Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Accueil

  • : Le blog de consciencepolitique.over-blog.com
  • Le blog de consciencepolitique.over-blog.com
  • : Présente une revue de presse, des dossiers et des liens sur l'actualité politique en France et dans le monde.
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Texte Libre

Archives

16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 12:52

LA TECHNOLOGIE EST UNE FORCE SOCIALE PLUS FORTE QUE LE DÉSIR DE LIBERTÉ

125. (en) Il n’est pas possible de réaliser un compromis DURABLE entre technologie et liberté, car la technologie est de loin la force sociale la plus puissante et empiète continuellement sur la liberté de compromis SUCCESSIFS en compromis SUCCESSIFS. Imaginons le cas de 2 voisins, chacun possédant la même superficie de terrain ; mais l’un d’entre eux étant plus fort que l’autre. Le fort demande à l’autre une partie de son terrain. Le faible refuse. Le fort dit : « Ok, faisons un arrangement. Donne moi la moitié de ce que je t’ai demandé ». Le faible n’a pas d’autre choix que d’obtempérer. Un peu plus tard, le fort réitère sa demande, de nouveau il y a arrangement, et ainsi de suite. Par cette longue série d’arrangements, le fort finira probablement par se rendre maître de tout le terrain de l’autre. Il en va ainsi du conflit entre technologie et liberté.

126. (en) Expliquons maintenant pourquoi la technologie est une force sociale plus forte que le désir de liberté.

127. (en) Une avancée technologique qui apparaît à première vue comme ne présentant pas de danger pour la liberté se révèle souvent très menaçante au bout d’un certain temps. Par exemple, considérons les transports. Un homme à pied pouvait pratiquement aller où bon lui semblait, à son rythme sans s’occuper des règles du code de la route et était indépendant des structures technologiques. Quand les véhicules à moteurs sont apparus, ils semblaient devoir donner plus de liberté à l’homme. Ils n’empiétaient pas sur la liberté du piéton, personne n’avait d’automobile s’il n’en voulait pas, et celui qui choisissait de posséder une automobile pouvait voyager beaucoup plus vite qu’un homme à pied. Mais l’introduction de ces engins a rapidement changé la société de telle façon que la liberté de se déplacer s’en est trouvée restreinte. Quand les automobiles deviennent trop nombreuses, il devient nécessaire de réglementer leur usage. Dans une voiture, tout spécialement dans les zones fortement peuplées, personne ne peut se déplacer à son rythme, le mouvement est dicté par celui du flot et par les règles du code de la route. De surcroît, l’utilisation d’un moyen de transport motorisé n’est plus simplement optionnel. Depuis l’introduction de ces engins, la conformation de nos villes a tellement changé que la plupart des gens ne peuvent plus vivre sans avoir à se déplacer sur de longues distances entre leur domicile et leur travail, les centres commerciaux, et autres, ce qui fait qu’ils DÉPENDENT de l’automobile pour le transport. Ou bien ils utilisent les transports publics, auquel cas ils ont encore plus perdu quant à leur liberté de déplacement qu’en prenant la voiture. Même la liberté du piéton a été considérablement restreinte. En ville, il est continuellement obligé de s’arrêter aux stops et aux feux qui servent principalement à gérer le trafic automobile. A la campagne le trafic rend la marche extrêmement dangereuse et déplaisante le long des grands-routes (Notez le point important que nous avons illustré avec le cas du transport motorisé : quand un nouvel artefact technologique est introduit en tant qu’option qu’un individu peut refuser ou accepter, il ne RESTE pas souvent optionnel. Dans la majorité des cas, la nouvelle technologie change la société de telle façon que les gens se trouvent CONTRAINTS de l’utiliser).

