politique et sur l’accaparement du pouvoir. Certes, à court terme, on peut promouvoir à l’intérieur et à l’extérieur l’image d’un pays stable et beaucoup de gens l’attesteront, surtout si le pays en question est l’allié des pays occidentaux. C’est à la fois trompeur et dangereux, puisque cette apparence de stabilité n’est qu’une couche de vernis au-dessus du volcan. La deuxième leçon concerne l’instrumentalisation de la modernité et de la laïcité. Elle produit des effets puissants, nourris de la crainte très répandue et amplement justifiée que la seule alternative aux régimes en place serait les islamistes.

Que doivent faire les Arabes en dépit des ingérences inébranlables?
Ainsi, le choix se réduit à des régimes laïcs corrompus et tyranniques d’un côté, et de l’autre à des mouvements fondamentalistes aux programmes obscurs, tel qu’on peut le constater en Iran, au Soudan ou à Ghaza avec le Hamas. Ainsi, beaucoup arguent qu’on peut être acculé à prendre parti pour les régimes en place. Ce point de vue n’est pas dépourvu d’une certaine pertinence et ne peut être écarté d’un revers de la main. Toutefois, l’expérience et un nombre croissant de témoignages contredisent la logique qui le sous-tend. Là encore, à long terme, la modernité et la laïcité ont tout à perdre à être représentées par des régimes corrompus. Leurs échecs et les dégâts qu’ils ont infligés à ces valeurs ont été le principal moteur de la montée des courants islamistes.» (3)
«La troisième leçon à tirer est qu’il faut réviser l’accusation accablante qui est faite à la jeunesse arabe, la décrivant comme futile – puisqu’il s’agirait de la génération Star Ac’ – et indifférente à la chose publique. En réalité, cette jeunesse arabe est consciente de ce qui se passe et elle est même prête au sacrifice suprême pour affronter la tyrannie et l’injustice. L’exemple tunisien montre également que la rue arabe n’est pas seulement investie par les jeunes militants islamistes. Il s’agit d’un mouvement global que l’on ne peut réduire à tel ou tel courant, islamiste ou laïc. Les images venant de Tunisie semblent même indiquer l’absence d’islamistes. La quatrième leçon est qu’il n’est plus possible pour aucun régime arabe de s’abriter derrière des succès économiques pour perpétuer ses méthodes répressives. Il n’est pas possible de réaliser une réforme et une ouverture économiques sans les accompagner d’une réforme et d’une ouverture politiques. Il suffit de rappeler que l’égalité des chances, la transparence et le principe de responsabilité sont au coeur de toute réussite économique. Tout cela ne peut prospérer que dans un climat de liberté politique et dans le cadre d’un Etat de droit. En l’absence d’une justice indépendante, de pluralisme politique et d’une presse libre, une économie en apparence florissante crée très vite un climat de corruption généralisée». (3)
«La cinquième leçon est qu’on ne peut assurer une stabilité durable en voulant compenser l’absence de légitimité intérieure par un appui extérieur. Il n’y a aucune alternative à une légitimité fondée sur un consensus et consolidée par des structures institutionnelles. Les deux plus proches alliés du régime tunisien, la France et les Etats-Unis, qui avaient gardé un silence honteux, ont été contraints de critiquer ouvertement l’usage disproportionné de la force. L’Histoire nous enseigne que les grandes puissances occidentales n’hésitent pas à changer, le moment venu, de cheval de bataille. (3)

Qu’en est-il de notre pays?
L’Algérie ne ressemble à aucun autre pays. Elle a payé le prix du sang de la glorieuse révolution, point d’orgue d’une colonisation abjecte d’un Occident imbu de sa certitude qu’il appartient à la race des seigneurs. Elle a payé le prix du sang avec la décennie rouge, période où l’Occident comptait les points avec le «qui tue qui». Elle en est sortie vaccinée, il n’est pas dans son intérêt de repartir à zéro elle qui a vécu dans sa chair l’ouverture démocratique. Toute la sagesse des dirigeants c’est de préparer dans le calme et la sérénité, l’alternance au pouvoir en libérant sans arrière-pensée tous les espaces démocratiques. A ce titre, ce qu’a décidé le pouvoir, va dans la bonne direction, L’ouverture du champ médiatique, notamment la télévision, est important. Il permettra enfin, en dehors des accusations classiques de connaître enfin, ce que proposent les partis politiques de l’opposition comme projet de société pour les vingt prochaines années. Et là, la démagogie ne suffit pas, outre le fait qu’elle est contre-productive, elle ne fera que reculer l’échéance d’un état des lieux sans complaisance. Cela étant dit, la société civile, les intellectuels ont aussi leur mot à dire même s’ils ne se sentent aucun atome crochu avec les partis politiques au pouvoir ou dans l’opposition. Est-ce suffisant? Assurément non! Le monde est impitoyable, l’aisance de l’Algérie actuelle ne doit pas cacher les problèmes réels auxquels doit s’atteler l’Algérie et chaque citoyen est partie prenante du destin de ce pays. Alors, le phénomène douloureux et justifié des harragas, de ces jeunes qui s’immolent, appartiendra à l’histoire.

1. El-Houssine Majdoubi: L’Occident, un obstacle à la démocratisation – El País20.01.2011
2. Howard LaFranchi: Et si Bush avait eu raison? The Christian Science Monitor02.02.2011
3. Khaled Hroub: Cinq leçons pour les Arabes. Al Hayat20.01.2011

Pr Chems Eddine CHITOUR

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Published by conscience politique - dans France
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