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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 12:48

LE PROCESSUS DE POUVOIR

33. (en) Les êtres humains ont un besoin (probablement d’ordre biologique) pour quelque chose que nous appellerons le « processus de pouvoir ». Il est apparenté au besoin de pouvoir (qui est bien connu) mais qui n’est pas exactement la même chose. le processus de pouvoir comprend 4 éléments. Parmi les 3 les plus facilement identifiables, nous citerons le but, l’effort et la réalisation du but (tout le monde a besoin de buts dont la réalisation demande des efforts et a besoin de réaliser au moins quelques uns de ces buts). Le quatrième élément est plus difficile à définir et n’est pas nécessaire à tout le monde. Nous appellerons l’autonomie et nous en discuterons plus loin (paragraphes 42-44).

34. (en) Prenons comme hypothèse le cas d’un homme qui obtiendrait tout ce qu’il veut simplement en le désirant. Cet homme a du pouvoir, mais il va aussi avoir de sérieux problèmes psychologiques. Au début, cela l’amusera beaucoup, mais au fur et à mesure, il finira par s’ennuyer et par être démoralisé. Eventuellement, il peut devenir dépressif, au sens clinique du terme. L’histoire nous montre que les aristocraties sybarites ont fini par devenir décadentes. Ce n’est pas vrai pour les aristocraties combatives qui avaient à se battre pour conserver leur pouvoir. Mais les aristocraties indolentes et bien installées qui n’avaient pas besoin de défendre leurs prérogatives sont souvent devenues blasées, hédonistes, et démoralisées, quant bien même elles détenaient le pouvoir. Ceci montre que le pouvoir n’est pas tout. On doit avoir des buts permettant d’exercer ce pouvoir.

35. (en) Tout le monde a des buts ; au moins acquérir le minimum vital : nourriture, eau, de quoi se vêtir et s’abriter. Mais l’aristocratie désœuvrée obtient tout cela sans effort. D’où son ennui et sa démoralisation.

36. (en) L’échec à réaliser des buts importants amène à la mort s’ils concernent des besoins vitaux, et à la frustration s’ils ne mettent pas en danger la vie du sujet. Des échecs graves pour parvenir aux buts d’une vie conduisent au défaitisme, à la faible estime de soi, et à la dépression.

37. (en) Ainsi, pour éviter de graves problèmes psychologiques, un être humain a besoin de buts qui nécessitent un effort, et il doit avoir une chance raisonnable d’aboutir à ses fins.

LES ACTIVITÉS COMPENSATRICES

38. (en) Mais toutes les aristocraties désœuvrées ne succombent pas à l’ennui et à la démoralisation. Par exemple, l’empereur Hirohito, au lieu de sombrer dans un hédonisme décadent, s’occupa de biologie marine, domaine dans lequel il devint un expert. Quand les gens n’ont pas à se débrouiller pour satisfaire leurs besoins primaires, ils se créent des buts artificiels. Dans la majorité des cas, ils poursuivent ces buts avec la même énergie et le même enthousiasme que s’il s’agissait d’assouvir un besoin naturel. Ainsi, les aristocrates de l’empire romain avaient des prétentions littéraires ; de nombreux nobles européens d’ il y a quelques siècles dépensaient un temps et une énergie folle à la chasse, bien qu’ils n’aient eu nul besoin de la viande ; d’autres sont entrés en compétition pour leur rang par un étalage de richesses ; et quelques uns, comme Hirohito, se sont tournés vers la science.

