Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 20:12

Commerce des médicaments !

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L’industrie du médicament n'a jamais été aussi florissante. Elle se paye même le luxe de s'offrir des spots télés pour nous faire comprendre qu'il existe une pilule-remède pour chacun de nos maux. Ce commerce peut devenir très dommageable pour la santé car dans l'euphorie, on oublie les effets secondaires, les allergies et la compatibilité des médicaments entre eux.


Le vrai médecin est le médecin intérieur, la plupart des médecins ignorent cette science qui, pourtant, fonctionne si bien. "

Dr Albert SCHWEITZER

 

Un triste record...

Les Français sont les plus grands consommateurs du monde de médicaments. De même pour les psychotropes et les tranquillisants, ils en absorbent quatre fois plus que les autres citoyens d'Europe et cinq fois plus que les Américains. 11 % en prennent régulièrement. Plus de 15% des femmes entre 18 et 21 ans y sont déjà accoutumés et ce pourcentage augmente avec l'âge. Les hommes semblent beaucoup plus raisonnables sur ce point jusqu'à 65 ans, mais ensuite les pourcentages deviennent alarmants avec 25 % des hommes et 34 % des femmes qui en ingurgitent de manière habituelle.

Nous avons aussi battu le record du monde de la consommation d'antibiotiques, bien que la situation se soit améliorée ces derniers temps. Cependant, ces abus ont engendré une forte résistance des microbes aux antibiotiques. Cette résistance est de 0,01 % au Danemark, 0,03 en Suède, 5,5 en Allemagne et 33,6 en France (cf. La Recherche, novembre 1998). Encore un triste record dont nous ne devrions pas être fiers, et qui contribue au déficit de la Sécurité sociale.

. .. Pour de piètres résultats

Pourtant, malgré les sommes colossales dépensées par la Sécurité sociale, les Français sont de plus en plus malades, et l'ensemble de la morbidité a doublé depuis 1970, avec une spectaculaire et effarante augmentation de 210% des maladies mentales, et de 960 % des maladies endocriniennes.

Quant au cancer, il tue aujourd'hui un Français toutes les quatre minutes, et représente la première cause de décès dont 35 % chez les personnes âgées de 35 à 45 ans, ce qui dément formellement les affirmations prétendant que si le cancer est en progression c'est surtout à cause de l'allongement de la duré de vie. Alors que les médecins se cantonnent de plus en plus dans le rôle de «vendeurs de médicaments», ces derniers, préconisés par le ministère de la Santé (ou de la maladie ?), semblent impuissants à guérir cette maladie ainsi que les maladies chroniques dont souffre un tiers des Français.

Les laboratoires

Toutefois, malgré ces chiffres alarmants, les laboratoires ne sont pas satisfaits. Alors qu'ils devraient fabriquer des médicaments pour soigner les malades, ils fabriquent des malades pour vendre leurs médicaments. Ce constat est devenu une évidence mais, jusqu'à ces derniers temps, les critiques restaient peu nombreuses et modérées et rarement issues du monde médical. Or, très récemment la critique est venue du cœur même de l'institution médicale, et les plus prestigieuses revues internationales sont entrées plus sévèrement dans la danse car la fraude s'est amplifiée, les scandales se sont propagés, les décès se sont multipliés. . Comme le dit si bien le Pr Didier Sicard, Chef de service à l'hôpital Cochin, Président du Comité national d'éthique "S'il n'y avait que de vrais malades à soigner, la médecine serait en situation économique difficile. Il faut donc convaincre l'ensemble de la population quelle est potentiellement malade, et vendre des médicaments à ceux qui n'en ont pas besoin. » Malheureusement, le grand public ignore tout de ces trafics, et persiste à croire que les remèdes sont la panacée et n'ont pas d'effets délétères sur nos organismes, alors qu'en vérité, les médicaments peuvent tuer, ce que l'on nous cache soigneusement. De toute manière si un médicament est efficace, il a toujours un autre côté à la médaille : des effets secondaires. À ce sujet, il faut recommander aux consommateurs de médicaments de toujours lire avec soin les notices énumérant les effets secondaires, surtout lorsqu'elles sont écrites en caractères minuscules, ce qui est courant. Ils ne peuvent compter sur leurs médecins pour le faire. Le tout est de déterminer quelle est leur gravité et leur rapport bénéfice-risque.

N'oublions pas non plus qu'en général les médicaments traitent les symptômes et non la cause réelle de la maladie.

