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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 12:54

Marché de la misère : le grand retour de l’économie de la débrouille

PAR LUDO SIMBILLE (16 FÉVRIER 2011)

Ils sont des milliers à vendre sur les trottoirs de Paris des objets ou vêtements récupérés dans les poubelles, glanés ici ou là. Chômeurs, sans-papiers, retraités ou salariés, ces « biffins » sont de plus en plus nombreux, poussés par une précarité grandissante. Une économie parallèle jugée souvent gênante par les riverains et élus locaux, qui cherchent à faire disparaître ces nouveaux « marchés de la misère ». Reportage.

Photo : Stand d’un biffin Porte Montmartre © Samuel Le Cœur

Chaussures en vrac, vêtements en pagaille, fouillis de chargeurs de téléphones portables, piles de vieux magazines... Des objets étalés sur quelques carrés de toile. Un butin glané la nuit sur un trottoir, trouvé un jour dans la rue, récupéré dans une poubelle. Les vendeurs restent ici jusqu’à ce que des policiers en VTT les forcent à s’envoler. Les baluchons de fortune se redéploient ensuite. Une scène qui se répète tous les jours, dans le tumulte du bas-Belleville, à Paris, au grand dam de certains commerçants et riverains. « Ça bloque le passage pour les habitants qui veulent rentrer chez eux. Et depuis juin, on a perdu 50% de chiffre d’affaires », se désole l’employé d’une épicerie asiatique. C’est une « décharge à ciel ouvert », renchérissent les riverains, membres de l’association de quartier « Belleville-Couronnes ». Excédés, ils souhaitent que la mairie mette fin à ce « marché de la misère ».

Quand la « biffe » revient avec la crise

« S’ils arrêtent les contrôles policiers, il n’y aura plus de déchets. Quand les gens fuient, ils préfèrent perdre les vêtements que payer une amende de 280 euros. Et c’est à la mairie de ramasser les déchets », explique Karim, qui regrette la gêne occasionnée. Karim, est un « biffin » (« étoffe » en vieux français) : il est héritier de la tradition des chiffonniers, à l’origine des marchés aux Puces aux portes de Paris. Karim a 60 ans passés, il « biffe » depuis plus de vingt ans. Arrivé en France en 1976 après avoir été magasinier en lingerie, ce tunisien diplômé de l’École professionnelle supérieure d’informatique s’est retrouvé au chômage. Pour lui, « la vente de recyclage », c’est « une nécessité économique et sociale parce que la pauvreté s’installe ».

En période de crise économique, cette activité ancestrale a le vent en poupe. Vieux immigrés, sans-papiers, retraités français, bénéficiaires du RSA, chômeurs, mais aussi travailleurs « insérés »… La revente d’objets dénichés ici ou là est pour beaucoup l’unique moyen de joindre les deux bouts. Samuel Lecoeur, photographe et soutien des biffins, en fait le constat. Il évoque ce jeune père de 3 enfants, employé chez Darty et dont la femme est sans emploi, qui se met à biffer malgré un salaire mensuel de 1500 euros. « Y’a de plus en plus de monde ! », remarque-t-il. Même des patrons d’entreprises en faillite. Martial, la cinquantaine bien frappée, sous sa chebka, marche une pince télescopique à la main. Suite à la liquidation de son entreprise, cet ingénieur informatique s’est vu contraint il y a 3 ans d’étaler sur le parterre de Belleville des affaires trouvées. « Je préfère ça que demander l’aide sociale », explique-t-il.

La police passe, les biffins restent

Les biffins seraient entre 1.500 et 3.000 à Paris et ses environs. Face à l’ampleur du phénomène, le Conseil régional d’Ile de France a voté pour 2011 un budget d’un million d’euros pour répondre à cette question sociale. Mais plusieurs mairies du Nord-est de Paris préfèrent envoyer les forces de l’ordre, plutôt que mettre en place des espaces de vente autorisée. Une répression qui ne fait que déplacer le problème.