39. (en) Nous avons utilisé le terme de « activités compensatrices » pour désigner une activité dirigée vers un but artificiel qu’une personne s’est inventé pour simplement avoir quelque chose vers lequel tendre et œuvrer, ou selon ses dires pour la satisfaction personnelle qu’elle tire de cette activité. Ceci est une règle d’or pour identifier une activité compensatrice. En présence d’une personne qui passe le plus clair de son temps à la poursuite d’un but X, demandez-vous : si elle employait tout son temps et son énergie à satisfaire des besoins vitaux, et si cet effort nécessitait de sa part l’emploi de toutes ses facultés intellectuelles ou physiques de manière variée et intéressante, serait-elle vraiment frustrée de ne pouvoir atteindre le but X ? Si la réponse est non, alors cette personne s’adonne à une activité compensatrice. Les études de Hirohito sur la biologie marine constituent clairement une activité compensatrice, puisqu’il est presque certain que s’il avait eu à occuper son temps à d’intéressantes activités non-scientifiques pour assurer sa subsistance, il n’aurait pas été frustré de ne pas tout connaître de l’anatomie et de la vie des animaux marins. D’un autre côté, la recherche d’amour ou de sexe (par exemple) n’est pas une activité compensatrice, car la majorité des gens, même si leur existence est par ailleurs satisfaisante, seraient extrêmement frustrés s’il n’avaient de leur vie aucune relation avec un membre du sexe opposé (toutefois, une frénésie de sexe peut-être considérée comme une activité compensatrice).

40. (en) Dans la société industrielle moderne, un effort minimal est nécessaire pour subvenir aux besoins vitaux. Il suffit de suivre un programme approprié pour acquérir une minable compétence technique, puis d’aller travailler et de déployer un effort des plus modestes pour conserver le job. Les seules qualités requises sont une intelligence raisonnable, et surtout de OBÉISSANCE. Si vous possédez tout cela, la société prendra soin de vous du berceau jusqu’à la tombe (bien entendu, il y a une « sous-classe » sociale qui ne peut tenir la satisfaction des besoins primordiaux comme acquise, mais nous parlons ici de la majorité de la société). Ainsi il n’est pas surprenant que la société moderne soit pleine d’activités compensatrices. Par exemple : les travaux scientifiques, le sport, les activités humanitaires, la création artistique, grimper les échelons de votre entreprise, acquérir de l’argent et des biens matériels bien au-delà du point où cela vous apporte une réelle satisfaction, et l’activisme social quand l’activiste s’occupe de choses qui ne le concernent pas personnellement, comme les activistes blancs préoccupés par les droits des minorités. Il n’y a pas toujours d’activités purement compensatrices, car de nombreuses personnes sont motivés en partie pour des raisons autres que simplement avoir un but à atteindre. Le travail scientifique peut être motivé par un besoin de prestige, la création artistique pour exprimer ses sentiments, le militantisme social par hostilité. Néanmoins, en général, ces activités sont essentiellement compensatrices. Par exemple, la majorité des scientifique admettra probablement que la satisfaction qu’ils retirent de leur travail est plus importante que l’argent ou le prestige.

41. (en) Pour beaucoup, si ce n’est la majorité des gens, les activités compensatrices sont moins satisfaisantes que la poursuite de buts réels (ce sont des buts que des gens voudrait atteindre même si leur besoin de processus de pouvoir était déjà satisfait). Un bon indicateur de cette tendance en est, que dans la quasi-totalité des cas, les gens qui s’adonnent avec acharnement à des activités compensatrices ne sont jamais satisfaits, jamais totalement. Ainsi, le boursicoteur recherche toujours plus et plus d’argent. Le scientifique, à peine un problème résolu, se jette aussitôt sur le suivant. Le coureur de fond s’oblige à courir toujours plus longtemps et plus vite. Beaucoup de gens accaparés par leurs activités compensatrices prétendront qu’il s’épanouissent bien plus avec ces activités qu’avec la triviale nécessité de subvenir à leurs besoins naturels, mais c’est uniquement parce que dans notre société, cette nécessité à été réduite à sa plus simple expression. Plus grave, dans notre société, les gens ne satisfont pas leurs besoins vitaux de façon AUTONOME, mais en se comportant comme des rouages d’une énorme machine sociale. Par contre, les gens ont un grand besoin d’autonomie pour accomplir leurs activités compensatrices.