En outre, même lorsqu'on est réellement malade, l'utilité des médicaments est souvent discutable. Allen Roses, généticien de la Duke University en Caroline du Nord et l'un des dirigeants de la société Glaxo Smith Kline a déclaré au Sunday Times: « Je ne dirai pas que la plupart des médicaments sont inutiles. Je dirai qu'ils fonctionnent sur 30 à 40 % des patients. » D'après lui, les médicaments pour la maladie d'Alzheimer sont utiles dans moins d'un cas sur trois, alors que ceux qui sont destinés aux cancers améliorent au mieux un patient sur quatre, et ceux pour les migraines, l'ostéoporose et l'arthrite fonctionnent à peine sur la moitié des patients. Mais sa critique, pourtant sévère, est néanmoins minimisée, puisque ses intérêts sont liés à ceux de sa compagnie, la société Glaxo Smith Kline. Et il n'ajoute pas que les effets délétères, eux, sont présents dans tous les cas.

En France, sur les 5462 spécialités pharmaceutiques remboursables, un grand nombre d'entre elles n'ont jamais fait la preuve de leur efficacité. La revue Prescrire (totalement indépendante des laboratoires) de janvier 1999 a publié un sévère bilan des nouveaux médicaments de 1998, dont moins de 20 % ont été jugés utiles. Ainsi, 80 % d'entre eux n'ont aucun effet thérapeutique, mais ils ont néanmoins des effets iatrogènes (1).

De même, près de 90 % des personnes âgées sont sous médicaments et 30 % d'entre elles en consomment plus de cinq à la fois, dont l'efficacité n'.est pas toujours prouvée, mais dont les effets indésirables sont à peu près certains, sans compter les interactions entre tous ces produits. Ainsi, 30% des hospitalisations des gens âgés sont dues à un problème médicamenteux. Les familles, les médecins et les maisons de retraites sont les complices de ce fâcheux état de choses.

D'après un rapport sur la « iatrogénèse médicamenteuse» remis par les centres de pharmacovigilance en novembre 1997 à Bernard Kouchner, les médicaments causeraient au moins 18 000 décès en France chaque année, c'est-à-dire deux fois plus que les accidents de la route, sans compter les 150 000 hospitalisations dues à leur effet iatrogène.

Or, on nous rebat les oreilles avec la vitesse qui tue, mais on parle rarement de la iatrogénèse. Bien entendu, après la publication de ce rapport, en juin 1998, le ministère de la Santé commanda à l'Agence du médicament une enquête complémentaire qui revit le chiffre à la baisse, ne trouva que 10090 décès et imputa 21 % des effets indésirables à de mauvaises prescriptions des médecins. On peut reniarquer que ce sont toujours les médecins prescripteurs qui sont responsables, mais jamais les laboratoires.

Cette considérable révision est évidemment très suspecte, étant donné la différence des chiffres et le sérieux de pharmacovigilance qui n'a pas la réputation d'exagérer ce genre de données bien au contraire. Mais tous les spécialistes des statistiques savent à quel point on peut les manipuler pour abonder dans un sens ou dans un autre.

Le Pr Etienne de Harven le résume bien : « J'ai toujours été impressionné par une phrase d'un ex-professeur de l'Université de Columbia, à New York, qui disait: « Les Statistiques offrent des méthodes très savantes, qui permettent de faire croire aux autres ce dont on doute soi-même très profondément. »

Au lieu d'être revus à la baisse, ces chiffres auraient dû être revus à la hausse, car on sait bien que peu de médecins acceptent de perdre un temps précieux à multiplier la paperasserie déjà contraignante, et bien moins encore acceptent de s'exposer à un procès, en admettant qU'un malade est mort à cause du médicament qu'il a prescrit. Quant à ses confrères, ils se gardent de l'ébruiter car ils sont, eux aussi, exposés aux mêmes risques. Au Royaume Uni, d'après une étude parue en juillet.,.2006 dans le British Medical Journal, les décès approchent les 10000.

Aux Etats-Unis, environ 100 000 décès par an sont dus aux seuls médicaments, sans compter les accidents graves mais non mortels, et 2200 000 personnes souffrent d'effets secondaires dus aux médicaments pendant leur séjour à l'hôpital. Au Canada, une étude publiée dans le Canadian Medical Association a prouvé qu'environ 185 000 patients sont chaque année victimes (d'effets secondaires, Parmi les quelques deux millions de patients admis dans les hôpitaux canadiens, 7,5% d'entre eux souffrent d'effets secondaires graves.

En2003, les autorités de santé chinoises ont reçu 30 000 rapports d'effets secondaires causés par des médicaments.