128. (en) Alors que le progrès technologique DANS SON ENSEMBLE réduit continuellement notre sphère de liberté, chaque nouvelle avancée technologique CONSIDÉRÉE SEULE apparaît sous un jour favorable. L’électricité, l’eau courante, les communications à longue distance… Comment pourrait-on protester contre ces choses ou contre n’importe quelles autres avancées parmi les innombrables qui ont été faites dans la société moderne ? Il aurait été absurde de s’opposer au téléphone par exemple. Ainsi que nous l’avons déjà expliqué dans les paragraphes 59-76, toutes ces avancées technologiques prises ensemble ont créé un monde où le destin de l’individu moyen n’est plus entre ses mains, ou entre celles de ses voisins ou amis, mais dans celles des politiciens, des dirigeants de trusts, et d’inaccessibles et anonymes techniciens et bureaucrates sur lesquels il n’a aucun pouvoir. [21] . Le même processus se poursuivra dans le futur. Prenons l’ingénierie génétique par exemple. Peu de gens résisteront aux techniques génétiques qui élimeront les maladies héréditaires. Elles ne présentent pas d’inconvénient apparent, et empêchent la souffrance. Il est pourtant évident qu’une bonne partie des travaux en génétique transformeront l’homme en un produit manufacturé au lieu qu’il demeure une création du hasard (ou de Dieu, ou ce que vous voulez, suivant vos convictions).

129. (en) Une autre raison pour laquelle la technologie est une force sociale si puissante vient du fait que, dans une société donnée, le progrès technologique avance uniquement dans une seule direction ; il ne peut être arrêté. Une fois qu’un artefact a été introduit, les gens deviennent généralement dépendants de lui, jusqu’à ce qu’il soit remplacé par un artefact plus récent. Ce ne sont pas les individus qui deviennent dépendants, mais le système tout entier (Imaginons ce qui arriverait à l’heure actuelle si les ordinateurs disparaissaient). Ainsi le système ne peut avancer que dans une seule direction, vers toujours plus de progrès technique. La technologie force continuellement la liberté à reculer — sauf destruction complète du système technologique tout entier.

130. (en) La technologie avance à grande vitesse et menace la liberté de tous côtés à la fois (surpopulation, lois et réglementations, sur-dépendance de l’individu vis à vis des grandes organisations, propagande et autres techniques psychologiques, manipulations génétiques, violation de la vie privée par les systèmes de surveillance et les ordinateurs, etc.). Résister à CHACUN de ces dangers requièrerait une longue lutte sociale différente. Ceux qui veulent protéger la liberté sont submergés par l’incroyable nombre de nouvelles attaques et la vitesse à laquelle elles se propagent, ce qui les rend dérisoires et les accule à la reddition. Combattre chacun de ces dangers séparément serait futile. Un succès ne peut être espéré qu’en combattant le système technologique dans son ensemble ; mais ceci est une révolution et pas une réforme.

131. (en) Les techniciens (nous prenons ce terme au sens large de ceux qui exercent une activité spécialisée requérant des études) ont tendance à être tellement impliqués dans leur travail (leur activité compensatrice) que quand un conflit advient entre leur travail technique et leur liberté, ils tranchent presque toujours en faveur de leur travail technique. Ceci est évident pour les scientifiques ; mais cela est visible partout : les éducateurs, les groupes humanitaires, et autres, n’hésitent pas à faire usage de propagande et d’autres techniques psychologiques pour leur permettre de réaliser leurs buts hautement louables. Les firmes, et les agences gouvernementales, quand cela leur parait utile, n’hésitent pas non plus à collecter des renseignements sur les individus sans respect de leur vie privée. Ceux chargés de faire respecter la loi sont souvent ennuyés par les droits constitutionnels des suspects — souvent totalement innocents — et font tout ce qui est légalement en leur pouvoir (voire illégalement) pour contourner ou ignorer ces droits. La plupart de ces éducateurs, de ces fonctionnaires et de ces représentants de la loi croient en la liberté, le respect de la vie privée et les droits constitutionnels, mais quand ceux-ci entrent en conflit avec leur travail, ils estiment en général que ce dernier est plus important.

132. (en) Il est bien connu que les gens travaillent mieux quand ils en espèrent une récompense, que quand ils cherchent à éviter un châtiment, ou quelque chose de négatif. Les scientifiques et autres techniciens sont principalement motivés par les bénéfices qu’ils peuvent retirer de leur travail. Mais ceux qui s’opposent aux atteintes de la technologie contre la liberté travaillent pour éviter quelque chose de négatif ; en conséquence peu de gens travaillent assidûment à cette tâche décourageante. Même si les réformistes arrivent à poser un jalon contre la dégradation à venir de la liberté face à la technologie, la plupart relâcheront leur attention et se consacreront à des activités plus agréables. Mais les scientifiques resteront actifs dans leurs laboratoires, et la technologie et ses progrès repartiront de plus belle, en dépit des barrières, pour exercer de plus en plus de contrôle sur les individus et les rendre encore plus dépendants du système.