L’AUTONOMIE

42. (en) l’autonomie comme partie du processus de pouvoir peut ne pas être nécessaire à tous les individus. Mais la plupart des gens ont besoin d’un degré plus ou moins grand d’autonomie pour parvenir à leur fins. Leurs efforts doivent être entrepris de leur propre initiative et conduit sous leur direction et leur contrôle. Déjà, la majorité des gens ne s’occupent pas seuls de cette initiative, de ce contrôle et de cette direction. Il suffit d’ordinaire d’agir comme membre d’un PETIT groupe. Ainsi, si une demi-douzaine de personnes discutent d’un but entre eux et font un effort commun pour l’obtenir, leur besoin de processus de pouvoir sera satisfait. Mais s’ils travaillent sous la tutelle d’un encadrement rigide s’exerçant de haut en bas et ne laissant aucune place à la décision autonome et à l’initiative, alors leur besoin ne sera pas satisfait. Il en est de même quand les décisions sont prises quand le groupe est si gros que le rôle de chaque individu est insignifiant. [5]

43. (en) Il est vrai que certains individus ne semblent avoir qu’un faible besoin d’autonomie. Soit leur besoin de pouvoir est faible, soit ils se satisfont en s’identifiant à la puissante organisation à laquelle ils appartiennent. Et, de ce fait, ils sont décervelés, comme des animaux qui se satisfont d’un sentiment de pouvoir purement physique (le bon soldat content de développer des techniques de combat dans le but d’une obéissance aveugle à ses supérieurs).

44. (en) Mais pour beaucoup de gens, c’est par le biais du processus de pouvoir — avoir un but, faire un effort AUTONOME et atteindre ce but — que l’estime de soi, la confiance en soi, et un sentiment de pouvoir sont acquis. Quand quelqu’un n’a pas l’occasion de se colleter avec le processus de pouvoir, les conséquences sont (en fonction de l’individu et de la façon dont se disloque le processus de pouvoir) l’ennui, la démoralisation, une faible estime de soi, des sentiments d’infériorité, du défaitisme, de la dépression, de l’anxiété, de la culpabilité, de la frustration, de l’hostilité, des mauvais traitements à la femme ou aux enfants, un hédonisme exagéré, un comportement sexuel anormal, des troubles du sommeil ou de l’appétit, etc. [6]

LES SOURCES DES PROBLÈMES SOCIAUX

45. (en) Tous les problèmes précédemment exposés se retrouvent dans toutes les sociétés, mais dans la société industrielle, ils sont prééminents. Nous ne sommes pas les premiers à dire que le monde moderne semble devenir fou. Ceci n’est pas normal pour une société humaine. Il y a de bonnes raison de croire que l’homme primitif souffrait moins du stress et de la frustration et était plus heureux de sa vie que son équivalent moderne. Il est vrai que tout n’était pas rose dans les sociétés primitives. Le mépris des femmes est courant chez les aborigènes d’Australie, la transexualité était assez répandue chez certaines tribus indiennes d’Amérique. Mais EN GROS, on peut dire que les problèmes dont nous avons précédemment parlés étaient moins présents dans les sociétés primitives qu’ils ne le sont dans le monde moderne.

46. (en) Nous considérons que les problèmes psychologiques et sociaux de notre société sont dus au fait que notre société demande aux gens de vivre dans des conditions totalement différentes de celles dans lesquelles la race humaine s’est développée et de se conduire de façon opposée à celle qui fut celle dans le passé. En fonction de ce que nous avons dit auparavant, il est clair que nous considérons que l’impossibilité d’exercer le processus de pouvoir est la plus importante de ces conditions de vie anormales que la société moderne impose à ses sujets. Mais ce n’est pas la seule. Avant de parler de la déliquescence du processus de pouvoir comme source de problèmes sociaux, nous discuterons des autres sources.

47. (en) Parmi les conditions de vie anormales dans la société industrielle, nous pouvons citer la densité excessive de la population, la coupure de l’homme avec la nature, la trop grande rapidité des changements de vie, et l’effondrement des petites communautés organiques comme la famille étendue, le village ou la tribu.

48. (en) Il est bien connu que la surpopulation va de pair avec l’augmentation du stress et de l’agressivité. Le degré d’entassement qui existe actuellement et la coupure de l’homme avec la nature sont des conséquences du progrès technologique. Toutes les sociétés pré-industrielles étaient majoritairement rurales. La révolution industrielle a terriblement accru la taille des villes ainsi que de la population qui y vit, et les techniques de l’agriculture moderne ont rendu possibles à la planète de supporter une densité de population jamais vue auparavant (De surcroît, la technologie décuple les effets de l’entassement car elle met entre les mains des gens d’importants moyens de nuisance. Par exemple, une grande variété d’objets bruyants : tondeuses motorisées, radios, motos, etc. Si l’utilisation de ces engins n’est pas réglementée, ceux qui veulent vivre dans le calme sont agressés par le bruit. S’il elle est réglementée, les utilisateurs de ces engins se sentent lésés…Mais si ces machines n’avaient jamais été inventées, il n’y aurait aucun problème…).

