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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 19:47

 


DSK-Parti-socialiste

 

Le gouvernement grec a jugé "inacceptables" samedi les demandes de privatisation portées à 50 milliards d'euros d'ici à 2015 formulées, la veille, par le Fonds monétaire international, l'UE et la Banque centrale européenne (BCE). "La conduite des représentants de l'Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne (...) a été inacceptable", a réagi le porte-parole du gouvernement, George Petalotis, dans un communiqué. "Nous leur avons demandé de nous aider et nous respectons entièrement nos obligations. Mais nous n'avons demandé à personne de se mêler des affaires intérieures du pays", a-t-il ajouté.

 

"Nous sommes dans le besoin, mais nous avons aussi des limites. (...) Nous ne négocierons les limites de notre dignité avec personne. Nous prenons des ordres seulement auprès du peuple grec", a poursuivi George Petalotis, en soulignant notamment qu'aucune terre appartenant à l'État ne serait vendue. Athènes doit recevoir en mars la quatrième tranche - d'un montant de 15 milliards d'euros - du prêt de 110 milliards d'euros accordé en mai 2010 par la zone euro et le FMI pour éviter la faillite du pays.

Efforts d'assainissement

Malgré de gros efforts d'assainissement budgétaire déjà réalisés et salués par l'UE, le FMI et la BCE, les trois institutions ont exigé vendredi une "accélération significative" et un "élargissement" des réformes structurelles. L'annonce qui a le plus frappé les esprits porte sur la révision à la hausse de l'objectif de privatisations destinées à permettre au pays de rester à flots : 50 milliards d'euros d'ici à 2015, dont 15 milliards d'ici à 2013, au lieu de 7 milliards sur trois ans initialement annoncé. Samedi, la presse grecque, y compris celle proche des socialistes au pouvoir, se déchaînait. "La troïka demande et prend tout ce qu'elle veut : entreprises, eaux, terrains", critiquait le quotidien Eleftherotypia (centre-gauche) tandis que le quotidien pro-gouvernemental Ta Nea titrait "Les boss sont devenus fous".

 

Le principal parti d'opposition a taxé pour sa part le gouvernement d'"hypocrisie" et réclamé la démission du ministre des Finances. La Grèce est parvenue en un an à réduire le déficit de ses finances publiques de six points de pourcentage et a engagé des réformes sociales majeures, comme celle des retraites et l'abaissement du traitement des fonctionnaires. Pour Ta Nea, la possible prolongation de la cure d'austérité est un signe que le Premier ministre Georges Papandréou envisage des élections anticipées. Selon ce quotidien, "beaucoup de choses vont se décider d'ici à 45 jours", notamment à l'issue d'un prochain sommet européen en mars qui déterminera si la Grèce obtient le rééchelonnement du remboursement de ses prêts de sauvetage.

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 16:54

Le 4 février 1936 était publié la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt de la monnaie, l'ouvrage majeur de l'économiste britanniqueJohn Maynard Keynes (1883-1946). Soixante-quinze ans après, l'économisteJean-Marc Daniel, professeur associé à l'Ecole supérieur de commerce de Paris (ESCP), évoque l'influence d'un des ouvrages les plus importants du XXe siècle.

 

 

 

Le Monde : Quelles sont les idées-clef de la Théorie générale de Keynes ?

Jean-Marc Daniel : Keynes développe trois idées essentielles. La première : l'homme se réalise par la consommation. Les économistes libéraux classiques s'intéressaient davantage à l'épargne car elle conditionne l'investissement. Ensuite, Keynes affirme que la monnaie n'est pas neutre : les gens préfèrent avoir des liquidités pour pouvoir les utiliser à tout moment et ne se tourneront vers l'épargne que si elle est très bien rémunérée. La troisième idée forte, c'est que l'Etat a la capacité d'agir sur la production. En finançant par exemple des grands travaux, il crée des emplois, favorise la consommation, ce qui crée d'autres emplois. C'est le multiplicateur keynésien.

Comment l'ouvrage avait-il été accueilli à sa sortie ?

Deux types de personnes ont réagi à l'époque : les économistes et les hommes politiques. Pour sa profession, l'ouvrage de Keynes n'était qu'une provocation de plus de la part d'un homme qui aimait se faire remarquer. Ce n'était pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu : ces idées circulaient depuis un moment mais Keynes était le premier à les afficher.

Les politiques, eux, y ont vu des solutions concrètes à la crise de 1929. Pendant les premières années de la crise, ils espéraient que les forces du marché allaient résoudre la crise. Cela a été inefficace et les populations se sont tournées vers l'extrémisme. Les politiques d'alors, comme le Front Populaire, ont souvent pris des initiatives de grands travaux ou d'investissement. Keynes a fourni un fondement théorique à leurs pratiques empiriques.

Qui a fini par l'emporter dans les politiques économiques ? Les libéraux classiques ou les keynésiens ?

Après Keynes, pour les économistes, il y avait deux solutions : chercher la victoire de leur camp ou bien essayer de réaliser la synthèse des idées keynésiennes et libérales classiques. Des économistes comme John Hicks ou Paul Samuelsonl'ont réalisé et ce sont eux qui ont gagné. On a parlé de retour de Keynes pendant la crise, mais les schémas libéraux restent forts. Si la politique économique aujourd'hui c'est le pâté de cheval et d'alouette, le cheval est libéral classique et l'alouette est keynésienne.

Que dirait Keynes aux politiques aujourd'hui ?

Il leur dirait d'être pragmatiques mais aussi constants dans l'effort. Ne regardez pas les indicateurs à trois mois, ne vous laissez pas impressionner par les agences de notation. Mais aussi de préparer la prochaine crise. Et il leur dirait enfin qu'il faut expliquer les enjeux à la population. Il serait plus du côté de David Cameron qui promet du sang et des larmes aux Britanniques que de ceux qui ne s'avancent pas sur des hausses d'impôts

 

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 22:39

De nombreux Etats européens doivent affronter de sérieuses difficultés finan­cières et s’efforcent d’éviter la banqueroute par de sévères mesures d’économies. On économise partout. S’il y a toujours moins d’argent à disposition pour les administrations, il faut bien trouver des solutions pour réduire les dépenses et faire des économies. Il y a cependant le risque que les pays européens concernés cherchent à privatiser, sans trop réfléchir, des parts de leur administration, ce qui est une aubaine pour les firmes à l’affût de gains: p. ex. pour la fondation Bertels­mann.

Une filiale de Bertelsmann, Arvato, se vante d’avoir repris dans une commune anglaise certaines tâches et d’en avoir personnellement tiré un bénéfice de 25 millions d’euros. Dans ce type de conception, on prive des pans entiers de l’administration du contrôle démocratique, pour les remettre à une entreprise privée, par exemple la perception des impôts. On prétend être plus performant, alors qu’en vérité il s’agit surtout d’un maximum de profit pour le clan Bertelsmann. L’Etat se débarrasse ainsi d’une bonne part de ses tâches, en les remettant en mains privées, croyant ainsi faire des économies. Cependant, ce qui est perdu de cette manière ne se rattrape que très difficilement.

 

On trouve des situations équivalentes en Allemagne, avec des conséquences désastreuses pour les communes concernées. En Suisse aussi, on trouve déjà des imbrications avec la fondation Bertelsmann. Il est impérieux d’avoir l’œil ouvert, afin d’éviter que des communes du pays ne tombent dans les griffes de Bertelsmann

 

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Thomas Schuler démontre dans son livre «Bertelsmann Republik Deutschland» comment une fondation, qui devrait être d’utilité publique, se développe en une entreprise de l’économie privée, au détriment de la communauté. L’auteur, qui a poursuivi des recherches approfondies et les présente d’un ton sérieux, dévoile les combines de l’empire Bertelsmann.

Ci-dessous, vous trouverez d’abord un résumé de l’auteur lui-même donnant un excellent aperçu de son livre en entier. Dans notre édition de la semaine prochaine nous publierons un chapitre entier de cet ouvrage dans lequel l’attention est attirée sur les grands dangers qui découlent des conceptions et de la manière d’agir de Bertelsmann, soit de déposer en mains privées des pans entiers de l’administration. Il va de soi qu’il est recommandé de lire le livre en entier.

Bertelsmann Republik Deutschland

Par Thomas Schuler

On peut classer en deux catégories les his­toires concernant les fondations. Selon les uns, les fondateurs de fondations d’intérêt public sont des héros de la société civile, qui font don de leur fortune. Pour d’autres, il s’agit de fraudeurs du fisc, l’argent dû étant caché en Suisse ou au Lichtenstein à l’aide de fondations familiales à intérêt personnel. Mais de quelle manière une fondation d’intérêt public peut-elle servir des intérêts privés ?

J’ai étudié cette question sur la base de la fondation Bertelsmann, une entreprise importante et de grande influence, comprenant 330 collaborateurs et un budget annuel de 65 millions d’euros. On pourrait la caractériser comme étant une université privée, ayant ses entrées dans les élites politiques et sociales. En tant que fondation opérante, elle ne promeut pas de projets, elle ne poursuit que ses propres projets (750 depuis 1977). Le fondateur d’après-guerre de Bertelsmann, Reinhard Mohn, mourut le 3 octobre 2009. Pour lui, l’œuvre de sa vie ne fut pas son entreprise (comprenant RTL, Arvato, Gruner+Jahr, Random House), mais sa fondation. Grâce à elle, il espérait reporter sur l’Etat et la société les succès de son entreprise. Tout devait être mesurable, afin de favoriser la concurrence. Ce qui avait fait le succès de Bertelsmann devait être appliqué à tout le pays. Son but était une «République allemande Bertelsmann». Mohn n’a lui-même jamais utilisé ce terme, mais il rend le sens de ses réflexions.