133. (en) Ni les accords sociaux, ni les lois, les institutions, les coutumes ou l’éthique ne peuvent fournir une protection durable contre la technologie. L’histoire montre que tous les accords sociaux sont transitoires ; ils évoluent ou disparaissent parfois. Mais les avancées de la technologie sont permanentes au sein d’une société donnée. Supposons par exemple qu’il soit possible d’arriver à un accord social pour empêcher les manipulations génétiques sur l’homme ou éviter qu’elles ne soient utilisées pour des fins qui atteintent à sa liberté et à sa dignité. Mais la technologie attendra son heure. Plus ou moins rapidement, l’accord social tombera en désuétude. Probablement assez rapidement, étant donné l’allure du changement dans cette société. Alors les manipulations génétiques commenceront à mettre à bas notre sphère de liberté et ce fait sera irréversible (à moins d’un effondrement de la société technicienne elle-même). Toutes les illusions concernant un accord permanent doivent être dissipées, il suffit de voir ce qui arrive actuellement à la législation anti-pollution. Il y a quelques années, on aurait pu croire que des mesures légales parviendraient à empêcher les pires abus en matière de dégradation de l’environnement. Un changement politique, et ces mesures commencent déjà à tomber en désuétude.

134. (en) Pour toutes les raisons susdites, la technologie est une force sociale bien plus puissante que l’aspiration à la liberté. Mais des réserves doivent être faites quant à ce constat. Il apparaît que dans les prochaines décades, le système techno-industriel sera agité par de violents remous dus aux problèmes sociaux et environnementaux, et spécialement ceux dus au mal être humain (aliénation, rébellion, hostilité, un certain nombre de difficultés psychologiques et sociales). Nous espérons que ces remous que le système ne manquera pas de supporter le feront s’effondrer, ou au moins l’affaibliront suffisamment pour qu’une révolution éclate et soit victorieuse, et à ce moment là, l’aspiration à la liberté aura prouvé qu’elle est plus forte que la technologie.

135. (en) Au paragraphe 125, nous avons utilisé l’analogie d’un voisin faible dépouillé par un voisin fort qui lui prend sa terre en le forçant à une série de compromis. Mais supposons maintenant que le fort tombe malade, de façon à ce qu’il soit incapable de se défendre. Le faible peut le forcer à lui restituer ses terres ou même le tuer. S’il laisse le fort survivre, et se contente de récupérer la terre, c’est un idiot, car le fort, dès qu’il sera guéri la lui reprendra. La seule alternative raisonnable pour le faible est de tuer le fort, s’il en a l’opportunité. De la même façon, si le système industriel s’affaiblit, nous devons en profiter pour le détruire. Si nous ne le faisons pas et lui laissons le temps de se remettre, il nous dépouillera définitivement de toute liberté.

LES PROBLÈMES SOCIAUX LES PLUS SIMPLES SE SONT RÉVÉLÉS INSOLUBLES

136. (en) Si quelqu’un s’imagine encore qu’il est possible de réformer le système de façon à préserver la liberté de la technologie, qu’il considère les manières boiteuses et souvent inopérantes avec lesquelles notre société a essayé de gérer d’autres problèmes sociaux, de loin plus simples et plus triviaux. Ainsi, le système a été incapable d’arrêter la dégradation de l’environnement, la corruption dans la sphère politique, le trafic de drogue, et autres.