49. (en) Pour les sociétés primitives, la nature (qui n’évolue que très lentement) fournissait un cadre stable et par conséquent un sentiment de sécurité. Dans le monde moderne, c’est l’homme qui domine la nature plutôt que l’inverse, et la société moderne évolue très rapidement pour suivre le progrès technique. Il n’y a plus de cadre stable.

50. (en) Les conservateurs sont idiots : Ils se plaignent du déclin des valeurs traditionnelles, alors qu’ils s’enthousiasment pour le progrès technologique et la croissance économique. De toute évidence, il ne leur apparaît pas qu’on ne peut avoir des changements rapides, drastiques dans la technologie et l’économie d’une société sans causer parallèlement des évolutions tout aussi rapides dans tous les autres secteurs de cette société ; et ces évolutions, inévitablement, mettent à bas les valeurs traditionnelles.

51. (en) L’effondrement des valeurs traditionnelles implique celle des liens organiques des petites structures sociales. La désintégration des petites structures sociales est aussi favorisée par la tendance moderne à imposer la mobilité géographique aux individus , les séparant ainsi de leurs communautés. Pire, une société technologique SE DOIT d’affaiblir les liens familiaux et les petites communautés si elle fonctionne correctement. Dans la société moderne, la loyauté d’un individu doit d’abord aller au système et ensuite, seulement, à une petite communauté, car si la loyauté au groupe restreint était plus forte que celle au système, de tels groupes prendraient l’avantage sur le système.

52. (en) Supposons qu’un homme politique ou un cadre d’une entreprise engage un cousin, un ami ou un coreligionnaire à la place d’une autre personne plus qualifié pour ce travail. Il a permis à sa loyauté personnelle de prendre le pas sur la loyauté envers le système ; et le « népotisme » et la « discrimination » sont deux péchés capitaux dans la société moderne. Les pays en voie de développement qui n’ont pas bien réussi à subordonner la loyauté individuelle à celle envers le système sont en général assez mal partis (voir l’Amérique Latine). Ainsi, une société industrielle avancée ne peut tolérer en son sein que des groupes émasculés, brisés, et réduits à l’état de rouages.[7]

53. (en) L’entassement, la rapidité des changements, la destruction des communautés ont été massivement reconnus comme sources de problèmes sociaux, mais nous ne croyons pas qu’ils soient à eux seuls responsables de l’étendue des dégâts qu’on peut constater actuellement.

54. (en) Certaines villes pré-industrielles étaient très grandes et très peuplées, mais leurs habitants ne semblent pas avoir souffert d’aussi graves problèmes psychologiques que nos contemporains. Aux USA actuellement, il existe encore des zones rurales peu peuplées, et nous y trouvons les mêmes problèmes que dans les zones urbaines, bien qu’ils soient moins graves en zone rurale. L’entassement ne semble donc pas être un facteur déterminant.

55. (en) Lors de la ruée vers l’ouest durant le 19e siècle, la mobilité de la population détruisit probablement les familles étendues et les groupes restreints au moins sur une même échelle qu’actuellement. En fait, beaucoup de familles nucléaires vivaient par choix dans l’isolement, n’ayant aucun voisin à des kilomètres à la ronde, et n’appartenant de ce fait à aucune communauté. Pourtant il ne semble pas que les problèmes que nous connaissons se soient développés.