La fondation Bertelsmann est un centre du pouvoir, permettant à la famille Mohn (qui possède encore 23% de la Bertelsmann SA, et contrôle toujours la fondation) de se rapprocher de la politique, d’y prendre de l’influence et d’entretenir son entreprise. La fondation a même pu influencer la politique dans son propre domaine, en organisant un grand nombre d’activités diverses, notamment des forums et la publication de textes concernant la nature des fondations. Finalement, le gouvernement rouge-vert [celui de Schröder et consorts, ndt.] ne concrétisa que des propositions ne causant pas de tort à la fondation. La fondation est essentiellement, pour la famille Mohn, un instrument de financement et de direction, lui permettant de maintenir et de réinvestir les bénéfices de l’entreprise. Alors même que la fondation possède presque le 80% de l’entreprise, elle ne reçoit qu’un dividende correspondant à une participation minoritaire. La fondation n’a pratiquement rien reçu des sept milliards d’euros provenant de la vente des parts AOL.

Les fondations n’ont pas de légitimité démocratique. Personne ne les élit. Et personne ne peut les destituer. Elles ne doivent répondre à personne. Cela cause quelque difficulté à une fondation qui souhaite prendre de l’influence en politique. C’est pourquoi la fondation Bertelsmann travaille si volontiers avec le président de la République fédérale allemande. Elle offre de l’argent pour des projets et lui doit lui procurer une légitimation allant au-delà des partis.

Afin de démontrer la façon dont la fondation acquiert de l’influence à Berlin, j’ai cherché des projets qui permettent d’expliquer et de prouver de manière exemplaire son entrée dans les sphères politiques. Une recherche scientifique concernant le président de la République fédérale Roman Herzog en est un exemple. L’auteur Michael Jochum avait eu pendant quatre ans ses entrées auprès des collaborateurs de Herzog et avait pu participer à tous ses rendez-vous. Il discutait régulièrement les plans du président avec celui-ci. Finalement, il prétendit même avoir suggéré le mot-clé «Ruck» utilisé par Herzog dans son célèbre discours qui provoqua le changement à Berlin et les réformes du gouvernement rose-vert. Un entretien avec Wilhelm Staudacher, l’ancien secrétaire d’Etat de Herzog, démontre à quel point le collaborateur de la fondation Bertelsmann était intégré dans l’entourage du président. Selon Staudacher: «Jochum participait à tout.» Toutefois, Jochum n’a jamais publié la biographie prévue de Herzog. Son projet a donc échoué, mais la fondation Bertelsmann a néanmoins profité de ses entrées. Cette publication ratée ne fut pas la seule entrée; à maintes reprises, on invita Herzog, tant d’ailleurs ses prédécesseurs que ses successeurs, à Gütersloh [siège de la Bertelsmann SA et de la fondation, ndt.], afin de faire confirmer dans leurs discours le caractère d’utilité publique de la fondation.

Contrairement à ce qu’on prétend, la fondation n’agit pas en toute indépendance, mais en accord avec les patrons de l’entreprise et de la famille. En 1999, j’avais, en tant que reporter de la «Berliner Zeitung», entrepris des recherches pour démontrer que la fondation, lors de la réforme de l’instance de surveillance de la radiodiffusion il y a dix ans, n’agissait indépendamment qu’en surface, mais qu’en fait elle suivait les intérêts de la filiale RTL et de l’entreprise Bertelsmann, et lors de la réunion décisive à Gütersloh j’avais pu rassembler des impressions et des écrits importants. Une directive écrite de Mark Wössner, alors président du conseil de la fondation et président du conseil de surveillance de l’entreprise, est un document important qui démontre les conflits d’intérêts. Il écrivait à certains collaborateurs de la fondation que cette dernière devait se coordonner avec l’entreprise afin de rassembler des arguments «en notre faveur», c’est-à-dire en faveur de la radiodiffusion privée. On m’a fourni ce document qu’après la clôture rédactionnelle du livre, mais je l’ai utilisé pour un article paru dans le «Spiegel».

La réforme de la radiodiffusion est du passé. Mais y a-t-il d’autres projets actuels de la fondation avec des conflits d’intérêts? Par exemple lorsqu’on s’adresse aux hommes politiques pour exprimer ses souhaits et ses attentes? C’est ainsi que l’entreprise et la fondation invitèrent en 2004 la nouvelle Commission européenne pour insister sur le fait qu’on était fort intéressé par l’extension de l’UE pour s’ouvrir de nouveaux marchés. La fondation organisa de nombreuses réunions en faveur de l’élargissement de l’UE et milita pour l’adhésion de la Croatie. Liz Mohn se rendit à Zagreb pour y rencontrer le Premier ministre croate. Bertelsmann invita le Premier ministre à Gütersloh et à Berlin. La même année, la filiale RTL obtint une licence de télévision étatique pour la Croatie. Etait-ce un hasard?

La délocalisation de travaux administratifs est tout aussi problématique. La fondation donna le conseil et l’entreprise en fit une grosse affaire. Le projet pilote en Alle­magne est intitulé «Würzburg integriert», c’est lui qui doit permettre à Arvato d’ouvrir de nouveaux marchés. Le fait de se mêler de la réforme des fondations représente en fin de compte aussi un danger. On en parlera plus tard.

Je décris l’influence en politique en prenant comme exemple la réforme du marché du travail, portant le nom de Hartz IV. La fondation prépara le terrain à l’aide d’un rapport pour le Bündnis für Arbeit [Alliance pour le travail] et, sur mandat de la chancellerie d’Etat, elle organisa et participa aux travaux de la Commission Hartz. Un exposé critique de Helga Spindler, spécialiste en droit du travail, est considéré comme correct par les collaborateurs de la fondation Bertelsmann, lors de discussions à huis-clos. Sur demande, un membre de la commission Hartz, professeur de politique et expert en questions de marché du travail, Günther Schmid, décrit les prises d’influence de la fondation sur les réformes. Il raconte aussi que la fondation a organisé des voyages à l’étranger dans les lieux qui se prêtaient favorablement comme modèles pour les réformes. Les membres de la commission furent impressionnés, selon le souvenir de Schmid. Quand je le confronte aux contradictions du rapport sur le marché du travail de la fondation avec ses propres études, il accepte de s’entretenir sur les défauts et les imprécisions dans les comparaisons de la fondation entre les pays.

Konrad Schily, le fondateur et président pendant de nombreuses années de la première université privée de Witten/Herdecke, s’entretint avec moi de la promotion de Brigitte Mohn en 1993 – une question délicate. Brigitte Mohn n’avait étudié aucune des branches proposées à Witten. Elle ne put obtenir son doctorat que grâce au fait que, sous la direction de Reinhard Mohn, président du directoire, le droit à ce grade avait été étendu au Studium fundamentale (une sorte d’étude de base). Schily raconte que Reinhard Mohn s’informait avec impatience pour savoir pourquoi la promotion de sa fille durait pareillement – cela alors même qu’elle n’y a travaillé au total qu’un an. Un porte-parole de l’université confirme que Brigitte Mohn fut la première étudiante à bénéficier d’une telle promotion suite au Studium fundamentale. En 2003, la fondation avait fait savoir que Mohn avait soutenu l’université au cours des années avec 35,1 millions d’euros. Ce qui pose questions, c’est le fait que le mentor et expert de la promotion de sa fille fut mis au bénéfice d’un contrat de conseiller, quelques mois plus tard. Il fournit encore un projet de plusieurs années au deuxième expert. Ni l’université ni la fondation ne sont prêtes à confirmer ce contrat de conseiller. Il n’y eut de confirmation qu’après que la question fût posée sur mandat du «Spiegel».

Selon ses dires, Antje Vollmer, politicienne des Verts, voulut corriger les erreurs et les anomalies, apparaissant par exemple dans le peu de dividendes versés, en entreprenant une réforme du droit des fondations. Elle voulait contraindre les grandes fondations, telles Bertelsmann et Bosch, à verser plus d’argent. Elle avait espéré rencontrer quelque compréhension et soutien de la part des fondations – en vain. La fondation Bertelsmann s’engagea à fond dans ce débat sur la réforme, mais n’accorda aucune attention au projet de Vollmer, pas même une critique. En revanche, elle mit en avant d’autres aspects. Ce fut, une fois de plus, une confusion des intérêts publics et privés. J’en déduis que la fondation avait trop gagné en pouvoir sous le gouvernement de Gerhard Schröder, ce qui empêchait ce dernier d’entreprendre les réformes nécessaires. Ce point de vue est partagé par les avocats spécialisés en fondations.

Finalement, je me suis posé la question de savoir si la fondation était capable d’entreprendre des réformes. Quelles sont ses réactions par rapport à ses propres erreurs? Quelle est sa propre efficacité, cette parole ma­gique tant utilisée pour justifier les réformes qu’elle propose à d’autres? Place-t-elle l’argent des contribuables qu’elle a à disposition de manière efficace? J’ai posé ces questions à Gerd Wixforth, ancien président de la commune de Gütersloh, qui, ayant pris sa retraite en 1999, travailla pendant cinq ans comme conseiller dans la fondation. Selon lui, l’efficacité de la fondation est un mythe, auquel il avait cru pendant des décennies, mais qui se révéla faux, vu de près. «J’ai cru pendant de nombreuses années que la fondation était remarquablement organisée; mais quelle ne fut pas ma surprise de constater un désordre tel que personne n’était au courant de rien. Le principe de délégation des pouvoirs ne fonctionne absolument pas.» Des collaborateurs le confirment lors d’évaluations internes.