137. (en) Prenons les problèmes de l’environnement, par exemple. Ici les oppositions sont claires : les impératifs économiques contre la volonté de préserver quelques unes des ressources naturelles pour nos petits enfants.[22] Mais sur ce sujet nous avons seulement obtenu des inepties et des déclarations dilatoires de la part des gens qui ont le pouvoir, et non pas un programme d’action clair et cohérent et nous ne pouvons qu’imaginer la montagne de problèmes environnementaux qu’auront à gérer nos petits enfants. Les efforts pour résoudre les problèmes environnementaux se réduisent à des chamailleries et à des compromis entre différentes factions, les unes en position de force à un moment, les autres à un autre. L’énergie pour ce programme varie suivant les mouvements d’humeur de l’opinion publique. Ce n’est pas un processus rationnel, ou c’en est un dont on ne peut espérer une solution adéquate et satisfaisante. La plupart des problèmes sociaux, s’ils veulent être « vraiment » résolus, sont rarement ou jamais résolus de façon rationnelle et claire. C’est un processus confus où de nombreux groupes de pressions poursuivant leurs intérêts propres [23] à court terme arrivent (en général par chance) à un modus vivendi plus ou moins stable. En fait, les principes que nous avons formulés dans les paragraphes 100-106 semblent nous indiquer qu’il est peu probable que les plans sociaux rationnels à long terme puissent JAMAIS prétendre au succès.

138. (en) Ainsi, il apparaît que la race humaine a au mieux une capacité très limitée de résoudre même ses problèmes sociaux les plus triviaux. Comment pourrait-elle résoudre le problème infiniment plus complexe et plus difficile que constitue la réconciliation de la liberté et de la technologie ? La technologie a des avantages clairement mis en avant, alors que la liberté est une abstraction dont la signification varie d’un individu à l’autre, et sa perte est facilement dissimulée par la propagande et les discours mensongers.

139. (en) Et notons cette importante différence. Il est possible que nos problèmes d’environnement (par exemple) soient un jour résolus grâce à un plan clair et rationnel, mais il ne le seront que parce que cela rentre dans les intérêts à long terme du système de résoudre ces problèmes. Mais ce n’est PAS dans l’intérêt du système de préserver la liberté ou l’autonomie des petits groupes. Au contraire, son intérêt est de contrôler le comportement humain sur la plus large échelle possible. [24] . Ainsi, si des considérations pratiques pourront éventuellement forcer le système à entreprendre une action pour la préservation de l’environnement, de semblables considérations forceront le système à prendre en main de façon encore plus drastique le comportement humain (de préférence par des moyens indirects qui dissimuleront l’effritement de la liberté). Ce n’est pas juste notre opinion. D’éminents sociologues (par exemple James Q. Wilson) ont insisté sur l’importance à « socialiser » la population de manière plus efficiente.

LA RÉVOLUTION EST PLUS FACILE QUE LA RÉFORME

140. (en) Nous espérons avoir convaincu le lecteur que le système ne peut être réformé de façon à concilier liberté et technologie. La seule méthode est de mettre à bas le système techno-industriel dans son ensemble. Ceci implique une révolution, pas nécessairement une insurrection armée, mais un changement radical et profond dans la nature de notre société.

141. (en) Les gens ont tendance à penser que du fait que la révolution engendre de plus grands changements que la réforme, elle est plus difficile à mettre en œuvre que cette dernière. En fait dans certaines conditions, la révolution est plus aisée que la réforme. Ceci vient de ce qu’un mouvement révolutionnaire peut inspirer bien plus d’enthousiasme qu’une réforme. Cette dernière en général n’offre qu’une solution à un problème social particulier. La révolution propose de résoudre tous les problèmes en une fois et recréer un monde nouveau ; elle procure un idéal à ceux qui prendront les plus grands risques et assumeront les plus grands sacrifices. Pour toutes ces raisons, il pourrait être plus facile de détruire tout le système technologique que de mettre en application des restrictions efficaces, durables envers le développement d’applications dans un quelconque secteur de la technologie, comme l’ingénierie génétique, alors que dans les conditions adéquates, de nombreuses personnes pourraient de dévouer corps et âme à une révolution contre le système techno-industriel. Comme nous l’avons noté dans leparagraphe 132, les réformistes qui tentent de limiter certains aspects de la technologie travaillent pour éviter des résultats négatifs. Mais les révolutionnaires se battent pour un résultat positif — l’accomplissement de leurs visées révolutionnaires — et de ce fait œuvrent plus durement et plus obstinément que les réformistes.