 

Les dépenses médicales et la santé

Si les inégalités économiques jouent un rôle important dans la santé des populations, les dépenses médicales n’ont pas une influence déterminante sur cette santé, Ainsi la Grèce, dont le revenu par habitant est trois fois inférieur à celui de la France, a des performances sanitaires égales et même parfois supérieures aux nôtres. D'après le Dr Bernard Pissarro, pour les hommes de la tranche d'âge de 20 à 64 ans, le taux de mortalité est de 400 en Grèce, de 464 aux Etats-Unis et de 500 en France, et les performances concernant les femmes sont également supérieures pour la Grèce. Il est ainsi difficile de continuer à affirmer que les dépenses de santé sont directement proportionnelles à la santé de la population.

Une étude de l'Inserm démontre également que les taux de décès de la population française sont très sensiblement supérieurs à ceux des pays voisins comme la Suède, mais aussi le Royaume-Uni et même l'Italie, La mortalité prématurée, c'est-à-dire celle qui intervient avant l'âge de soixante-cinq ans, est à l'origine de 25 % des décès annuels dans l'hexagone, Ce pourcentage est très supérieur à celui des autres pays de la Communauté européenne, excepté le Portugal. Pour les Français de 25 ans, la mortalité est le double qu'en Suède ou au Royaume-Uni.

Quant à cette espérance de vie dont on parle tant, l'allongement est injustement attribué à la médecine actuelle. En effet, alors que dans la première moitié du XXe siècle on gagnait environ six mois par an, à partir de 1960 ce gain est tombé à un mois par an dans les pays les plus favorisés, Mais ce chiffre doit encore être minimisé, car l'allongement de la durée de vie au-delà de soixante ans est quasiment nul, et les chiffres optimistes viennent de la réductions de la mortalité néo-natale et infantile, grâce à l'hygiène, .

Tous les beaux vieillards qui vivent au-delà de 100 ans et que l'on cite comme l'un des plus grands succès de la médecine moderne, ils ne lui doivent pas grand-chose. Lorsqu'ils étaient jeunes, on consommait beaucoup moins de médicaments, les vaccins étaient rares et la plupart des gens se soignaient avec des plantes et des remèdes de bonne femme. Pour la mortalité maternelle, nous nous situons au quinzième rang européen et au dix-huitième rang des pays industrialisés.

Chaque année, près de 800 000 personnes sont victimes d'infections dans les hôpitaux, Quant aux deux millions de handicapés physiques et mentaux, ils sont parqués dans des hôpitaux qui ne leur dispensent à haute dose Que des calmants, des anesthésiants mais pas des thérapeutiques efficaces.

L'ignorance des médecins

Les médecins eux-mêmes connaissent assez mal tes médicaments qu'ils ordonnent à tour de bras. L. Merle, professeur de pharmacologie à Limoges, estime que les médecins sont peu informés sur les mécanismes d'action et les effets indésirables des médicaments :

« Les jeunes médecins ont, en France, des connaissances superficielles et insuffisantes dans le domaine des médicaments et restent trop vulnérables aux sirènes de l'industrie. C'est regrettable car les médicaments sont de gros pourvoyeurs d'incidents ou d'accidents.. . » Il ajoute : « Le potentiel d'accidents et de scandales médiatiques dus aux médicaments est aussi fort que celui du sang contaminé ou des prions de l'encéphalopathie spongiforme bovine.» (cf. L'Express, 2 mai 1996).Il faut savoir que la France est le pays d'Europe qui consacre le moins de temps à la formation en pharmacie des étudiants en médecine. .

Un exemple: le Vioxx

N'oublions pas le scandale du Vioxx(2). En France, le Vioxx a été choisi en 2003 comme le « médicament de l'année »par plus de 6 000 généralistes dans le cadre du Medec, dont le prix est donné au médicament le plus « performant» sur le plan de la santé.

Tellement performant que moins d'un an plus tard, tandis qu'il était utilisé par environ deux millions de patients dans le monde, il était retiré du marché car on estimait alors qu'il était responsable d'environ 28 000 attaques cardiaques et décès depuis sa mise en vente en 1999. Mais l'hécatombe ne s'arrête pas à ces chiffres car, en janvier 2005, à la suite d'une recherche menée sur la Kaiser Permanente, organisme d'assurance-maladie californien, le Dr Graham, médecin épidémiologiste du Bureau de sécurité des médicaments de la FDA, a révélé dans le Lancet que le nombre d'accidents cardiaques, attaques ou décès, pouvait s'élever à 139 000 et peut-être plus, rien que dans son pays. Les décès concerneraient 30 à 40 % d'entre eux.