La fondation est d’intérêt public et exempte d’impôts. Cela pose la question de savoir dans quelle mesure la fondation Bertelsmann répond à sa mission de bien public. Est-ce qu’une fondation qui influence la vie poli­tique – et c’est bien le cas présent – peut rester une affaire privée de la famille Mohn? Je ne le pense pas. Mais, il est vrai que la collectivité n’a rien à dire en Allemagne en ce qui concerne les fondations – au contraire des Etats-Unis. Les mécènes aiment mettre en avant qu’un homme comme Reinhard Mohn a fait cadeau à la communauté de presque toute sa fortune. Ce n’est toutefois qu’une habile formule de propagande. En vérité, les fondations n’appartiennent qu’à elles-mêmes. La question qui se pose est de savoir qui détient le contrôle. Dans le cas de la fondation Bertelsmann ce n’est pas la collectivité, mais la famille Mohn qui assure son pouvoir au travers d’un système de fondation compliqué. Le véritable pouvoir est détenu par une petite Sàrl [société à responsabilité limitée] tenue solidement en main par Liz Mohn.

En 1986, Reinhard Mohn a écrit dans son livre «Erfolg durch Partnerschaft» [Succès grâce au partenariat] que «le but essentiel» de la création de la fondation en 1977, avait été «d’éviter au financement dans sa continuité, d’être soumis à l’impôt sur les successions». La fondation devait permettre d’éviter que les héritiers se trouvent obligés de vendre une partie de l’entreprise. On estime l’économie de la famille Mohn, en ce qui concerne l’impôt sur la succession, à deux milliards d’euros. Jusqu’à présent, la fondation n’a versé dans ses projets que 900 millions d’euros. On tente de minimiser, voire d’occulter la déclaration de Mohn en ce qui concerne l’impôt sur les successions. On fait semblant de ne voir que le caractère d’intérêt public. En vérité, Mohn a déclaré en 1998 dans le manuel officiel des fondations que la fondation s’engageait «uniquement en faveur des intérêts supérieurs de la société».

Uniquement pour les intérêts supérieurs de la collectivité? La famille a modifié les statuts plus de 20 fois afin d’assurer son influence pour tous les temps et ne pas devoir composer avec la promesse d’indépendance de la fondation. Pourquoi ne serait-elle indépendante que des partis politiques (comme elle le prétend)? Pourquoi pas indépendante de l’entreprise Bertelsmann SA et de la famille possédante Mohn?

Les recherchent mènent à des exigences concrètes. Les entreprises ne devraient pas se trouver essentiellement en possession d’une fondation d’intérêt public, exempte d’impôts et menée secrètement par elle. La direction d’une fondation ne peut être identique à celle (ou au conseil de surveillance ou de contrôle) de l’entreprise à laquelle elle participe – comme c’est actuellement le cas chez Bertelsmann. Les membres du conseil d’une fondation ne peuvent pas être en même temps membres du conseil de surveillance de la fondation (comme c’est le cas actuellement de Liz Mohn). Le dividende doit être rattaché plus sérieusement au bénéfice. Finalement, la fondation doit être indépendante des héritiers du fondateur de la fondation. Chez Bertelsmann c’est le contraire.

Que va appliquer la politique dans ce cas? Arrivera-t-elle à imposer une réforme? C’est bien la question centrale du cas Bertelsmann. Est-ce que les politiciens sauront faire preuve de courage pour imposer une réforme et mener à terme le travail d’Antje Vollmer? En septembre 2010, cette dernière s’est exprimée face à la «tageszeitung», en réaction à la parution de mon livre, de la manière suivante: «La fondation exerce une grande influence sur la politique. Ce n’est pas illégal, mais le monde politique devrait en avoir conscience et ne pas faire croire que la fondation Bertelsmann n’est qu’une institution neutre, orientée vers le seul bien public.» De ce fait, le monde politique est tenu particulièrement d’entreprendre une réforme du système des fondations. Vollmer déclare: «Du fait qu’il y a actuellement un beaucoup plus grand nombre de fondations, il faut que la Fédération des fondations allemandes en débatte. Il y a 15 ans, il ne s’agissait que d’un club très exclusif, du fait qu’il n’y avait que peu de ces fondations citoyennes. Mais en outre, il est nécessaire que quelqu’un du monde politique se sente responsable et s’occupe sérieusement de cette affaire pendant un certain temps. Les moyens sont connus: il suffirait de reprendre le modèle américain des 20% et d’imposer des versements de divi­dendes minimaux pour mettre des bâtons dans les roues de Bertelsmann.» Toutefois, on en est toujours à at­tendre qu’il se passe quelque chose au niveau politique.

Lors de la parution de mon livre, Gunter Thielen, directeur de la fondation, annonça une mise en examen de droit pour s’en prendre à mon livre, mais semble-t-il sans grand succès. Du coup, la fondation s’en prit à moi et à mon livre sur son propre site Internet. Mais dans ses commentaires la fondation Bertelsmann n’entre pas en matière sur le contenu du livre. Il semble qu’elle n’a pas d’arguments pour contrer les questions soulevées. Peter Rawert, professeur de droit des fondations de Hambourg confirme mes critiques et estime dans un article de la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» que Bertelsmann profite de lacunes dans le droit des fondations. Selon lui la construction de la fondation Bertelsmann est un «système hybride» du fait qu’elle poursuit des intérêts privés sous couvert de bien public. C’est pour lui le «vrai scandale de l’affaire Bertels­mann».

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 12:13

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FMI  

 

 

Mais

 

DSK 

 

 

 

 

 

Leur But est simple contrôler  et s'enrichir

 

 

 


 

 

 

 

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 11:04



Voir la vidéo (2008) « Quand Dominique Strauss-Kahn félicitait Ben Ali pour sa politique modèle... »



Photo : En 2008, « le président Ben Ali a décoré M. Dominique Strauss-Khan des insignes de Grand officier de l’ordre de la République en considération pour ses qualités intellectuelles et ses contributions au renforcement du développement économique à l’échelle mondiale et notamment celles appelant à une meilleure intégration dans le bassin méditerranéen et la prise en compte des aspirations des peuples à la stabilité, la paix et la prospérité.» Source InfoTunisie.com

 

DSK-Parti-socialiste


Les médias occidentaux proclament, en chœur, que le général Zine el-Abidine Ben Ali, ancien président déchu de la Tunisie, est un dictateur.

 

Le mouvement de protestation tunisien est simplement décrit comme la conséquence d’un régime antidémocratique et autoritaire défiant les normes de la « communauté internationale ».

 

Toutefois, Ben Ali n’était pas un « dictateur ». Les dictateurs décident et dictent. Ben Ali était un serviteur des intérêts économiques occidentaux, un pantin fidèle qui obéissait aux ordres, avec l’appui soutenu de la communauté internationale.

 

L’interférence étrangère dans les affaires intérieures de la Tunisie n’est pas mentionnée dans les reportages médiatiques. Les hausses de prix de la nourriture n’ont pas été « dictées » par le gouvernement Ben Ali, mais imposées par Wall Street et le Fonds monétaire international (FMI).

 

Le rôle du gouvernement Ben Ali a été d’appliquer la médecine économique mortelle du FMI, laquelle, sur une période de plus de 20 ans, a servi à déstabiliser l’économie nationale et à appauvrir la population tunisienne.

 

En tant que chef d’État, Ben Ali n’a pas pris de décision importante. La souveraineté nationale était un souvenir. En 1987, au plus fort de la crise de la dette, le gouvernement nationaliste de gauche d’Habib Bourguiba a été remplacé par un nouveau régime, fermement engagé à adopter des réformes du « marché libre ».

 

La gestion macro-économique sous le commandement du FMI était aux mains des créanciers extérieurs de la Tunisie. Au cours des 23 dernières années, la politique sociale et économique du pays a été dictée par le consensus de Washington.

 

Ben Ali est demeuré au pouvoir, car son gouvernement a obéi et appliqué efficacement les dictats du FMI, tout en servant à la fois les intérêts des États-Unis et ceux de l’Union européenne.

 

Ce système a été implanté dans de nombreux pays.

 

La continuité des réformes fatales du FMI requiert un « changement de régime ». La mise en place d’une marionnette politique assure l’application du programme néolibéral, tout en créant des conditions propices à l’effondrement éventuel d’un gouvernement corrompu et impopulaire ayant servi à appauvrir une population entière.

 

Le mouvement de protestation

 

Ce ne sont pas Wall Street et les institutions financières internationales situées à Washington qui sont la cible directe du mouvement de protestation. L’implosion sociale a été dirigée contre un gouvernement plutôt que contre l’interférence des puissances étrangères dans l’orientation de la politique gouvernementale.

 

Au début, les protestations n’étaient pas le résultat d’un mouvement politique organisé et dirigé contre l’imposition des réformes néolibérales.

 

De plus, des indications laissent croire que le mouvement de protestation a été manipulé dans le but de créer un chaos social, ainsi que d’assurer une continuité politique. Des reportages non corroborés révèlent des actes de répression et d’intimidation par des milices armées dans de grandes zones urbaines.

 

La question qui importe est comment la crise évoluera-t-elle? Comment la question plus large de l’interférence étrangère sera-t-elle abordée par le peuple tunisien?