142. (en) Les réformes sont toujours limitées par la crainte des conséquences douloureuses si les changements sont trop importants. Mais une fois que la fièvre révolutionnaire s’est emparée d’une société, les gens sont prêts à supporter des épreuves sans nom pour la réussite de leur révolution. Cela a clairement été le cas pour les révolutions française ou russe. Il est possible que seule une minorité ait été impliquée dans la révolution, mais cette minorité était assez forte et activiste pour devenir la force dominante de la société. Nous en dirons plus sur la révolution dans les paragraphes 180-205.

LE CONTRÔLE DU COMPORTEMENT HUMAIN

143. (en) Depuis le début de la civilisation, les sociétés organisées ont du faire pression sur les êtres humains pour arriver à fonctionner. Les moyens de pression varient considérablement d’une société à l’autre. Certains sont physiques (sous-alimentation, travail harassant, pollution de l’environnement), certains sont psychologiques (bruit, entassement, mise au moule du comportement humain). Dans le passé la nature humaine a été à peu près constante ou a varié seulement avec une amplitude faible. En conséquence les sociétés n’étaient pas capables de contraindre les gens au-delà d’une certaine limite. Quand cette limite avait été franchie, les choses commençaient à se gâter : apparaissaient rébellion, crime, corruption, absentéisme, dépression ou d’autres problèmes psychologiques, taux de mortalité élevé ou de natalité faible, et ainsi de suite, ce qui fait que soit cette société s’effondrait, soit elle déclinait et (plus ou moins rapidement, par la conquête, l’usure, ou une évolution) était remplacée par une autre, plus efficace. [25]

144. (en) Ainsi, dans le passé, la nature humaine avait mis certaines limites au développement des sociétés. Les gens ne pouvaient être contraints indéfiniment. Mais aujourd’hui, les choses ont changé, car la technologie propose des moyens de changer les êtres humais.

145. (en) Imaginons une société qui soumette les individus à des conditions qui les minent psychologiquement, mais qui leur fournit des drogues pour remonter leur moral. Science fiction ? Cela arrive de nos jours dans une large mesure au sein de notre société. Il est bien connu que les cas de dépression nerveuse ont considérablement augmenté ces dernières décades. Nous pensons que cela est du à l’effritement du processus de pouvoir ainsi que nous l’avons expliqué aux paragraphes 59-76. Mais même si nous nous trompons, il est évident que l’augmentation des cas de dépression provient de CERTAINES conditions existantes dans notre société. Au lieu de faire disparaître les conditions dépressiogènes, la société moderne leur fournit des antidépresseurs. En effet, ces substances permettent de modifier le comportement d’un individu de façon à ce qu’il tolère des conditions qui ne supporteraient pas autrement (certes nous savons que la dépression est parfois d’origine génétique, nous nous référons ici au cas où l’environnement joue un rôle prépondérant).

146. (en) Les substances psychotropes ne sont qu’un des exemples de contrôle du comportement humain. Voyons les autres.

147. (en) D’abord, il y a les techniques de surveillance. Des caméras dissimulées sont employées dans la plupart des magasins, et dans bien d’autres endroits, les ordinateurs sont utilisés pour collecter et traiter d’énormes quantités de données sur chaque individu. Les informations ainsi obtenues augmentent de manière considérable l’efficacité des moyens de coercition physique. [26] . Enfin, il y a les méthodes de propagande, dont les mass media sont les vecteurs les plus efficaces. Des techniques efficaces ont été mises au point pour gagner les élections, vendre des produits, influencer l’opinion publique. L’industrie du « divertissement » [entertainment] est un important outil psychologique du système, peut-être même lorsqu’il déverse des flots de sexe et de violence. Le « divertissement » offre à l’homme moderne parmi les meilleurs moyens d’évasion. Tant qu’il est absorbé par la télévision, les vidéos, etc., il peut oublier le stress, l’angoisse, la frustration, l’insatisfaction. La plupart des hommes primitifs, lorsqu’ils ne travaillaient pas, étaient satisfaits de rester assis à ne rien faire, car ils étaient en paix avec eux-mêmes et avec le monde. Mais la plupart des hommes modernes doivent être occupés ou divertis, sans quoi ils s’ennuient, c.à.d ils deviennent nerveux, instables, irritables.