Or, plusieurs enquêtes avaient révélé la toxicité de ce produit avant sa mise sur le marché et, en 2001, une étude menée sur 7 000 patients démontrait que le Vioxx multipliait par cinq le risque d'un accident cérébral ou cardiaque par rapport à un autre anti-inflammatoire.

Personne n'a alors bougé, ni même demandé des études complémentaires sur ce risque. Et en août 2004, David Graham avait prévenu sa hiérarchie que le Vioxx à hautes doses accroissait de manière significative le risque de crise cardiaque et de mort subite. Non seulement l'agence n'a pas réagi, mais elle a même autorisé l'utilisation du médicament chez les enfants atteints d'arthrite rhumatoïde dans les semaines précédant son retrait. La France n'a pas bougé davantage.

On comprend mieux pour quelle raison l'information n'a pas été diffusée plus tôt lorsqu'on apprend que, pour l'année 2003, le Vioxx a généré à lui seul un chiffre d'affaires de 2,55 milliards de dollars, soit 11 % du chiffre d'affaires de Merck, son fabricant. À l'heure actuelle, aux États-Unis, ce laboratoire doit affronter 27 000 procès. Il est certain que les avocats du laboratoire ne sont pas menacés de chômage, mais les victimes devront s'armer de patience avant d'être dédommagées car le laboratoire va tout faire pour gagner du temps et les décourager Il serait primordial que tous les médecins, de France et d'ailleurs, surveillent de très près les études menées sur les nouveaux produits en quête d'AMM du même genre que le Vioxx. Hélas, ils ne le font jamais.

En mai 1995, le magazine Capital informait ses lecteurs que « L'industrie du médicament est, partout dans le monde mais surtout en France, un carrefour de trafic d'influence ».

En toute impunité

Comme les lobbies pharmaceutiques qui mentent pour vendre leurs produits ne sont jamais condamnés, il n'y a aucune raison pour que ces pratiques cessent. Dans tous les cas d'homicide, qu'il soit volontaire ou accidentel, les auteurs sont passibles de prison. Lorsque l'appât du gain est à l'origine du délit, celui-ci est très fortement sanctionné et jamais un coupable n'a pu s'en tirer en ayan des indemnités aux familles des victimes. Et pourtant, c'est ce qui se .passe dans les cas de décès par médicaments, quelle que soit la quantité de décès imputables aux mêmes coupables. Et lorsqu'ils sont contraints à payer une amende, elle est de très loin inférieure au bénéfice engendré par le médicament incriminé. En juin 1996, la Commission Européenne des Droits de l'Homme a déclaré que la définition du médicament était en France, trop imprécise pour justifier des porsuites pénales. Et il suffit de constater les nombreux et irréversibles dégâts causés par des médicaments qui avaient obtenu leur AMM, et avaient été conseillés et remboursés pendant des années pour savoir que, dans ce domaine, nous sommes en plein empirisme.

En 2006, le Sénat a publié un rapport véhément sur les conditions de mise sur le marché et du suivi des r médicaments qui placent la France aux derniers rangs de l'Union européenne. Ce rapport fustige le problème de l'indépendance d’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), confirme qu'elle dépend del'industrie pharmaceutique pour 80% de son financement, et met aussi en question l'indépendance de la Haute Autorité de santé qui chapeaute l'Afssaps.

Un réel choix thérapeutique

Heureusement, les malades commencent à douter de toutes les belles paroles que leur distillent les « experts» par le biais des médias. Ils se tournent de plus en plus vers les médecines dites douces ou alternatives, et les produits naturels qui n'ont pratiquement jamais d'effets secondaires. En outre, se rendant compte de l'impuissance de certaines thérapeutiques de plus en plus de praticiens honnêtes et consciencieux finissent par se poser des questions sur les mensonges grossiers des représentants des laboratoires qui créent un marché de la peur. Il est urgent de refuser les pressions qu'ils exercent à tous les niveaux, financiers et politiques en particulier, d'instituer une véritable liberté en garantissant l'indépendance de la recherche, en offrant au malade un réel choix thérapeutique sans aucune contrainte et en toute connaissance.

Mais le plus important est que chacun sache que ces médicaments, qui sont censés guérir, non seulement ne remplissent pas toujours, loin de là, leurs fonctions prétendues, mais rendent malade et peuvent tuer.


Par Sylvie Simon, article paru dans Sacrée Planète n° 22

Par conscience politique - Publié dans : Médicament/Vaccins
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