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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 08:21

Les menteurs menteurs

 

 

Décidément, la crise tunisienne ne réussit pas à Michèle Alliot-Marie. Peu avant safuneste intervention devant l'Assemblée nationale, elle et son compagnon, l'autre ministre Patrick Ollier, ont voyagé dans un jet appartenant au beau-frère du président Ben Ali et à son associé. Le Canard Enchaîné de mercredi, qui révèle l'affaire, s'attire des réponses plutôt alambiquées du porte-parole de la ministre des Affaires étrangères.

 

 


Gorce-MAM : Echange musclé à l'Assemblée

Le surnom que vient de lui trouver l'hebdo satirique, « MAM-la-Gaffe », résume bien le flair politique qu'a montré la patronne de la diplomatie française en planifiant ses vacances de Noël. Rappel des faits : le 17 décembre, Mohamed Bouazizi, 26 ans,s'immole par le feu à Sidi Bouzid. Son acte déclenche des émeutes incessantes jusqu'à la fuite, moins d'un mois plus tard (le 14 janvier), du président Ben Ali.

L'ami du couple n'est « pas du tout » un proche de Ben Ali…

A mi-chemin entre ces deux dates, il y a les fêtes de fin d'année, que le couple MAM-Ollier décide de passer en Tunisie. Après quelques jours dans la station balnéaire de Hammamet, nos deux ministres – monsieur est en charge des Relations avec le Parlement – décident de se rendre à Tabarka, dans un hôtel appartenant à un certain Aziz Miled, homme d'affaires de son état.

Pas par la route, qui est « un peu sinueuse et éprouvante », selon Le Canard, et peut-être aussi un peu trop longue pour ces deux vacanciers aux agendas de ministres(trois heures). Ils acceptent donc, comme un « service », de grimper à bord du jet privé d'Aziz Miled, qui le possède avec… Belhassen Trabelsi, le beau-frère – très haï du peuple tunisien – du président Ben Ali.

La ministre, qui a confirmé ces informations au Canard, a fait répondre qu'Aziz Miled est « un ami de longue date » et qu'il n'est « pas, mais alors pas du tout [sic], un proche de Ben Ali ». L'ennui, c'est que cet homme d'affaires a signé en 2010 un appel saluant les nombreuses qualités du dictateur tunisien, et l'appelant à se représenter.

MAM ne sait pas à quel nom la facture a été établie

Il était donc, aussi, l'associé de son beau-frère. Et ce n'est pas tout, écrit l'hebdomadaire :

« Miled était aussi, à l'insu de son plein gré sans aucun doute, l'un des organisateurs et bailleurs de fonds des campagnes électorales de Ben Ali. »

 

Pour couronner ces révélations fort embarrassantes pour la ministre, Le Canard relève une réponse faite par le Quai d'Orsay au Parisien, qui l'interrogeait ce lundi sur une éventuelle invitation de Ben Ali pour ces vacances de fin d'année :

 » « J'ai payé mes vacances », affirme-t-elle, indignée que l'on puisse soupçonner le contraire. La facture de l'hôtel de Tabarka (propriété du généreux Aziz Miled), MAM ne se souvient plus à quel nom elle a été établie, fait-elle dire au Canard. Alliot ? Marie ? Ollier ? Mais, juré-craché, elle a été réglée. »

 

 

 

L'indécence au pouvoir : MAM offre l'aide sécuritaire à la Tunisie

A ce niveau, on ne sait plus quel mot employer : connerie ? incompétence ? ignorance ? Comment Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères de la République, intervenant dans le cadre solennel de l'Assemblée nationale en lisant un texte écrit d'avance, a-t-elle pu proposer une coopération sécuritaire à la Tunisie au moment où les morts se comptent par dizaines ?

Invraisemblable ? Ecoutez-la donc, c'était dans le cadre de la séance des questions au gouvernement, mardi, en réponse à la question d'un député qui relevait l'« incohérence » entre la position française en faveur de la démocratie en Côte d'Ivoire, et son soutien « indéfectible à la dictature de M. Ben Ali ». La réponse de la ministre, après avoir « déploré » les violences : 

« Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type.

C'est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays [Algérie et Tunisie, ndlr], dans le cadre de nos coopérations, d'agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité. » (Voir la vidéo de BFM-TV)

 


 

Ainsi donc, tout ce que la France trouve à dire à propos de la tuerie qui se déroule depuis plusieurs jours en Tunisie face au mouvement de la jeunesse, c'est que techniquement, c'est pas parfait et que notre « savoir-faire » est à sa disposition.

Après coup, le Quai a dû juger ce texte -officiel- indécent

La déclaration est à ce point hallucinante qu'elle a été ratiboisée par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valéro, qui, mercredi, l'a pudiquement résumée de la sorte :

« Aujourd'hui, face à cette situation, la priorité doit aller à l'apaisement après des affrontements qui ont fait des morts. »

 

« Le ministre d'Etat a également rappelé que nous demandons “que le droit de manifester soit assuré de même que la sécurité.” »

 

Exit donc l'offre de partager cette « expertise » que le monde entier nous envie. L'indécence a dû sembler, a posteriori, trop grande, y compris au sein même du Quai d'Orsay, où, pourtant, la déclaration solennelle avait vu le jour.

Car la ministre ne s'est pas fait piéger au micro d'une radio ou par « l'Internet » : elle a lu un texte officiel, en réponse à une question posée à l'avance.

Une dictature ? « Tout à fait exagéré » pour Frédéric Mitterrand

Michèle Alliot-Marie va donc devoir incarner, pour longtemps, le cynisme de la France officielle face à la dictature de Ben Ali. Elle coiffe sur le poteau son collègue de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui s'était bien placé, pourtant, en déclarant dimanche sur Canal + :

« Il y a une opposition politique mais qui ne s'exprime pas comme elle pourrait le faire en Europe. Mais dire que la Tunisie est une dictature univoque, comme on le fait si souvent, me semble tout à fait exagéré. »

 

Entre les « anathèmes » que Michèle Alliot-Marie ne veut pas prononcer, et la poursuite de cette complaisance vis-à-vis d'un régime qui fait tirer à balles réelles sur sa jeunesse, il y avait sans doute une attitude plus noble, plus respectueuse des Tunisiens, et une manière de dire le refus de ce qui se perpétue dans les villes tunisiennes que même la novlangue diplomatique permet.

De quoi regretter le silence de la France

Depuis plus de deux décennies, Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy, mais aussi, disons-le, une partie de la gauche française, ont délibérément fermé les yeux devant un régime dont on vantait les succès économiques et la laïcité, en refusant d'en voir la face à peine cachée, la main-mise d'un clan familial sur l'économie du pays, les pratiques mafieuses au plus haut niveau, les impasses sociales aujourd'hui criantes, et la répression de toute contestation, notamment sur le Web.

Le roi est nu aujourd'hui, aussi bien à Tunis qu'à Paris. Il aura fallu le suicide d'un jeune de Sidi Bouzid pour que craque, non seulement la façade de la dictature tunisienne, mais aussi l'ampleur de ses complicités de ce côté-ci de la Méditerranée.

Le silence de la France officielle devenait pesant après plusieurs semaines de révolte, et surtout après le massacre de Kasserine. La manière dont ce silence a été rompu par la ministre d'Etat fait regretter le temps où Paris se taisait. Au moins, pouvait-on espérer qu'à défaut d'avoir le courage de l'exprimer, Paris avait au moins la compassion et la solidarité qu'est en droit d'attendre le peuple tunisien.

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Published by conscience politique - dans Egypte
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