148. (en) D’autres techniques sont encore plus sournoises que les précédentes. L’éducation n’est plus simplement une affaire de fessée quand l’enfant ne connaît pas sa leçon ou de récompenses quand il la sait. C’est devenu une technique scientifique pour contrôler le développement des enfants. Les centres d’éducation Sylvan, par exemple, ont eu un grand succès en motivant les élèves pour leurs études, et des techniques psychologiques sont aussi utilisées avec plus ou moins de réussite dans les écoles traditionnelles. Les techniques « parentales » que l’on enseigne aux parents sont destinées à faire accepter aux enfants les valeurs fondamentales du système et à rester sur les voies qui lui sont utiles. Les programmes de « santé mentale », les techniques « d’intervention », la psychothérapie, et autres sont présentées comme étant bénéfiques pour l’individu, mais en pratique ne sont que des méthodes visant à contraindre les individus à penser et à se comporter comme le système le désire (Il n’y a aucune contradiction ; un individu dont le comportement ou les actions entrent en conflit avec le système se trouve face à face avec une puissance bien trop forte pour lui permettre de s’imposer ou de fuir, ce qui fait qu’il souffre alors de stress, de frustration, de sentiment d’impuissance. Sa vie de tous les jours sera bien plus facile s’il fait ce que le système attend de lui. Ainsi, le système travaille pour le bien des individus en leur lavant le cerveau pour s’assurer de leur conformisme). Les brutalités contre les enfants sous leurs formes « évidentes » sont condamnées par la majorité, si ce n’est toutes les cultures. Tourmenter un enfant, pour une raison donnée ou sans raison, est quelque chose qui répugne à presque tout le monde. Mais beaucoup de psychologues interprètent le terme de « brutalité » de manière beaucoup plus large. Est-ce qu’une fessée, quand elle est autorisée par un système d’éducation cohérent et rationnel, doit être considérée comme une brutalité ? La question ne peut-être résolue qu’en considérant qu’une fessée est un bon moyen ou non pour permettre à une personne de s’insérer convenablement dans une société donnée. En pratique, le mot « brutalité » tend à être interprété comme tout moyen de « dressage » des enfants qui génère des comportements nuisibles au système. Ainsi, lorsqu’ils veulent s’en prendre à la cruauté brute, sans motif, les programmes pour prévenir la brutalité contre les enfants, sont dans la ligne du système.

149. (en) Il est probable que la recherche continuera pour augmenter l’efficience des techniques psychologiques pour contrôler le comportement humain. Mais nous pensons que les techniques psychologiques seules sont insuffisantes pour adapter les êtres humains au type de société que secrète la technologie. Des méthodes biologiques seront certainement utilisées. Nous avons déjà fait mention des médicaments. La neurologie peut fournir d’autres voies pour modifier l’esprit humain. L’ingénierie génétique est déjà en train de se mettre en place sous la forme du « soin génétique », et il n’y a pas de raison de penser que de telles méthodes ne seront pas utilisées pour modifier le corps de façon à affecter le fonctionnement mental.

150. (en) Comme nous l’avons mentionné au paragraphe 134, la société industrielle semble devoir entrer dans une période de turbulences, due en partie aux problèmes du comportement humain, et aussi à ceux de l’économie et de l’environnement. Et une large part des problèmes économiques et environnementaux du système provient de la façon dont se comportent les êtres humains. L’aliénation, la faible estime de soi, la dépression, l’hostilité, la rébellion ; les enfants qui ne veulent pas étudier, les gangs de jeunes, la consommation de drogue, les viols, les sévices à l’encontre des enfants, les autres délits, le sexe unsafe, les grossesses chez les adolescentes, la surpopulation, la corruption de la classe politique, la haine raciale, les rivalités ethniques, les conflits idéologiques aigus (pour ou contre l’avortement, par exemple), l’extrémisme politique, le terrorisme, le sabotage, les groupes antigouvernementaux ou antisociaux. Tout cela constitue une menace pour la survie du système. Il va être FORCE de prendre des mesures efficaces pour contrôler le comportement humain.