 

Du point de vue de Washington et de Bruxelles, on prévoit le remplacement d’un régime impopulaire et autoritaire par un nouveau gouvernement fantoche. Des élections sont envisagées sous la supervision de la soi-disant communauté internationale, auquel cas des candidats seraient présélectionnés et approuvés.

 

Si ce processus de changement de régime devait être mis en œuvre pour le compte d’intérêts étrangers, le nouveau gouvernement mandataire assurerait sans doute la continuité du programme politique néolibéral ayant servi à appauvrir la population tunisienne.

 

Le gouvernement transitoire mené par le président intérimaire Fouad Mebazza se trouve actuellement dans une impasse, avec une opposition féroce émanant du mouvement syndical (UGTT). Mebazza a promis de « rompre avec le passé » sans toutefois spécifier si cela signifie l’annulation des réformes économiques néolibérales.

 

Aperçu historique

 

En chœur, les médias ont présenté la crise en Tunisie comme une question de politique intérieure, sans offrir de perspective historique. La présomption veut qu’avec la déposition du « dictateur » et l’installation d’un gouvernement dûment élu, la crise sociale se résoudra tôt ou tard.

 

Les premières « émeutes du pain » en Tunisie remontent à 1984. Le mouvement de protestation de janvier 1984 a été causé par une hausse de 100 pour cent des prix du pain. Cette augmentation a été exigée par le FMI dans le cadre du programme d’ajustement structurel tunisien (PAS). L’élimination de subventions alimentaires était une condition de facto de l’accord de prêt avec le FMI.

 

Le président Habib Bourguiba, qui a joué un rôle historique dans la libération de la Tunisie du colonialisme français, a déclaré un état d’urgence en réaction aux émeutes :

 

Alors que les tirs retentissaient, la police et les troupes d’armée en jeeps et en véhicules blindés de transport de troupes se sont déployées à travers la ville pour réprimer l’« émeute du pain ». La démonstration de force a finalement amené un calme inquiétant, mais seulement après que plus de 50 manifestants et passants furent tués. Ensuite, dans une émission dramatique de cinq minutes diffusée à la radio et à la télévision, Bourguiba a annoncé qu’il annulait la hausse de prix. (Tunisia: Bourguiba Lets Them Eat Bread - TIME, janvier 1984)

 

Après le désaveu du président Bourguiba, la hausse de prix du pain a été annulée. Bourguiba a congédié son ministre de l’Intérieur et a refusé de se conformer aux demandes du consensus de Washington.

 

Le programme néolibéral avait tout de même été établi et avait mené à une inflation galopante et au chômage de masse. Trois ans plus tard, Bourguiba et son gouvernement ont été chassés dans un coup d’État sans effusion de sang, « en raison d’incompétence ». Cela a conduit à l’installation du général Zine el-Abidine Ben Ali comme président en novembre 1987. Ce coup ne visait pas Bourguiba : il était largement destiné à démanteler de façon permanente la structure politique nationaliste établie initialement au milieu des années 1950, tout en privatisant les avoirs de l’État.

 

Le coup militaire a non seulement marqué la fin du nationalisme postcolonial mené par Bourguiba, il a également contribué à affaiblir le rôle de la France. Le gouvernement Ben Ali s’est fermement aligné sur Washington plutôt que Paris.

 

À peine quelques mois après l’installation de Ben Ali comme président en novembre 1987, un accord majeur a été signé avec le FMI. Un accord avait également été conclu avec Bruxelles concernant l’établissement d’un régime de libre-échange avec l’Union européenne. Un programme de privatisation massive sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale a aussi été lancé. Avec des salaires horaires de l'ordre de 0,75 euro, la Tunisie était par ailleurs devenue un paradis de main d’œuvre bon marché pour l’Union européenne.

 

Qui est le dictateur?

 

Un examen des documents du FMI suggère que depuis l’inauguration de Ben Ali en 1987 jusqu’à aujourd’hui, son gouvernement s’était fidèlement conformé aux conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale, incluant le congédiement de travailleurs du secteur public, l’élimination du contrôle des prix de biens essentiels à la consommation et l’implantation d’un programme de privatisation radical. L’abolition des barrières commerciales ordonnée par la Banque mondiale a favorisé le déclenchement d’une vague de faillites.

 

À la suite de ces bouleversements de l’économie nationale, les remises en espèces provenant des travailleurs tunisiens dans l’Union européenne sont devenues une source de plus en plus importante de recettes en devises.

 

Environ 65 000 Tunisiens vivent à l’étranger. En 2010, le montant total des remises en espèces étaient de l'ordre de 1,960 milliards de dollars, une hausse de 57 % par rapport à 2003. Une grande part de ces remises en devises sera affectée au service de la dette extérieure.

 

L’augmentation spéculative des prix de la nourriture dans le monde

 

En septembre 2010, un accord a été conclu entre Tunis et le FMI, lequel recommandait l’annulation des subventions restantes comme moyen d’atteindre un équilibre fiscal.

 

La prudence fiscale demeure une priorité très importante pour les autorités [tunisiennes], qui, dans l’environnement international actuel, voient également la nécessité de maintenir en 2010 une politique budgétaire d’un grand secours. Au cours de la dernière décennie, les efforts visant à réduire significativement le ratio d’endettement public ne devraient pas être compromis par un politique budgétaire trop laxiste. Les autorités sont engagées à contrôler fermement les dépenses actuelles, incluant les subventions […] (IMF  Tunisia: 2010 Article IV Consultation - Staff Report; Public Information Notice on the Executive Board Discussion; and Statement by the Executive Director for Tunisiahttp://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2010/cr10282.pdf)

 

Il convient de noter que l’insistance du FMI relativement à l’austérité budgétaire et à l’abolition des subventions coïncide chronologiquement avec une nouvelle augmentation des prix des aliments de base aux bourses de marchandise de London, New York et Chicago. Ces hausses de prix sont en grande partie le résultat des spéculations pratiquées par d’importants intérêts financiers et commerciaux de l’industrie agricole.

 

Ces augmentations des prix des aliments, résultant d’une manipulation pure et simple (plutôt que de la rareté), ont servi à appauvrir des populations partout dans le monde. Ces hausses constituent une nouvelle étape dans le processus d’appauvrissement mondial.

 

« Les médias ont simplement induit l’opinion publique en erreur en ce qui concerne les causes de ces augmentations de prix, en se concentrant presque exclusivement sur les questions des coûts de production, du climat et d’autres facteurs entraînant la réduction des réserves et pouvant contribuer à l’augmentation du prix des produits essentiels. Bien que ces facteurs puissent entrer en jeu, leur pertinence est limitée dans l’explication de la hausse impressionnante et dramatique des prix des produits de base.

 

La montée en flèche des prix des aliments est largement due à la manipulation des marchés. Elle est attribuable aux transactions spéculatives sur les marchés des produits de base. Les prix du grain sont augmentés artificiellement par des opérations spéculatives de grande envergure aux Bourses mercantiles de New York et de Chicago.

 

Les transactions spéculatives sur le blé, le riz ou le maïs peuvent avoir lieu sans qu’il y ait de transactions réelles sur marchandises. Les institutions qui spéculent sur le marché de grains ne sont pas nécessairement impliquées dans la vente et la livraison réelles du grain.

 

Les transactions peuvent utiliser des fonds de l’Index des marchandises, lesquels sont des paris sur le mouvement général à la hausse ou à la baisse des prix des produits de base. Une « option de vente » est un pari que le prix diminuera, une « option d’achat » un pari que le prix augmentera. Par une manipulation concertée, les négociateurs institutionnels et les institutions financières font monter le prix et ensuite placent leurs paris sur un mouvement à la hausse des prix d’un produit en particulier.

.

La spéculation génère de la volatilité sur les marchés. En retour, l’instabilité qui en résulte encourage davantage d’activité spéculative.

 

Les gains sont réalisés lorsque les prix augmentent. Inversement, si le spéculateur vent à découvert, les gains seront enregistrés lors de la chute des prix.

 

Cette récente hausse spéculative du prix des aliments a favorisé un processus mondial de création de la famine d’une ampleur sans précédent. » (Michel Chossudovsky, Global Famine, Global Research, 2 mai 2008, http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8877)

 

Il y a eu, de 2006 à 2008, une hausse dramatique des prix de tous les produits essentiels, dont le riz, le blé et le maïs. Le prix du riz a triplé en cinq ans, passant d’environ 600 $ la tonne en 2003 à plus de 1800 $ la tonne en mai 2008.

 

(Michel Chossudovsky, http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9191. Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, chapitre 7, Global Poverty and the Economic Crisis dans Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall, éditeurs, The Global Economic Crisis, The Great Depression of the XXI Century, Global Research, Montréal 2010, http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=20425 )

 

L’augmentation récente du prix du grain est caractérisée par un bond de 32 % enregistré durant la deuxième moitié de 2010 dans l’indice composite des prix alimentaires.

 

La forte hausse des prix du sucre, des céréales et des oléagineux a conduit les prix alimentaires mondiaux à un record en décembre, dépassant les coûts de 2008, lesquels avaient déclenché des émeutes à travers le monde, et suscitant des mises en garde à l’effet que les prix s’aventuraient en terrain dangereux.