56. (en) Plus encore, les changements sur la frontier américaine furent très rapides et très profonds. Un homme pouvait être né et avoir grandi dans une cabane en bois, à l’écart de la loi et de l’ordre, se nourrissant principalement sur le terrain, et arrivé à un certain âge, il pouvait avoir travaillé et vécu dans une communauté régie par des règles bien plus strictes. Ceci constitue un changement bien plus profond que celui qui affecte un individu moderne, bien qu’à l’époque il ne semble pas avoir eu de conséquences psychologiques. En fait, au 19e siècle, la société américaine était optimiste et sûre d’elle-même, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. [8]

57. (en) Nous pensons que la différence réside dans le fait que l’homme moderne a le sentiment (largement justifié) que le changement lui est IMPOSE, alors qu’au 19e siècle, l’homme de la frontier avait le sentiment (largement justifié aussi) qu’il était l’artisan de ce changement, de sa propre initiative. Ainsi un pionnier s’installait sur un bout de terrain qu’il avait lui-même choisi et y construisait une ferme par ses propres efforts. A l’époque un comté dans son ensemble ne comptait que quelques centaines d’habitants et constituait une entité bien plus isolée et plus autonome qu’un comté de nos jours. Ce qui fait que le pionnier participait en tant que membre d’un petit groupe à la création d’une nouvelle communauté. On peut se demander si cette création était un plus, mais de toute façon cela satisfaisait le besoin du pionnier dans son processus de pouvoir.

58. (en) On pourrait donner d’autres exemples de sociétés dans lesquelles eurent lieu de rapides changements et/ou des pertes des liens au sein de petites communautés sans qu’il y ait eu les aberrations comportementales que l’on peut observer dans la société actuelle. Nous soutenons que la plus importante source des problèmes psychologiques et sociaux actuels est l’impossibilité pour les gens de gérer leur processus de pouvoir de manière satisfaisante. Nous ne voulons pas dire que la société actuelle est la seule où le processus de pouvoir a été contrarié. Probablement la plupart, si ce n’est toutes, les civilisations ont contrarié le processus de pouvoir à plus ou moins grande échelle. Mais dans la société industrielle le problème est devenu particulièrement grave. Le « gauchisme », au moins dans sa forme récente (depuis la moitié du 20e siècle), est en partie un symptôme de l’absence de respect pour le processus de pouvoir.

EFFONDREMENT DU PROCESSUS DE POUVOIR DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE

59. (en) Nous divisons les désirs humains en trois groupes : (1) ceux qui peuvent être satisfaits avec un minimum d’effort ; (2) ceux qui ne peuvent être satisfaits qu’au prix d’un sérieux effort ; (3) ceux qui ne peuvent être satisfaits quels que soient les efforts accomplis. Le processus de pouvoir permet de satisfaire les désirs du second groupe. Plus il y a de désirs du 3ème groupe, plus cela génère frustration, colère, éventuellement défaitisme, dépression, etc.

60. (en) Dans la société industrielle, les désirs naturels de l’homme ont tendance à se retrouver dans les groupes 1 et 3, tandis que le deuxième groupe tend à regrouper tous les désirs artificiellement créés.

61. (en) Dans les sociétés primitives, les besoins physiques relevaient généralement du groupe 2 : ils pouvaient être satisfaits seulement au prix de gros efforts. Mais les sociétés moderne ont tendance à garantir le minimum vital [9] en échange d’un effort minime, ce qui fait que les besoins primordiaux y relèvent du groupe 1 (il peut y avoir désaccord sur le fait que le fait de conserver un travail est « minime », mais généralement, dans les boulots des couches basses et moyennes de la société, ce qu’on vous demande principalement, c’est l’obéissance. Vous restez assis ou debout là où vous a dit de rester, et faites ce qu’on vous a dit de faire de la façon dont on vous a dit le faire. Vous devez rarement vous impliquer sérieusement, et dans tous les cas, vous avez du mal à acquérir une certaine autonomie, et , ainsi, le processus de pouvoir ne peut pas être satisfait).

62. (en) Les besoins sociaux, comme le sexe, l’amour, et le statut social, relèvent souvent du groupe 2 dans la société moderne, suivant la position hiérarchique de l’individu. [10] Mais, à l’exception des individus qui ont un fort désir pour un statut social élevé, l’effort requis pour réaliser les désirs sociaux est insuffisante pour satisfaire le processus de pouvoir.