BIffins

Pour éviter une « favelisation de la ville », selon le terme de Frédérique Calandra, maire socialiste du 20ème arrondissement de Paris, 1.500 « sauvettes » sont chassés de la Porte de Montreuil en 2010. Certains y sont revenus depuis. D’autres se sont installés à la Porte de Bagnolet. D’autres encore ont pris leurs quartiers à Belleville et Couronnes, à la croisée de quatre arrondissements de Paris [1]. Où ils restent toujours en proie aux coups de triques. Ils ont gouté aux gaz lacrymogènes, ils ont été interpellés. Leur matériel est souvent saisi sans procès verbal. Direction le camion-benne ou le coffre d’une voiture de police.

« Ils n’ont pas le droit de vendre, mais ont-ils droit de survivre ? »

Ce n’est pas la récente loi de sécurité intérieure, Loppsi 2, qui va arranger les affaires des biffins. Au prétexte de lutter contre « l’économie souterraine », la loi [2] prévoit « six mois d’emprisonnement et 3.750 euros d’amende pour "vente à la sauvette". Et 15.000 euros d’amende pour la « vente en réunion »... Sur pression des riverains, les maires des arrondissements concernés font régulièrement appel à la préfecture de police. En janvier, celle-ci a mis en place une « brigade spécialisée de terrain », sorte de police de proximité, version Brice Hortefeux. Mais « les verbalisations sont stériles. Les gens ont les minimas sociaux, donc légalement on ne peut pas leur demander de payer », rappelle Karim. « D’accord, ils n’ont pas le droit de vendre, mais ont-ils droit de survivre ? » ironise Samuel Lecoeur.

En 2010, Bernard Jomier, élu Europe Écologie-Les Verts (EELV) s’est opposé au souhait de Roger Madec, maire du 19ème, de faire intervenir la police. « C’est une bêtise totale, ils reviendront dans 6 mois. Il faut régler les problèmes de façon durable. Ça m’a rappelé les vendeurs de cracks de Stalingrad qu’on a réprimé pendant 10 ans, jusqu’au jour où on a mis en place des réponses sociales ». L’élu est rejoint par ses homologues des autres quartiers. « Ce n’est pas en criminalisant la misère qu’on l’éradique ! Il est temps de sortir des logiques répressives, et de construire des politiques alternatives », lancent-ils dans un récent communiqué. Une alternative à la matraque ? Les regards se tournent du côté du « carré des biffins », porte de Montmartre.

Carré des biffins ou carré VIP ?

Une bâche verte et un numéro au sol à la peinture blanche attestent de l’autorisation de la vente. Au bout du marché aux puces, sous le pont du boulevard périphérique, 100 places sont délimitées en deux allées. Là se côtoient acheteurs, vendeurs et agents de la Mairie de Paris. Grâce aux luttes de l’association « Sauve qui peut », Daniel Vaillant, maire socialiste du 18ème arrondissement, a accepté en octobre 2009 de dédier un espace à la biffe. Un budget de 230.000 euros a été alloué à l’association Aurore pour l’accompagnement social et la distribution des places. Du samedi au lundi, jours des Puces, le bus blanc d’Aurore stationne dès l’aube et reçoit les biffins qui viennent se réchauffer autour d’un café, rapporter leur bâche ou demander une place.

Mais ne fait pas partie de cet « espace biffin » qui veut ! Les 230 adhérents ont signé une charte et s’engage à ne pas vendre de produits neufs. Ils doivent habiter dans les 17ème et 18ème arrondissements de Paris ou à Saint-Ouen, et justifier de leur niveau de ressources. « Plus ils en ont besoin, plus ils ont de jours de vente », explique Pascale Chouattra, responsable de l’association Aurore. Exception faite pour certains biffins « historiques » de Sauve-qui-peut.