 

En décembre, un indice compilé mensuellement par les Nations Unies a battu son record de juin 2008 pour atteindre le niveau le plus élevé depuis la création des registres en 1990. Publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA) située à Rome, l’indice, qui suit les prix d’un panier de céréales, des oléagineux, des produits laitiers, de la viande et du sucre, a augmenté pendant six mois consécutifs. (Jill Treanor, World food prices enter 'danger territory' to reach record high, The Guardian, 5 janvier 2011)

 

Amère ironie : avec une augmentation du prix des aliments en arrière-plan, le FMI recommande l’annulation des subventions dans le but d’atteindre l’objectif d’austérité budgétaire.

 

Manipulation des données sur la pauvreté et le chômage

 

Il règne un climat de désespoir social, les vies sont brisées.

 

Alors que le mouvement de protestation en Tunisie est visiblement le résultat d’un processus d’appauvrissement de masse, la Banque mondiale soutient que les niveaux de pauvreté ont été réduits grâce aux réformes de libre-marché adoptées par le gouvernement Ben Ali.

 

Selon le rapport de la Banque mondiale sur la Tunisie, le gouvernement tunisien (avec l’appui des institutions de Bretton Woods) a contribué à réduire les niveaux de pauvreté à 7 % (des niveaux nettement plus bas que ceux enregistrés aux États-Unis et dans l’Union européenne).

 

La Tunisie a enregistré des progrès remarquables en matière de croissance équitable, de lutte contre la pauvreté et d’indicateurs sociaux. Son taux de croissance s’est maintenu à 5 % en moyenne au cours des vingt dernières années, avec une progression régulière du revenu par habitant et une augmentation parallèle du bien-être de sa population mise en évidence par un taux de pauvreté qui est parmi les plus bas de la région (7 %).

 

 

La réduction de la pauvreté est attribuable principalement à la progression régulière du revenu par habitant […] L’amélioration du réseau routier rural a joué un rôle particulièrement important en permettant aux populations pauvres vivant dans les campagnes d’accéder aux marchés et aux services urbains. Les programmes de logement ont amélioré les conditions de vie des populations pauvres et permis de dégager des revenus et de l’épargne pour financer des dépenses alimentaires et non alimentaires, ce qui a contribué également à agir favorablement sur l’allégement de la pauvreté. Les subventions alimentaires, qui étaient destinées aux pauvres, quoiqu’elles n’aient pas fonctionné de façon optimale, ont également aidé les habitants pauvres des villes. (Banque mondiale, Note de présentation de la Tunisie)

 

Ces chiffres sur la pauvreté sont de pures fabrications, sans compter l’« analyse » économique et sociale sous-jacente. Ils présentent le libre-marché comme le moteur de réduction de la pauvreté. Le cadre analytique de la Banque mondiale est utilisé pour justifier un processus de « répression économique » appliqué dans plus de 150 pays en développement à travers le monde.

 

Comme seulement 7 % de la population vit dans la pauvreté (comme le suggère l’« estimation » de la Banque mondiale) et que 93 % arrive à satisfaire ses besoins fondamentaux en termes de nourriture, de logement, de santé et d’éducation, il n’y aurait pas de crise en Tunisie.

 

La Banque mondiale participe activement à la manipulation de données et à la déformation de la détresse des Tunisiens. Le taux de chômage officiel est de 14 % et le niveau réel de chômage est beaucoup plus élevé. Le taux de chômage enregistré chez les jeunes est de l’ordre de 30 %. Les services sociaux, dont la santé et l’éducation, se sont effondrés sous le poids des mesures d’austérité économique du FMI et de la Banque mondiale.

 

La Tunisie et le monde

 

Ce qui arrive en Tunisie relève d’un processus économique mondial qui détruit la vie des gens par la manipulation délibérée des forces du marché.

 

De manière plu générale, « les dures réalités économiques et sociales sous-jacentes aux interventions du FMI sont la forte hausse du prix des denrées alimentaires, des famines au niveau local, des mises à pieds massives de travailleurs urbains et de fonctionnaires, ainsi que la destruction des programmes sociaux. Le pouvoir d’achat à l’échelle nationale s’est effondré, des cliniques médicales et des écoles ont été fermées, et des centaines de millions d’enfants sont privés de leur droit à un enseignement primaire ». (Michel Chossudovsky, Global Famine, op cit.)  

Il est nécessaire de diriger le mouvement de protestation non seulement contre le gouvernement mais aussi contre l’ambassade étasunienne, la délégation de l’Union européenne et les missions du FMI et de la Banque mondiale en Tunisie. [M. C. mis à jour le on 22 janvier 2010]

 

Article original en anglais : Tunisia and the IMF's Diktats: How Macro-Economic Policy Triggers Worldwide Poverty and Unemployment, publié le 20 janvier 2011.

 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 09:10

Le FMI demande à l’Algérie de mener des réformes structurelles et de diversifier son économie

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 ISLANDE: L'Autre FORMIDABLE REVOLUTION !... 93% du Peuple IMPOSENT le NON-Remboursement des Banques !...

 

Au Portugal, la cure d'austérité se digère mal

La crise bientôt bientôt

Le retour du FMI en Argentine

Prévisions maussades quant à la croissance économique mondiale

 

Le Fonds monétaire international (FMI) a publié, mercredi 26 janvier, ses conclusions sur l’économie algérienne. Malgré la crise économique internationale, l’économie algérienne a connu en 2009 une croissance hors hydrocarbures de 9,3 % due à « une excellente moisson agricole et à une bonne performance du programme d'investissement public », à la tête duquel se trouvent les secteurs des services et de la construction.

 

 

 

Le FMI demande à l’Algérie de mener des réformes structurelles et de diversifier son économie
Mais le taux d’inflation global a augmenté en 2009 à 5,7 % en raison d’une flambée des prix des produits alimentaires ; il devrait cependant baisser à 4,3 % en 2010. Le FMI valide le taux de chômage officiel (10,2 %) mais précise que le chômage des jeunes resté élevé, avec un taux de 21 % en 2009. « Les hydrocarbures amènent la richesse, mais pas d'emplois. Sans croissance soutenue dans les autres secteurs, le mécontentement d'un chômage élevé pourrait persister », estime le FMI.

Le FMI a salué les « bonnes performances économiques » de l’Algérie, mais considère que le pays reste confronté à d'importants défis dont la stabilité macro‑économique, la diversification de l’économie, la croissance des investissements privés, la réduction du chômage chez les jeunes et l’amélioration du niveau de vie de la population. Des objectifs qui ne seront atteints que par des réformes structurelles plus affirmées, note le FMI. Ce dernier préconise notamment de « moderniser et de renforcer le secteur financier » toujours dominé par l'État car cela est « vital » pour soutenir les investissements privés.
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Les principales prévisions du FMI pour 2011

Le FMI prévoit un PIB nominal de 168,8 milliards de dollars (contre 158,6 milliards en 2010), une croissance des exportations hors hydrocarbures de l’ordre de 5,3 % (stable) ; des exportations en hydrocarbures de l’ordre de 61,3 milliards de dollars ( contre 56,4 milliards de dollars) ; une production pétrolière de 1,3 million de barils/jour (contre 1,2 mbj) ; des crédits à l’économie (par rapport au PIB) de 12 % (contre 12,5 %) ; des investissements directs étrangers (IDE) de l’ordre de 1 milliard de dollars (contre 1,5 milliard) ; des réserves de change de 171,4 milliards de dollars (contre 161 milliards) ; un taux de couverture des importations par les exportations de 38 mois ( contre 36,7 mois) et enfin, une dette extérieure (par rapport au PIB) de 2,2 % ( contre 2,8 %).


 

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 07:51

L' Irlande et la révolution

 

 

 

 

 

 

Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.

Depuis cette crise dont elle est loin d’être remise, l’Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.

Très vite, le nouveau gouvernement se trouve face à un problème épineux : le règlement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’une dette de 3,5 milliards d’euros suite à la faillite d’Icesave, banque en ligne dont les opérations étaient tournées principalement vers ces deux pays. Sous la pression de l’Union européenne, à laquelle les sociaux-démocrates souhaiteraient adhérer, le gouvernement fait voter en janvier 2010 une loi autorisant ce remboursement, ce qui reviendrait, pour chaque Islandais, à débourser pendant huit ans une somme d’environ 100 euros par mois. Mais le président de la République refuse de ratifier la loi, dont le texte est alors soumis à un référendum. À plus de 93%, les Islandais votent contre le remboursement de la dette (6 mars), et depuis le problème reste en suspens.

C’est dans ce contexte que l’Islande décide de modifier sa constitution, qui en fait n’a jamais été vraiment rédigée : lorsqu’en 1944 la république avait été proclamée, on s’était contenté de recopier dans les grandes lignes la constitution du Danemark, pays dont l’Islande dépendait depuis plusieurs décennies, en remplaçant simplement le terme de “roi” par celui de “président de la République”. C’est donc une nouvelle constitution qu’il s’agit d’écrire entièrement, et pour cela on a décidé de faire confiance au peuple souverain. Il y a eu d’abord un appel à candidatures (tout le monde pouvait se présenter à l’exception des élus nationaux, à condition d’avoir dix-huit ans révolus et d’être soutenu par au moins trente personnes) auquel ont répondu 522 citoyennes et citoyens. C’est parmi eux qu’ont été élus les 25 constituants.

Ces derniers commenceront à se réunir à la mi-février et rendront leur copie avant l’été. Parmi les propositions qui reviennent le plus souvent, on peut noter la séparation de l’Église et de l’État, la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles et une séparation claire des pouvoirs exécutif et législatif.