63. (en) Ainsi, certains besoins artificiels ont été créés pour relever du groupe 2, de façon à essayer de satisfaire le processus de pouvoir. La publicité et le marketing ont été développés de manière à ce que beaucoup de personnes éprouvent des besoins pour des objets que leurs grands-parents n’avaient jamais désirés ou même imaginés. Il faut gagner beaucoup d’argent pour satisfaire ces besoins artificiels, ce qui les fait relever du groupe 2 (Toutefois, voir paragraphes 80-82). L’homme moderne doit satisfaire son besoin de processus de pouvoir essentiellement en courant après les besoins artificiels créés par la publicité et le marketing au service de l’industrie [11] , et ce au travers des activités compensatrices.

64. (en) Il semble que pour beaucoup de gens, peut-être la majorité, ces formes artificielles du processus de pouvoir sont insuffisantes. Un thème qui apparaît régulièrement dans les écrits de la critique sociale de la 2ème moitié du 20e siècle est le sentiment d’inutilité qui accable de nombreuses personnes dans la société moderne (ce sentiment d’inutilité est souvent désigné sous d’autres termes comme « anomie » ou « vacuité de la classe moyenne »). Nous pensons que la soi-disant « crise d’identité » est à l’heure actuelle une recherche de sens, souvent sous la forme d’une activité compensatrice adéquate. Il est possible que l’existentialisme soit pour une grande part une réponse à ce sentiment d’inutilité. [12] La quête de l’épanouissement est très largement répandue dans notre société. Mais nous pensons que pour la majorité des gens une activité dont le but principal est l’épanouissement (c.à.d. une activité compensatrice) n’apporte pas un épanouissement réel et profond. En d’autres termes, il se satisfait pas totalement le besoin du processus de pouvoir (voir paragraphe 41). Ce besoin peut être pleinement satisfait uniquement au travers d’activités qui ont un but extérieur, comme les nécessités vitales, le sexe, l’amour, le statut social, etc.

65. (en) Pire encore, lorsque les buts passent par gagner de l’argent, gravir les échelons hiérarchiques, ou œuvrer comme un rouage du système d’une quelconque autre manière, la plupart des gens ne sont pas en position de poursuivre leurs buts de manière AUTONOME. Les travailleurs sont des employés standards, comme nous l’avons vu au paragraphe 61, doivent passer leurs journées à faire ce qu’on leur a dit de faire de la manière qu’on leur a dit de faire. Même la plupart des personnes à leur compte n’ont qu’une autonomie limitée. C’est la plainte constante des petits entrepreneurs comme quoi leurs mains seraient liées par une réglementation étatique abusive. Certaines de ces réglementations sont sans nul doute inutiles, mais elles sont le pendant essentiel et inévitable de notre société hautement complexifiée. Une grande partie des indépendants travaillent sous le régime de la franchise. Il a été rapporté il y a quelques années dans le Wall Street Journal que les sociétés franchisées faisaient passer aux postulants un test destiné à écarter ceux qui faisait montre de créativité et d’initiative, car de telles personnes ne sont pas suffisamment dociles pour se soumettre au système de la franchise. Ceci exclut ainsi beaucoup de gens qui ont un grand besoin d’autonomie.

66. (en) Aujourd’hui les gens vivent plus en fonction de ce que le système fait pour eux ou à leur place qu’en fonction de ce qu’il font pour eux-mêmes. Et ce qu’ils font est de plus en plus canalisé par le système. Les possibilités deviennent celles que le système tolère, et elles doivent être jugulées par les lois et réglementations [13] , et les techniques préconisées par les experts doivent être suivies si on veut avoir une chance de réussite.

67. (en) Ainsi le processus de pouvoir se désagrège dans notre société du fait d’une déficience de buts authentiques et d’une perte d’autonomie dans la poursuite de ces buts. Mais il se désagrège aussi à cause des désirs qui relèvent du groupe 3 : les désirs qui ne peuvent être satisfaits quels que soient les moyens mis en œuvre. Un de ces désirs est le besoin de sécurité. Nos vies dépendent de décisions prises par d’autres personnes ; nous n’avons aucun contrôle sur ces décisions, et nous ne connaissons même pas les gens qui les prennent (« Nous vivons dans un monde dans lequel relativement peu de gens — peut-être 500 ou 1000 — prennent les décisions fondamentales » — Philip B. Heymann de l’université de droit de Harvard, interrogé par Anthony Lewis, du New York Times le 21 avril 1995). Nos vies dépendent des niveaux de sécurité réellement appliqués dans une centrale nucléaire ; de la quantité de pesticides autorisée dans nos aliments ou de la pollution dans notre atmosphère ; du niveau de qualification de notre médecin ; le fait que nous trouvions ou perdions un emploi est soumis à l’arbitraire des économistes du gouvernement ou des dirigeants de trusts ; et ainsi de suite. La plupart des individus ne sont pas en position de se défendre eux-mêmes contre tous ces périls, sinon sur une très petite échelle. La recherche de la sécurité est ainsi frustrée, ce qui conduit à un sentiment de dépérissement.