« "Carrer" des gens comme ça, c’est une honte, c’est du contrôle social »

Immigrés d’Europe de l’Est non autorisés à travailler, personnes âgées à la retraite trop maigre ou habitants du quartier attirés par une biffe légalisée, tous se retrouvent à faire les poubelles. « Noirs, Rroms, Gaulois, Chibanis, c’est une sorte de saladier multi-ethnique », s’amuse la salariée d’Aurore. Sauf que le saladier déborde. Avec 800 demandes au départ, plus de 500 personnes demeurent hors-système. Aux 100 places autorisées, se mêlent désormais les « sans-place ». À quelques encablures du carré VIP, faute de détenir une carte, des centaines de vendeurs déballent leur ballot avant que les contrôles policiers ne les éparpillent. Bref, rien de nouveau pour les biffins ! L’expérimentation du « carré » touche ici ses limites.

« J’ai pas milité pour cette merde-là, c’est sombre, ça pue, y’a des rats, s’emporte Martine, biffin depuis 38 ans à Paris. Je me bats pour la reconnaissance de tous les biffins. "Carrer" des gens comme ça, c’est une honte, c’est du contrôle social ». Sans hostilité envers les travailleurs sociaux d’Aurore, Martine s’interroge sur la tournure du projet. « Mettre une bâche par terre, ça coûte 230.000 euros ? Ça devient un business. Les gens n’ont pas attendu Aurore pour aller voir une assistance sociale ».

Briscarde de la récup’, Martine « bouffe et s’habille dans la poubelle ». Après une mauvaise expérience professionnelle, elle préfère s’adonner à l’art de la débrouille. « J’adore ça, c’est un choix aussi. Avant j’avais honte, maintenant c’est fini. Pour moi, c’est une solution pour rester libre ». Karim, moins radical, reste partagé : « le marché là-bas, c’est bien. Mais il y a un petit décalage. Le biffin ne veut pas des horaires fixes, et d’un seul jour par semaine ». Pour Mohamed Zouari de Sauve-Qui-Peut, il ne faut pas demander la lune : « on n’a déjà plus besoin de se sauver comme des voleurs ».

Biffins ou marchandises « tombées du camion » ?

Martine et Karim préfèreraient un espace autogéré par les biffins eux-mêmes. Pascale Chouattra ne s’y oppose pas, tout en admettant qu’entrer dans la loi impose des contraintes. Elle regrette que le carré ne donne pas envie à d’autres arrondissements. Pourquoi ne pas envisager une telle initiative dans le nord-est parisien ? Parce qu’il ne s’agit pas vraiment de biffins, répond la municipalité du 20ème. Plutôt des personnes précaires qui s’adonnent au trafic de marchandises neuves « tombées du camion ». Sans nier l’existence de ce trafic, pour Samuel Lecoeur, c’est une façon de couper court à tout dialogue et de « dénigrer des revendications légitimes » : la meilleure manière de lutter contre les marchandises volées est d’organiser des lieux de vente autorisés, explique-t-il.

En octobre, un conseil d’arrondissement qui devait voter l’implantation d’un « carré Biffins » dans le 20ème a été annulé, suite à la manifestation de riverains, commerçants et puciers hostiles au projet. « On paye des impôts, c’est une concurrence déloyale », s’énerve Patrice, pucier de la Porte Montreuil. « Au lieu d’institutionnaliser la misère, on veut trouver des débouchés », se défend le cabinet du maire du 20ème.

Du « biffin développement durable » ?

Le seul projet réellement envisagé est une déchetterie-ressourcerie. Un lieu où chaque habitant peut apporter un objet ménager destiné à la poubelle, pour le réparer ou le transformer. Si le principe de non-gaspillage est loué par les soutiens aux biffins, il ne correspond pas selon eux à leurs besoins. « C’est comme si on disait à des personnes handicapées, on ne peut pas faire des C.A.T [Centres d’aide par le travail [3]] mais vous pourrez acheter des glaces bio. C’est refuser une réponse sociale pour plaire à son électorat », déplore un élu de Paris.