151. (en) La décomposition sociale que nous observons à l’heure actuelle n’est certainement pas due à la malchance. Elle ne peut être due qu’aux conditions de vie que le système impose aux gens.(nous avons souligné que la plus importante de ces conditions est la destruction du processus de pouvoir). Si le système réussit à imposer un contrôle suffisant pour contrôler le comportement humain de façon à assurer sa propre survie, un nouveau seuil de l’histoire aura été franchi. Puisque, en gros, les limites de l’endurance humaine ont été celles du développement social (comme nous l’avons expliqué aux paragraphes 143,144), la société techno-industrielle devra dépasser ces limites en modifiant les êtres humains, que ce soit par des moyens psychologiques ou biologiques, ou les deux. Dans le futur, le social ne s’adaptera pas aux besoins des individus, mais ces derniers s’ajusteront pour répondre aux demandes du système. [27]

152. (en) De manière générale, le contrôle technologique sur le comportement humain n’est pas le produit d’un totalitarisme conscient ou même pour ouvertement restreindre les libertés [28] . Chaque pas sur le chemin de la prise de contrôle de l’esprit humain a été pensé comme une réponse rationnelle à un problème qui se posait à une société, comme limiter l’alcoolisme, réduire la criminalité ou inciter la jeunesse à s’engager dans des études techno-scientifiques. Dans beaucoup de cas, des justifications humanitaires ont pu être mises en avant. Par exemple, quand un psychiatre prescrit un antidépresseur, il vient en aide à un patient souffrant. Il semblerait inhumain de priver de médicaments quelqu’un qui en a besoin. Quand des parents envoient leurs enfants aux centres d’éducation Sylvan de façon à ce qu’ils soient manipulés pour s’aliéner dans leurs études, ils le font pour assurer un avenir à leur progéniture. Peut-être que certains de ces parents espèrent que personne n’a besoin de suivre un apprentissage dégradant pour obtenir un job, et que leur enfant ne subira pas un lavage de cerveau pour devenir un demeuré de l’ordinateur. Mais que peuvent-ils faire ? Ils ne peuvent changer la société, et leurs enfants seront chômeurs s’ils n’acquièrent pas certaines capacités. Alors ils les envoient à Sylvan.

153. (en) Ainsi, le contrôle du comportement humain se fera non pas du fait d’une décision calculée des autorités, mais au fur et à mesure d’une évolution sociale (une évolution RAPIDE, toutefois). Il sera impossible de lui résister, car chaque étape, considérée en elle-même, apparaîtra comme bénéfique, à plus ou moins long terme, ou du moins, le mal créé par cette avancée semblera moindre que celui qui aurait été produit si elle n’avait pas eu lieu (voirparagraphe 127). La propagande par exemple sert pour de bonnes causes, comme s’opposer aux mauvais traitements contre les enfants ou la haine raciale [14] . L’éducation sexuelle est évidemment utile, mais son effet (du moins dans sa partie positive) est de faire se modeler les comportements sexuels hors de la famille pour qu’ils le soient par les mains de l’état, par le biais du système scolaire.

154. (en) Supposons qu’on découvre un « gène de la criminalité » et qu’on ait aussi le moyen de prévenir cela [29] . Evidemment les parents des enfants « atteints » seront soumis à cette thérapie. Il serait inhumain de procéder autrement et de laisser l’enfant grandir pour finir comme un misérable criminel. Mais beaucoup, si ce n’est la plupart des sociétés primitives avaient une faible criminalité en comparaison de la nôtre, même si elles n’avaient aucun moyen sophistiqué de suivi des enfants, ni de systèmes élaborés de répression. Comme il n’y a pas de raison de supposer que l’homme moderne ait plus de dispositions innées que son ancêtre pour le mal, notre forte criminalité doit être due à la pression que la modernité fait peser sur les gens, dont beaucoup ne peuvent, ni ne pourront s’adapter. Ainsi un traitement pour annihiler des dispositions criminelles potentielles est, au moins en partie, un moyen de reformater les gens pour qu’ils soient « aptes » au système.

155. (en) Notre société a tendance à regarder comme une « maladie » quelque mode de pensée ou quelque comportement qui n’est pas conforme, et il est plausible qu’un individu qui ne s’adaptera pas souffrira en même temps qu’il posera des problèmes au système. De cette façon, toutes les formes de manipulations à l’encontre des individus sont perçues comme un « traitement » contre une « maladie », et donc comme un bien.