68. (en) On peut rétorquer que l’homme primitif est physiquement bien moins à l’abri que son homologue moderne, ainsi que le montre sa plus faible espérance de vie ; c’est pourquoi l’homme moderne souffre moins et non pas plus de l’insécurité. Mais la sécurité psychologique ne correspond pas exactement avec la sécurité physique. Ce qui nous fait nous SENTIR en sécurité n’est pas tant une sécurité réelle que le sentiment de confiance en notre capacité à nous débrouiller nous-mêmes. L’homme primitif, acculé par un fauve ou poussé par la faim, peut se défendre ou partir à la recherche de nourriture. Il n’est pas certain de réussir, mais il n’est certainement pas sans ressource face à l’adversité. D’un autre côté, l’homme moderne est démuni face aux accidents nucléaires, aux substances cancérigènes dans la nourriture, à la pollution, la guerre, l’augmentation des impôts, les intrusions dans sa vie privée, et en général face aux phénomènes sociaux ou économiques à l’échelle de la nation qui peuvent détruire son mode de vie.

69. (en) Il est vrai que l’homme primitif est démuni face à certains périls, la maladie par exemple. Mais il accepte stoïquement le risque de maladie. Cela fait partie de la nature des choses, ce n’est la faute de personne, sinon d’un démon, contre lequel on ne peut rien. Mais ce que subit l’homme moderne est L’ŒUVRE DE L’HOMME. Ce n’est pas du à la malchance, mais ça lui est IMPOSE par d’autres personnes qu’il est incapable, en tant qu’individu, d’influencer. En conséquence de quoi, il se sent frustré, humilié et en colère.

70. (en) Ainsi l’homme primitif a pour une grande part sa sécurité entre ses propres mains (soit comme individu, soit comme membre d’un PETIT groupe) tandis que la sécurité de l’homme moderne est entre les mains de personnes ou d’organisations qui sont trop inaccessibles pour qu’il soit à même de pouvoir les influencer. Ainsi, le désir de sécurité de l’homme moderne tend à relever des groupes 1 et 3 ; dans certains cas (nourriture, logement, etc.), cette sécurité est assurée au seul coût d’un faible effort, tandis que dans les autres cas, il ne PEUT PAS accéder à cette sécurité (Ce qui précède simplifie exagérément la situation réelle, mais indique en gros en quoi la condition de l’homme moderne diffère du primitif).

71. (en) Les gens ont des désirs passagers ou des envies qui sont nécessairement contrariées dans la vie moderne, et qui relèvent ainsi du groupe 3. On peut être affamé, mais la société moderne ne permet pas de chasser. L’agression verbale est même interdite dans de nombreux cas. Quand on se déplace, on peut être pressé ou bien décontracté, mais on n’a pas généralement le choix, sinon de se déplacer au rythme du trafic et d’obéir aux signaux. On peut vouloir travailler d’une manière différente, mais souvent on doit travailler suivant les directives de son employeur. De bien d’autres manières, l’homme moderne est emprisonné dans un réseau de lois et réglementations (implicites ou explicites) qui contrarient ses envies et ainsi interfèrent avec le processus de pouvoir. La plupart de ces réglementations ne peuvent pas être ignorées, car elles sont nécessaires au fonctionnement d’une société industrialisée.

72. (en) La société moderne est sous bien des aspects extrêmement permissive. Tout ce qui ne perturbe pas le fonctionnement du système, nous pouvons le faire. Nous pouvons croire en la religion de notre choix (tant qu’elle n’encourage pas des attitudes dangereuses pour le système). Nous pouvons coucher avec qui bon nous semble (tant que nous pratiquons le safe sex). Nous pouvons faire ce que nous voulons tant que c’est ANODIN. Mais quand cela devient IMPORTANT, le système a tendance à progressivement réguler nos comportements.