L’activité de revente de produits recyclés devrait pourtant intéresser les élus de Paris si enclins à vanter l’écologie et le traitement des déchets. « Les biffins sont écolos, ils vont avec le Grenelle de l’environnement. C’est le "biffin développement durable, lien solidaire, économie verte" », estime Samuel Lecoeur. Peut-être les enjeux sont-ils ailleurs. En 2007, le contrat de sécurité du 18ème spécifie les relevés de tonnage des affaires des biffins. Un traitement par la Direction Propreté de la Ville pourrait profiter aux entreprises qui gèrent les déchets ménagers, comme au Syndicat intercommunal des ordures ménagères de l’agglomération parisienne (Syctom), dont le président est adjoint au maire de Paris, chargé de la propreté. Direction de la propreté et biffins seraient-ils en compétition ?

Paris sans biffins ?

Pour Frédérique Calandra, maire du 20ème, ce n’est pas aux quartiers populaires d’assumer une fois de plus les inégalités. « C’est facile de dresser les uns contre les autres, si on veut gérer des problèmes de population aisée, on se fait élire dans le 16ème », rétorque Bernard Jomier. L’élu écologiste admet que la cohabitation avec un marché de la pauvreté peut être difficile. Mais les attaches des biffins sont dans les quartiers populaires. Raison de plus, selon lui, pour dialoguer avec les biffins. Il prône une politique globale de répartition des espaces autorisés. « On ne peut pas mettre 500 revendeurs au même endroit, il faut une mixité sociale. Que l’on crée des marchés ailleurs ! Pourquoi pas dans le 17ème, au niveau des Batignolles ? » propose-t-il. Martine ne manque non plus d’idées :« Toute l’année y’a des brocantes, ça ne dérange personne ! Les terre-pleins de Belleville, Couronne, Ledru-Rollin, Bastille, il y a de quoi faire ! »

Cela ne semble pas d’actualité. En 2008, le maire de Paris Bertrand Delanoë a déclaré que les Parisiens ne lui demandent pas d’organiser des marchés aux biffins. « Le problème, poursuit-il, c’est que ça commence à 20, 30 et après ils sont des milliers [4] ». Les biffins font-ils tâche dans le décor parisien ? Pour Martial, Bertrand Delanoë veut faire « un Paris pour bobos », avec des vide-greniers le dimanche. Et pas de biffins au cœur de la ville. Aux portes de Paris, éventuellement. Sauf qu’aucune place ne leur est destinée dans les plans dugrand projet de rénovation de l’agglomération parisienne.

L’attraction des promoteurs immobiliers se fait au détriment « des espaces tolérés depuis un siècle pour les biffins », explique Samuel Lecoeur. Résultat : « tu as les flics du 93 qui les poussent vers le pont et ceux de Paris qui les poussent vers le périphérique. Alors, où vont-ils aller ? » A ceux qui ont oublié que la révolte tunisienne a commencé par la répression d’un vendeur à la sauvette, Danie, biffine depuis vint ans, prévient : « ça va faire comme en Tunisie, les gens vont se révolter ! »

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 15:18

Ce sont des lieux où les toxicomanes viennent s'injecter leur drogue sous l'œil d'une équipe médicalisée. Destinés aux drogués les plus précarisés, ces "centres d'injection supervisée" ou "salles de shoot" existent dans plus de quarante-cinq villes de huit pays, dont l'Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Espagne, la Norvège et la Suisse. Pas en France. Dans l'Hexagone, elles suscitent le débat. Certains veulent les expérimenter; d'autre pas. Fin août Matignon avait tranché, François Fillon estimant que ces lieux n'étaient "ni utiles, ni souhaitables".



