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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 14:58

Les nouvelles jeunesses arabes ou la défaite de l’islamisme

 

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A force d’instrumentaliser la peur de l’islam et de l’islamisme, on finit par ne plus voir la réalité de la jeunesse arabe. Lorsque Moubarak est tombé, le Président de la République a mis en garde contre l’islamisme. Mais en Tunisie, en Egypte, en Jordanie, au Yémen et même en Libye, ce ne sont pas les islamistes qui mènent les révolutions, ce sont les jeunes et internet.

Loin de nos crispations, les sociétés arabes ont changé. Gilles Kepel, spécialiste de l’islam, explique que l’islamisme régresse depuis le milieu des années 90. Les attentats contre les touristes en Egypte (comme celui qui emporta Cécile Vannier le 22 février 2009) – où le quart de la population vit du tourisme – est le signe de la décadence d’une idéologie autrefois mobilisatrice. Pour Gilles Kepel, l’alliance de la bourgeoisie pieuse et des déshérités – qui a fait le succès de l’islamisme des années 80 – n’est plus tenable. On ne peut pas payer indéfiniment les pauvres avec de la morale, mais sans logement et sans travail. La jeunesse actuelle a donc pris ses distances. Elle veut du travail, de la liberté et moins de leçons de morale, à tel point que certains ont parlé de « mai 68 arabe ».

Les jeunesses arabes se sont trouvées d’autres aspirations et d’autres figures de proue. Elles s’appellent Mohamed Bouazizi, jeune tunisien qui s’est immolé par le feu. Son geste désespéré fut l’étincelle de la révolte. S’il avait été islamiste, il aurait posé une bombe. Citons aussi, Wael Ghonim, jeune bloggeur égyptien et un nouveau visage de la révolution Internet. Juste avant d’être arrêté, il a lancé une page Facebook très populaire (presque 1 million de personnes sont fans) : « Nous sommes tous Khaled Saïd », du nom d’un jeune homme de 28 ans arrêté et battu à mort par la police de Moubarak. Dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord, il y a désormais plus d’utilisateurs de Facebook (15 millions) que de lecteurs de la presse quotidienne.

Jeunesse connectée, révolution déclenchée

Certes, 80% de l’info relayée sur Twitter vient des sites en ligne des journaux et chaînes de télévision, mais plus que produire des informations, ces médias les relaient et mobilisent avec eux les jeunesses qui n’en peuvent plus de n’avoir aucun avenir, d’être contrôlées par des pouvoirs corrompus et brutaux et abreuvés par des médias insincères. Ils ont décidé de prendre les choses en main, de penser par eux-mêmes, de constater par eux-mêmes

 

 – à l’image de Mona Seif et de Gigi Ibrahim, deux militantes égyptiennes du net et « journalistes citoyennes » de 25 et 24 ans, mobilisées en permanence et très suivies – d’appeler eux-mêmes à la modernisation et de bâtir un avenir qui ne peut être que meilleur. En Jordanie, en quelques jours, les mots-clés #angryjordan (Jordanie en colère) et #reformJO ont pris une place très importante. Beaucoup d’internautes jordaniens n’appellent pas à la révolte, mais estiment que l’exemple tunisien et égyptien doit inciter les autorités d’Amman à prendre en compte les aspirations du peuple. Grâce à tous, la révolution arabe se poursuit. En l’absence de journalistes étrangers, les militants du net égyptiens sont les principaux relais des informations transmises par les jeunes Libyens.

Preuve est faite que les grands mouvements qui changent notre vie collective viennent d’en bas. La démocratie naît de la protestation, de ceux qui n’ont rien à manger et à espérer, qui ne peuvent ni s’exprimer et qui ne sont pas représentés. Plus on descend dans la société et plus elle est vivante. Et à la base, on réclame une transformation, mais on n’attend plus qu’elle vienne d’en haut, on va la conquérir au prix de sa vie.

Cette leçon révolutionnaire arabe aura des effets en France. Là où le Web assure aussi la diffusion des attentes. Là où la société n’arrive pas à se faire entendre du politique, là où ce qui monte d’en bas n’atteint pas le haut, les innovations et l’humour décalé de ces militants qui font une révolution très sérieuse, à l’image de ce faux message informatique d’erreur qui a circulé en Egypte. Il apparaissait sous forme d’une boîte de dialogue « installation du programme ‘freedom’ : « cannot install freedom : please remove ‘Mubarak’ and try again ».

Entre la dictature et l’islamisme, les jeunesses arabes ont rejeté les deux ! Au lieu du fondamentalisme et de la soumission, les jeunes ont choisi la démocratie. Au lieu de la clandestinité djihadiste, ils ont choisi les réseaux sociaux. Au lieu de la violence terroriste, ils ont choisi l’action citoyenne. Et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Interdit jusqu’à il y a peu en Syrie, Facebook fait une percée impressionnante. Même Bachar el-Assad a sa page !

La jeunesse arabe a fait sa révolution. Nous devons faire notre révolution dans nos têtes et changer de regard sur cette région du monde qui nous ressemble plus qu’on a voulu nous le faire croire. Exit le choc des civilisations, cette idéologie qui défend l’idée que les valeurs occidentales et les valeurs de l’Islam seraient irréconciliables ! De part et d’autre de la Méditerranée, nos valeurs sont donc les mêmes, notre désir de liberté et de démocratie est le même. C’est la formidable leçon du printemps des peuples et de jeunesses arabes qui s’impose à tous et notamment à notre pouvoir qui s’évertue à opposer entre eux les Français qui seraient irréconciliables à raison de leurs origines. Nous sommes les mêmes, nous ferons donc de grandes choses ensemble.

Arnaud Montebourg

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Published by conscience politique - dans parti politique
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