156. (en) Dans le paragraphe 127, nous avons souligné que l’utilisation d’un nouvel objet technologique est INITIALEMENT optionnelle, mais qu’elle ne le reste pas car cette nouvelle technologie tend à changer la société de façon à ce qu’il devienne difficile ou impossible pour un individu de se passer de cette technologie. Ceci s’applique aussi à la technologie du contrôle humain. Dans un système où la majorité des enfants sont programmés pour se passionner pour leurs études, un parent sera obligé de faire passer son enfant par un tel chemin, parce qu’il ne peut faire autrement, sans quoi, son enfant deviendra, par comparaison, un ignorant et, à terme, un chômeur. Ou supposons qu’on trouve un moyen de réduire le stress dont souffrent la plupart des gens, et ce sans effets indésirables. Si la majorité se soumet au traitement, le niveau général de stress s’en trouvera effectivement amoindri et le système pourra relever le niveau de stress induit en conséquence. En fait, un moyen de réduction du stress existe déjà : le divertissement de masse (voir paragraphe 147). Son utilisation est « optionnelle » : aucune loi ne nous oblige à regarder la télévision, écouter la radio ou lire les magazines. Mais le divertissement de masse est un moyen de réduire le stress et de s’évader dont beaucoup sont devenus dépendants. Tout le monde se plaint de la nullité de la télévision, mais presque tout le monde la regarde. Quelques uns se sont débarrassés de l’accoutumance à la télévision, mais ils sont rares ceux qui parviennent à vivre aujourd’hui sans user d’AUCUNE forme du divertissement de masse (jusqu’à récemment, la plupart des gens se satisfaisaient de ce qu’ils trouvaient dans leur entourage proche). Sans l’industrie du spectacle, le système n’aurait pas été capable de nous contraindre à un tel stress que celui que nous subissons.

157. (en) En supposant que la société techno-industrielle survive, il est hautement probable que la technologie acquerra un contrôle presque absolu sur le comportement humain. Il a été établi, sans le moindre doute, que la pensée et le comportement humain ont un fondement majoritairement biologique. Comme l’ont démontré de nombreuses expériences, des sentiments comme la colère, le plaisir, la faim et la peur peuvent être activées ou désactivées grâce à des stimulus électriques sur les parties appropriées du cerveau. De même pour la mémoire. Des drogues peuvent provoquer des hallucinations ou simplement changer l’humeur. Il peut exister ou non une âme immatérielle, mais il est clair qu’elle a moins de force que les mécanismes biologiques. Si ce n’était pas le cas, les chercheurs n’arriveraient pas si facilement à contrôler les pensées et comportements humains par des moyens chimiques ou électriques.

158. (en) Il est probable qu’il sera difficile de placer des électrodes dans la tête des gens de façon à pouvoir les contrôler. Mais le fait que les sentiments et pensées humaines soient si ouvertes aux interventions biologiques montre que le problème du contrôle de l’humain relève essentiellement du domaine technologique ; un « simple » problème de neurones, d’hormones, et de molécules complexes ; le genre de problème parfaitement solvable de manière scientifique. En gardant en tête cette obsession de notre société pour le contrôle social, on peut pronostiquer sans le moindre risque que de grandes avancées dans ce domaine ne vont pas tarder à être faites.

159. (en) Est ce que la résistance populaire empêchera le contrôle technologique du comportement humain ? Ce serait le cas si l’on tentait d’imposer un tel contrôle d’un coup. Mais comme ce dernier s’insinuera progressivement, il n’y aura aucune résistance au bout du compte (voir paragraphes 127, 132, 153).

160. (en) A ceux qui pensent que tout cela relève de la science-fiction, nous ferons remarquer que la science-fiction d’hier est devenue la réalité d’aujourd’hui. La révolution industrielle a complètement modifié l’environnement et le mode de vie de l’homme, et comme on peut s’attendre à ce que la technologie soit appliquée au corps et à l’esprit humain, l’homme lui-même sera aussi radicalement modifié que l’ont été son environnement et son mode de vie.

Partager cet article

Repost 0
Published by conscience politique
commenter cet article

commentaires