Certes, l’Islande n’est qu’un petit pays d’environ 320 000 habitants. Elle donne cependant là une belle leçon de démocratie aux grands États dont la France : songeons que, dans notre pays, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée, et que les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près après avoir été soumis pendant des semaines à des pressions intolérables de la part du chef de l’État

 

Quand l’Islande réinvente la démocratie

ISLANDE: L'Autre FORMIDABLE REVOLUTION !... 93% du Peuple IMPOSENT le NON-Remboursement des Banques !...

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 07:50

Quand l’Islande réinvente la démocratie

l’Assemblée constituante a été élue en novembre

 

Un jour, il y a quelques mois, un anglais passant par Paris, rencontré à la librairie Lady Long Solo, nous alertait sur la révolution en Islande. Quelle révolution ? On n’en entend parler nulle part. Une rapide recherche google ne donne rien du tout, aujourd’hui, ni en associant le mot « révolution », ni même « crise », où l’on ne trouve que des détails sur la crise financière, effectivement à l’origine de cette révolution, qui a eu lieu en 2008, dans ce pays d’à peine plus de 300 000 habitants, classé au deuxième rang mondial sur l’indice du développement humain, l’IDH, derrière la Norvège, à la veille de cette crise, en 2006.

 

Confronté alors à la faillite brutale du système bancaire, le peuple était descendu dans la rue. Du jamais vu au pays des jeysers d’eau chaude. La droite avait aussitôt dû céder la place à la gauche. Et, pour commencer, les banques avaient été nationalisées. Notre informateur anglais en avait entendu parler pour les projets législatifs de liberté totale pour internet, tels que des sites anglais pensaient à s’héberger là. Plus encore, il insistait pour parler d’une véritable révolution, sans pouvoir la décrire plus, mais s’étonnant qu’on n’en ait jamais entendu parler.

Cherchant alors avec obstination, on a fini par voir des images du palais présidentiel assiégé par une foule qu’on qualifierait ici sans hésiter d’anarcho-autonome. En plus des drapeaux noirs, on pouvait deviner dans la foule une forte composante de citoyenneté de type écologiste. Et on comprenait que le pauvre malheureux flic, tout seul devant le palais présidentiel, ait rapidement dû se rendre sous la pression de la foule. Celle-ci, néanmoins pacifique, n’usait que de casseroles et autres objets bruyants, selon la méthode argentine du cacerolazo, qui a su s’avérer très payante aussi là-bas.

Le président avait plié bagage. Un nouveau gouvernement s’était institué. Mais, quelques temps plus tard, celui-ci avait la mauvaise idée de proposer le remboursement de la dette des banques vis-à-vis du Danemark ou de la Grande Bretagne. Le peuple est de nouveau descendu dans la rue. Un référendum sur la question était imposé par volonté populaire, et une petite majorité de 93% rejetait l’accord prévu par les gentils gouvernants.

Parmi les informations glanées, cette image saisissante de l’agora dans les bains publics chauds, où le peuple s’assemble tous les matins pour débattre de comment refaire le monde.

Consécration de cette révolution, l’élection d’une Assemblée constituante, le 27 novembre 2010, événement peut-être plus considérable que la nuit du 4 août 1789 où était votée l’abolition des privilèges, dont on ne se serait pas aperçu sans la vigilance de Truks en vrac, de notre ami B.Bec, du Gers, relayant le CADTM, ou de Jean-Luc Mélenchon, qui trouve là une similitude avec ses propres thèses constitutionnalistes, mais ne semble pas voir plus loin que le bout de son nez anti-capitaliste.

Merveille de la désinformation. Un événement aussi considérable qu’une véritable révolution démocratique, telle qu’on n’en a jamais vue en Europe, peut se produire sans que la presse, ni google, ne permettent d’en savoir quoi que ce soit. C’est sûr qu’à l’heure de la consolidation anti-démocratique que vivent la plupart des pays européens, l’exemple islandais ne fait pas vraiment l’affaire de nos régimes policiers, qui montrent là encore leur aptitude à verrouiller rigoureusement la conscience collective.

On aimerait assurément en savoir plus sur cette révolution islandaise. Voilà des mois que Paris s’éveille rêve de téléporter sa rédaction pour un reportage approfondi au pays des chasseurs de baleines et d’utopie. S’immerger dans les bains chauds de la révolution démocratique fait certes envie, surtout vu du cœur de notre hiver sécuritaire.

Il faut s’imaginer les 25 « simples citoyens » qui vont plancher sur la constitution idéale. Le souffle de l’humanité devrait se retenir. Où l’on verra probablement qu’il n’est pas difficile de faire mieux que toutes les figures de pseudo-démocraties qui se sont déclinées jusqu’ici sur les cinq continents.

 

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 11:31

La zone euro bascule dans le «chacun pour soi»


L'Allemagne, première puissance économique européenne, ne sauvera pas la zone euro, constate Paul Jorion. Son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble aurait «jeté l'éponge». Paul Jorion lie cet événement avec la situation de Henry Paulson, secrétaire au Trésor sous l'ère Bush, qui «jeta (aussi) l'éponge» en 2008 face à la faillite de Lehman Brothers.




Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le sauvetage de l’euro n’a pas eu lieu : hier, par la voix de son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, l’Allemagne a jeté l’éponge. M. Schäuble a dit qu’il n’y avait aucune urgence et qu’on pouvait réfléchir posément à la mise au point d’une nouvelle stratégie. Une autre manière de dire : « Advienne que pourra ! » L’oraison funèbre de la zone euro telle qu’on l’aura connue, à seize, a été prononcée par Olli Rehn, le commissaire aux Affaires économiques et monétaires de la zone euro : « La crise est toujours là. Nous connaissons une trêve depuis deux ou trois jours mais nous ne pouvons pas nous permettre la moindre complaisance. » L’histoire retiendra qu’il rejetait lui la capitulation ; il est apparemment de la race des capitaines qui choisissent de couler avec leur navire.

Quand la zone euro a commencé de se défaire il y a un an, lorsque la situation de la Grèce a été connue, et que les projecteurs se sont immédiatement tournés vers le Portugal et l’Espagne, il est devenu évident que ce serait le pays le plus riche des Seize qui - en dernière instance - devrait sauver tout le monde.

Pourquoi ? Parce que dans un premier temps, les États sauvent les banques et comme elles sont insolvables, ils se noient en tentant de les sauver (voir le cas de l’Irlande dont on parlait moins il y a un an mais qu’il a fallu sauver en catastrophe à l’automne dernier), et que dans un deuxième temps, c’est aux États encore debout de tendre une main secourable à ceux qui tombent les uns à la suite des autres.
Quand la Grèce est tombée, l’Allemagne a fini par dire oui, du bout des lèvres. Quand ce fut le tour de l’Irlande, elle a dit qu’il s’agissait plutôt du genre de question dont le Fonds Monétaire International devrait s’occuper. Depuis, elle s’est attelée à mettre au point une solution qui entrera en vigueur en 2013, c’est-à-dire lorsqu’on pourra, après la bataille, faire le décompte des morts et des vivants. L’Allemagne s’est faite une raison, elle a faite sienne la philosophie du « en bien ou en mal, tout finit par s’arranger ! »

Mr. Schäuble aura donc connu son « moment Paulson », du nom de Henry « Hank » Paulson, le Secrétaire au Trésor de la deuxième administration Bush, qui jeta l’éponge le 14 septembre 2008 quand le représentant de la Barclays confirma que sa banque était prête à reprendre Lehman Brothers – à condition que ses actionnaires approuvent l’opération dans les jours qui suivraient. Le soleil se levait sur Tokyo et il était déjà trop tard.

L’hémorragie que provoqua la faillite de Lehman Brothers, et qu’il fallut étancher en déversant près de deux mille milliards de dollars et d’euros, fait que l’histoire pose déjà un regard sévère sur le « moment Paulson ». Mais que pouvait faire d’autre le ministre des finances américain ? On sait aujourd’hui - depuis que la Federal Reserve, poussée dans ses derniers retranchements, a dû révéler les chiffres - que dans le cas de Bear Stearns, qui avait elle été sauvée au printemps par son rachat par JP Morgan Chase, les titres rachetés à la firme par la Federal Reserve Bankde New York n’étaient qu’une infâme camelote. On a également appris le mois dernier que Bear Stearns était impliqué à l’époque dans une affaire de manipulation du prix de l’argent-métal sur le marché des Exchange - Traded Funds. Nous ne le savons que depuis quelques semaines mais il est difficile d’imaginer que Paulson ne l’ait pas su lui à l’époque. Il a déclaré alors sans la moindre ambiguïté : « Une opération de sauvetage comme celle qui vient d’avoir lieu pour Bear Stearns ne pourra pas être répétée.»

On sait maintenant que Lehman Brothers truquait ses comptes grâce à une entourloupe au doux nom de « Repo 105 », déguisant en ventes effectives à la fin de chaque trimestre des mises en pension de titres, et clamant à la face du monde qu’elle réduisait l’effet de levier dans son financement, alors qu’elle se contentait de doper sa combine. Cela aussi Paulson devait le savoir : on nous montre à nous les bilans officiels des sociétés mais un ministre des finances a accès aux vrais chiffres et quand tout s’écroule, apparaît en surface quelle est la part de ces chiffres qui découle d’un travail honnête et celle qui s’obtient par la fraude ordinaire. Quel que soit son degré personnel de cynisme, on est toujours surpris.