73. (en) Nos comportements ne sont pas seulement régulés par des lois explicites et pas seulement par le gouvernement. Le contrôle est souvent exercé par une coercition indirecte ou par une pression psychologique ou des manipulations, et, ce, par des organisations autres que le gouvernement, ou par le système dans son ensemble. La plupart des grandes organisations utilisent des formes de propagande [14] pour manipuler le public dans ses attitudes et comportements. La propagande n’est pas limitée au « commerce » et à la publicité, et parfois n’est même pas considérée comme telle par les gens qui la diffusent. Par exemple, le contenu d’un programme de divertissement est une puissante forme de propagande. Un exemple de coercition indirecte : Il n’y a pas de loi qui dise qu’il faille aller travailler tous les jours et suivre les directives du patron. Légalement, rien ne nous interdit de retourner à l’état sauvage ou de travailler pour notre compte. Mais en pratique, il reste peu de contrées sauvages, et il y a une place limitée dans notre économie pour « l’artisanat ». Ce qui fait que la plupart d’entre nous ne peuvent survivre qu’en étant l’employé de quelqu’un.

74. (en) Nous soutenons que les obsessions de l’homme moderne pour la longévité de sa vie et pour assurer jusqu’à un âge avancé la vigueur physique et l’attrait sexuel sont un symptôme d’une aliénation résultant de la déliquescence du processus de pouvoir. La « crise de l’âge mûr » en est aussi un symptôme. De même la perte d’intérêt pour une nombreuse progéniture assez courante dans la société moderne, mais presque insensée dans les sociétés primitives.

75. (en) Dans une société primitive, la vie est une succession d’étapes. Les besoins et fonctions propres à un stade ayant été accomplies, il n’y a pas de problème particulier à passer au stade supérieur. Un jeune homme accomplira son processus de pouvoir en devenant un chasseur, non pour le sport ou pour l’agrément, mais pour assurer sa subsistance (en ce qui concerne les jeunes femmes, le processus est plus complexe, du fait d’un accroissement du rôle social ; nous n’en discuterons pas ici). Cette période ayant été couronnée de succès, il n’y a pas de problème pour s’assagir et fonder un foyer (par contre, certains « modernes » repoussent indéfiniment le moment d’avoir des enfants car ils sont trop occupés à rechercher « l’épanouissement » de quelque manière que ce soit. Nous pensons que l’épanouissement dont ils ont besoin est une expérience correcte du processus de pouvoir — avec des buts réels au lieu des buts artificiels des activités compensatrices). De même, après avoir élevé ses enfants, avoir utilisé le processus de pouvoir pour leur fournir subsistance, l’homme primitif sent que son heure est venue et accepte la vieillesse (s’il survit jusque là), puis meurt. D’un autre côté, la plupart des hommes modernes, sont hantés par l’inéluctabilité de la mort, comme le montre la somme d’efforts qu’ils déploient pour conserver leur vigueur, leur attrait et leur santé. Nous affirmons que ceci est du au fait qu’ils n’ont jamais utilisé leurs capacités physiques d’une quelconque manière, qu’il n’ont jamais éprouvé leur processus de pouvoir en utilisant leur corps de façon sérieuse. Ce n’est pas l’homme primitif, qui a quotidiennement exercé son corps, qui craint les affronts de l’âge, mais le moderne qui ne l’a jamais fait, à part marcher de sa voiture à sa maison. C’est l’homme dont le besoin du processus de pouvoir a été satisfait durant sa vie qui est le mieux préparé à accepter la fin de sa vie.

76. (en) En réponse aux arguments de cette section, quelqu’un rétorquera : « la société doit trouver un moyen de donner aux gens la capacité d’exercer leur processus de pouvoir ». Pour de telles personnes, cette capacité est nulle par le simple fait que la société la leur donnera. Ce dont elles ont besoin, c’est de trouver cette capacité d’elles-mêmes. Tant que le système leur DONNERA les « moyens », ils seront en laisse. Pour parvenir à l’autonomie, ils doivent se débarrasser de la laisse.

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Published by conscience politique
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