Que va-t-il se passer maintenant ? L’effet domino va suivre son cours et les pays en faillite restructureront leur dette. Les banques allemandes et françaises encaisseront la décote de la dette grecque ; les banques britanniques et néerlandaises, la décote de la dette irlandaise ; les banques espagnoles encaisseront la décote de la dette portugaise - la goutte qui fera déborder le vase en ce qui les concerne, et ainsi de suite, car chacun doit de l’argent à tous les autres. Il faudra avoir le cœur bien accroché dans le secteur bancaire. Les banques allemandes prendront un sacré coup mais on a dû faire les comptes à Berlin, et le calcul est facile à faire : sauver les banques allemandes coûtera toujours moins cher que de sauver toutes les banques de la zone euro plus la dette souveraine de tous les pays dont elles relèvent. Au bout du compte, la notation AAA de l’Allemagne devrait en sortir indemne, alors que si elle s’engageait dans les jours qui viennent à sauver l’Espagne (dont coût à vue de nez, 950 milliards d’euros, soit davantage que le montant actuel de la cagnotte européenne : les 750 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière), la notation de son risque de crédit serait menacée.

Hier, la zone euro a basculé officiellement dans le chacun pour soi. Mais quel était le choix qui s’offrait à M. Wolfgang Schäuble ? Guère meilleur que celui auquel était confronté M. Henry Paulson il y a deux ans : Charybde ou Scylla. Y a-t-il moyen de faire autrement ? Oui, si l’on remet en question des choses jugées fondamentales quant au statut de la propriété privée. À cela, la zone euro et ses majorités parlementaires libérales n’est pas encore prête. On en reparlera sur le champ couvert de morts, après qu’auront été quelque peu déblayés les décombres.
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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 08:16



« Quand Dominique Strauss-Kahn félicitait Ben Ali pour sa politique modèle... »

Photo : En 2008, « le président Ben Ali a décoré M. Dominique Strauss-Khan des insignes de Grand officier de l’ordre de la République en considération pour ses qualités intellectuelles et ses contributions au renforcement du développement économique à l’échelle mondiale et notamment celles appelant à une meilleure intégration dans le bassin méditerranéen et la prise en compte des aspirations des peuples à la stabilité, la paix et la prospérité.» Source InfoTunisie.com


Les médias occidentaux proclament, en chœur, que le général Zine el-Abidine Ben Ali, ancien président déchu de la Tunisie, est un dictateur.

 

Le mouvement de protestation tunisien est simplement décrit comme la conséquence d’un régime antidémocratique et autoritaire défiant les normes de la « communauté internationale ».

 

Toutefois, Ben Ali n’était pas un « dictateur ». Les dictateurs décident et dictent. Ben Ali était un serviteur des intérêts économiques occidentaux, un pantin fidèle qui obéissait aux ordres, avec l’appui soutenu de la communauté internationale.

 

L’interférence étrangère dans les affaires intérieures de la Tunisie n’est pas mentionnée dans les reportages médiatiques. Les hausses de prix de la nourriture n’ont pas été « dictées » par le gouvernement Ben Ali, mais imposées par Wall Street et le Fonds monétaire international (FMI).

 

Le rôle du gouvernement Ben Ali a été d’appliquer la médecine économique mortelle du FMI, laquelle, sur une période de plus de 20 ans, a servi à déstabiliser l’économie nationale et à appauvrir la population tunisienne.

 

En tant que chef d’État, Ben Ali n’a pas pris de décision importante. La souveraineté nationale était un souvenir. En 1987, au plus fort de la crise de la dette, le gouvernement nationaliste de gauche d’Habib Bourguiba a été remplacé par un nouveau régime, fermement engagé à adopter des réformes du « marché libre ».

 

La gestion macro-économique sous le commandement du FMI était aux mains des créanciers extérieurs de la Tunisie. Au cours des 23 dernières années, la politique sociale et économique du pays a été dictée par le consensus de Washington.

 

Ben Ali est demeuré au pouvoir, car son gouvernement a obéi et appliqué efficacement les dictats du FMI, tout en servant à la fois les intérêts des États-Unis et ceux de l’Union européenne.

 

Ce système a été implanté dans de nombreux pays.

 

La continuité des réformes fatales du FMI requiert un « changement de régime ». La mise en place d’une marionnette politique assure l’application du programme néolibéral, tout en créant des conditions propices à l’effondrement éventuel d’un gouvernement corrompu et impopulaire ayant servi à appauvrir une population entière.

 

Le mouvement de protestation

 

Ce ne sont pas Wall Street et les institutions financières internationales situées à Washington qui sont la cible directe du mouvement de protestation. L’implosion sociale a été dirigée contre un gouvernement plutôt que contre l’interférence des puissances étrangères dans l’orientation de la politique gouvernementale.

 

Au début, les protestations n’étaient pas le résultat d’un mouvement politique organisé et dirigé contre l’imposition des réformes néolibérales.

 

De plus, des indications laissent croire que le mouvement de protestation a été manipulé dans le but de créer un chaos social, ainsi que d’assurer une continuité politique. Des reportages non corroborés révèlent des actes de répression et d’intimidation par des milices armées dans de grandes zones urbaines.

 

La question qui importe est comment la crise évoluera-t-elle? Comment la question plus large de l’interférence étrangère sera-t-elle abordée par le peuple tunisien?

 

Du point de vue de Washington et de Bruxelles, on prévoit le remplacement d’un régime impopulaire et autoritaire par un nouveau gouvernement fantoche. Des élections sont envisagées sous la supervision de la soi-disant communauté internationale, auquel cas des candidats seraient présélectionnés et approuvés.

 

Si ce processus de changement de régime devait être mis en œuvre pour le compte d’intérêts étrangers, le nouveau gouvernement mandataire assurerait sans doute la continuité du programme politique néolibéral ayant servi à appauvrir la population tunisienne.

 

Le gouvernement transitoire mené par le président intérimaire Fouad Mebazza se trouve actuellement dans une impasse, avec une opposition féroce émanant du mouvement syndical (UGTT). Mebazza a promis de « rompre avec le passé » sans toutefois spécifier si cela signifie l’annulation des réformes économiques néolibérales.

 

Aperçu historique

 

En chœur, les médias ont présenté la crise en Tunisie comme une question de politique intérieure, sans offrir de perspective historique. La présomption veut qu’avec la déposition du « dictateur » et l’installation d’un gouvernement dûment élu, la crise sociale se résoudra tôt ou tard.

 

Les premières « émeutes du pain » en Tunisie remontent à 1984. Le mouvement de protestation de janvier 1984 a été causé par une hausse de 100 pour cent des prix du pain. Cette augmentation a été exigée par le FMI dans le cadre du programme d’ajustement structurel tunisien (PAS). L’élimination de subventions alimentaires était une condition de facto de l’accord de prêt avec le FMI.

 

Le président Habib Bourguiba, qui a joué un rôle historique dans la libération de la Tunisie du colonialisme français, a déclaré un état d’urgence en réaction aux émeutes :

 

Alors que les tirs retentissaient, la police et les troupes d’armée en jeeps et en véhicules blindés de transport de troupes se sont déployées à travers la ville pour réprimer l’« émeute du pain ». La démonstration de force a finalement amené un calme inquiétant, mais seulement après que plus de 50 manifestants et passants furent tués. Ensuite, dans une émission dramatique de cinq minutes diffusée à la radio et à la télévision, Bourguiba a annoncé qu’il annulait la hausse de prix. (Tunisia: Bourguiba Lets Them Eat Bread - TIME, janvier 1984)

 

Après le désaveu du président Bourguiba, la hausse de prix du pain a été annulée. Bourguiba a congédié son ministre de l’Intérieur et a refusé de se conformer aux demandes du consensus de Washington.

 

Le programme néolibéral avait tout de même été établi et avait mené à une inflation galopante et au chômage de masse. Trois ans plus tard, Bourguiba et son gouvernement ont été chassés dans un coup d’État sans effusion de sang, « en raison d’incompétence ». Cela a conduit à l’installation du général Zine el-Abidine Ben Ali comme président en novembre 1987. Ce coup ne visait pas Bourguiba : il était largement destiné à démanteler de façon permanente la structure politique nationaliste établie initialement au milieu des années 1950, tout en privatisant les avoirs de l’État.

 

Le coup militaire a non seulement marqué la fin du nationalisme postcolonial mené par Bourguiba, il a également contribué à affaiblir le rôle de la France. Le gouvernement Ben Ali s’est fermement aligné sur Washington plutôt que Paris.

 

À peine quelques mois après l’installation de Ben Ali comme président en novembre 1987, un accord majeur a été signé avec le FMI. Un accord avait également été conclu avec Bruxelles concernant l’établissement d’un régime de libre-échange avec l’Union européenne. Un programme de privatisation massive sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale a aussi été lancé. Avec des salaires horaires de l'ordre de 0,75 euro, la Tunisie était par ailleurs devenue un paradis de main d’œuvre bon marché pour l’Union européenne.

 

Qui est le dictateur?

 

Un examen des documents du FMI suggère que depuis l’inauguration de Ben Ali en 1987 jusqu’à aujourd’hui, son gouvernement s’était fidèlement conformé aux conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale, incluant le congédiement de travailleurs du secteur public, l’élimination du contrôle des prix de biens essentiels à la consommation et l’implantation d’un programme de privatisation radical. L’abolition des barrières commerciales ordonnée par la Banque mondiale a favorisé le déclenchement d’une vague de faillites.

 

À la suite de ces bouleversements de l’économie nationale, les remises en espèces provenant des travailleurs tunisiens dans l’Union européenne sont devenues une source de plus en plus importante de recettes en devises.

 

Environ 65 000 Tunisiens vivent à l’étranger. En 2010, le montant total des remises en espèces étaient de l'ordre de 1,960 milliards de dollars, une hausse de 57 % par rapport à 2003. Une grande part de ces remises en devises sera affectée au service de la dette extérieure.

 

L’augmentation spéculative des prix de la nourriture dans le monde

 

En septembre 2010, un accord a été conclu entre Tunis et le FMI, lequel recommandait l’annulation des subventions restantes comme moyen d’atteindre un équilibre fiscal.

 

La prudence fiscale demeure une priorité très importante pour les autorités [tunisiennes], qui, dans l’environnement international actuel, voient également la nécessité de maintenir en 2010 une politique budgétaire d’un grand secours. Au cours de la dernière décennie, les efforts visant à réduire significativement le ratio d’endettement public ne devraient pas être compromis par un politique budgétaire trop laxiste. Les autorités sont engagées à contrôler fermement les dépenses actuelles, incluant les subventions […] (IMF  Tunisia: 2010 Article IV Consultation - Staff Report; Public Information Notice on the Executive Board Discussion; and Statement by the Executive Director for Tunisiahttp://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2010/cr10282.pdf)

 

Il convient de noter que l’insistance du FMI relativement à l’austérité budgétaire et à l’abolition des subventions coïncide chronologiquement avec une nouvelle augmentation des prix des aliments de base aux bourses de marchandise de London, New York et Chicago. Ces hausses de prix sont en grande partie le résultat des spéculations pratiquées par d’importants intérêts financiers et commerciaux de l’industrie agricole.

 

Ces augmentations des prix des aliments, résultant d’une manipulation pure et simple (plutôt que de la rareté), ont servi à appauvrir des populations partout dans le monde. Ces hausses constituent une nouvelle étape dans le processus d’appauvrissement mondial.

 

« Les médias ont simplement induit l’opinion publique en erreur en ce qui concerne les causes de ces augmentations de prix, en se concentrant presque exclusivement sur les questions des coûts de production, du climat et d’autres facteurs entraînant la réduction des réserves et pouvant contribuer à l’augmentation du prix des produits essentiels. Bien que ces facteurs puissent entrer en jeu, leur pertinence est limitée dans l’explication de la hausse impressionnante et dramatique des prix des produits de base.

 

La montée en flèche des prix des aliments est largement due à la manipulation des marchés. Elle est attribuable aux transactions spéculatives sur les marchés des produits de base. Les prix du grain sont augmentés artificiellement par des opérations spéculatives de grande envergure aux Bourses mercantiles de New York et de Chicago.

 

Les transactions spéculatives sur le blé, le riz ou le maïs peuvent avoir lieu sans qu’il y ait de transactions réelles sur marchandises. Les institutions qui spéculent sur le marché de grains ne sont pas nécessairement impliquées dans la vente et la livraison réelles du grain.

 

Les transactions peuvent utiliser des fonds de l’Index des marchandises, lesquels sont des paris sur le mouvement général à la hausse ou à la baisse des prix des produits de base. Une « option de vente » est un pari que le prix diminuera, une « option d’achat » un pari que le prix augmentera. Par une manipulation concertée, les négociateurs institutionnels et les institutions financières font monter le prix et ensuite placent leurs paris sur un mouvement à la hausse des prix d’un produit en particulier.

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La spéculation génère de la volatilité sur les marchés. En retour, l’instabilité qui en résulte encourage davantage d’activité spéculative.

 

Les gains sont réalisés lorsque les prix augmentent. Inversement, si le spéculateur vent à découvert, les gains seront enregistrés lors de la chute des prix.

 

Cette récente hausse spéculative du prix des aliments a favorisé un processus mondial de création de la famine d’une ampleur sans précédent. » (Michel Chossudovsky, Global Famine, Global Research, 2 mai 2008, http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8877)

 

Il y a eu, de 2006 à 2008, une hausse dramatique des prix de tous les produits essentiels, dont le riz, le blé et le maïs. Le prix du riz a triplé en cinq ans, passant d’environ 600 $ la tonne en 2003 à plus de 1800 $ la tonne en mai 2008.

 

(Michel Chossudovsky, http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9191. Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, chapitre 7, Global Poverty and the Economic Crisis dans Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall, éditeurs, The Global Economic Crisis, The Great Depression of the XXI Century, Global Research, Montréal 2010, http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=20425 )

 

L’augmentation récente du prix du grain est caractérisée par un bond de 32 % enregistré durant la deuxième moitié de 2010 dans l’indice composite des prix alimentaires.

 

La forte hausse des prix du sucre, des céréales et des oléagineux a conduit les prix alimentaires mondiaux à un record en décembre, dépassant les coûts de 2008, lesquels avaient déclenché des émeutes à travers le monde, et suscitant des mises en garde à l’effet que les prix s’aventuraient en terrain dangereux.

 

En décembre, un indice compilé mensuellement par les Nations Unies a battu son record de juin 2008 pour atteindre le niveau le plus élevé depuis la création des registres en 1990. Publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA) située à Rome, l’indice, qui suit les prix d’un panier de céréales, des oléagineux, des produits laitiers, de la viande et du sucre, a augmenté pendant six mois consécutifs. (Jill Treanor, World food prices enter 'danger territory' to reach record high, The Guardian, 5 janvier 2011)

 

Amère ironie : avec une augmentation du prix des aliments en arrière-plan, le FMI recommande l’annulation des subventions dans le but d’atteindre l’objectif d’austérité budgétaire.

 

Manipulation des données sur la pauvreté et le chômage

 

Il règne un climat de désespoir social, les vies sont brisées.

 

Alors que le mouvement de protestation en Tunisie est visiblement le résultat d’un processus d’appauvrissement de masse, la Banque mondiale soutient que les niveaux de pauvreté ont été réduits grâce aux réformes de libre-marché adoptées par le gouvernement Ben Ali.

 

Selon le rapport de la Banque mondiale sur la Tunisie, le gouvernement tunisien (avec l’appui des institutions de Bretton Woods) a contribué à réduire les niveaux de pauvreté à 7 % (des niveaux nettement plus bas que ceux enregistrés aux États-Unis et dans l’Union européenne).

 

La Tunisie a enregistré des progrès remarquables en matière de croissance équitable, de lutte contre la pauvreté et d’indicateurs sociaux. Son taux de croissance s’est maintenu à 5 % en moyenne au cours des vingt dernières années, avec une progression régulière du revenu par habitant et une augmentation parallèle du bien-être de sa population mise en évidence par un taux de pauvreté qui est parmi les plus bas de la région (7 %).

 

 

La réduction de la pauvreté est attribuable principalement à la progression régulière du revenu par habitant […] L’amélioration du réseau routier rural a joué un rôle particulièrement important en permettant aux populations pauvres vivant dans les campagnes d’accéder aux marchés et aux services urbains. Les programmes de logement ont amélioré les conditions de vie des populations pauvres et permis de dégager des revenus et de l’épargne pour financer des dépenses alimentaires et non alimentaires, ce qui a contribué également à agir favorablement sur l’allégement de la pauvreté. Les subventions alimentaires, qui étaient destinées aux pauvres, quoiqu’elles n’aient pas fonctionné de façon optimale, ont également aidé les habitants pauvres des villes. (Banque mondiale, Note de présentation de la Tunisie)

 

Ces chiffres sur la pauvreté sont de pures fabrications, sans compter l’« analyse » économique et sociale sous-jacente. Ils présentent le libre-marché comme le moteur de réduction de la pauvreté. Le cadre analytique de la Banque mondiale est utilisé pour justifier un processus de « répression économique » appliqué dans plus de 150 pays en développement à travers le monde.

 

Comme seulement 7 % de la population vit dans la pauvreté (comme le suggère l’« estimation » de la Banque mondiale) et que 93 % arrive à satisfaire ses besoins fondamentaux en termes de nourriture, de logement, de santé et d’éducation, il n’y aurait pas de crise en Tunisie.

 

La Banque mondiale participe activement à la manipulation de données et à la déformation de la détresse des Tunisiens. Le taux de chômage officiel est de 14 % et le niveau réel de chômage est beaucoup plus élevé. Le taux de chômage enregistré chez les jeunes est de l’ordre de 30 %. Les services sociaux, dont la santé et l’éducation, se sont effondrés sous le poids des mesures d’austérité économique du FMI et de la Banque mondiale.

 

La Tunisie et le monde

 

Ce qui arrive en Tunisie relève d’un processus économique mondial qui détruit la vie des gens par la manipulation délibérée des forces du marché.

 

De manière plu générale, « les dures réalités économiques et sociales sous-jacentes aux interventions du FMI sont la forte hausse du prix des denrées alimentaires, des famines au niveau local, des mises à pieds massives de travailleurs urbains et de fonctionnaires, ainsi que la destruction des programmes sociaux. Le pouvoir d’achat à l’échelle nationale s’est effondré, des cliniques médicales et des écoles ont été fermées, et des centaines de millions d’enfants sont privés de leur droit à un enseignement primaire ». (Michel Chossudovsky, Global Famine, op cit.)  

Il est nécessaire de diriger le mouvement de protestation non seulement contre le gouvernement mais aussi contre l’ambassade étasunienne, la délégation de l’Union européenne et les missions du FMI et de la Banque mondiale en Tunisie. [M. C. mis à jour le on 22 janvier 2010]

 

Article original en anglais : Tunisia and the IMF's Diktats: How Macro-Economic Policy Triggers Worldwide Poverty and Unemployment, publié le 20 janvier 2011.

Traduit par Julie Lévesque

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