Dans un rapport remis vendredi, des élus locaux de droite, de gauche et centristes demandent que l'Etat adopte les mesures juridiques permettant l'ouverture, "au moins à titre expérimental". Un pro et un anti "salles de shoot" défendent leur position pour TF1 News.

POUR : "Livrés à eux-mêmes, ils ne peuvent pas s'en sortir"

"Elles sont 'utiles et souhaitables' à plusieurs niveaux. D'abord, elles permettent de réduire les pratiques à risques chez les toxicomanes : overdoses, transmission du VIH, des hépatites et autres infections qu'on peut attraper quand on se fait des shoots dans la rue. Les usagers concernés par ces salles ne sont pas ceux qui ont un chez-soi ; ce sont les autres. Ceux qui consomment dans des caves, des parkings, des cages d'escalier se prennent la violence de plein fouet. Très précarisés, ils sont exclus de tout dispositif de santé.
 
Les salles de consommation, c'est une main qu'on leur tend pour avoir accès au système de soins. Ces salles leur permettraient de consommer de manière digne et hygiénique. C'est une première marche car en les amenant directement au sevrage, c'est la rechute garantie. Attention, ce ne sont pas des lieux qui poussent à la consommation de drogue comme on peut l'entendre, c'est prouvé.
 
Il y a effectivement une salle où l'usage peut aller consommer sous la supervision d'un professionnel mais ce n'est qu'une petite partie de ce qu'offrent ces centres. Tous là pour aider le toxicomane à s'en sortir notamment via le biais de rencontre avec des professionnels, psychiatres, psychologues, assistante sociale, infirmier... C'est parce qu'on va entourer la consommation de chaleur humaine, de professionnalisme et de dignité, qu'on va les aider petit à petit à relever la tête de l'eau. Livrés à eux-mêmes, dans la rue et sa violence, ils ne peuvent pas s'en sortir.
 
Ces lieux ne sont pas des no man's land de la drogue comme on voudrait le faire croire. Effectivement, les toxicomanes ont le droit de consommer à l'intérieur de la salle mais le deal est fortement réprimé à l'extérieur comme à l'intérieur. Actuellement à Paris, il y a des quartiers qui sont envahis par la consommation de drogue.
 
Pourquoi est-ce si difficile à installer en France alors que ces salles ont montré leur efficacité à l'étranger ? Je pense qu'il y a dans notre pays des politiques, très conservateurs sur le sujet, qui restent sur une position idéologique qui passe avant la position pragmatique et humaniste. On est bien sûr tous d'accord qu'il ne faut absolument pas banaliser l'usage de la drogue et ces salles ne le font pas. Mais la question est de savoir comment on lutte efficacement et humainement contre lesdrogues. Les opposants oublient cela."

 

 

"Nous obtenons déjà de bons résultats"

"Ces salles ne sont 'ni utiles ni souhaitables' parce qu'en France, il existe déjà un dispositif assez complet de prise en charge des toxicos-dépendants : 200 structures de soin dédiées aux usagers dedrogues, des centres d'accompagnement, de prévention à l'addictologie, dont un centre à Paris entièrement dédié au crack... Mis en place par les gouvernements de gauche comme de droite depuis une vingtaine d'années, ce dispositif connait des résultats très probants. Le nombre de toxicomanescontaminés par le virus du sida a été divisé par 4 en 15 ans ; le nombre d'overdoses mortelles divisé par 5 ; c'est le taux le plus bas d'Europe. La seule différence avec les "salles de shoot" : lestoxicomanes ne peuvent pas y apporter leur héroïne. Je souligne par ailleurs qu'il y a moins de 80 "centres d'injection supervisée" dans le monde. Si c'était la solution miracle, tous les pays y auraient évidemment recours. 
 
En France, notre politique est fondée sur l'interdiction, le sevrage et la réduction des risques, comme le recommande d'ailleurs les Nations unies. Nous obtenons ces bons résultats sans pour autant briser le tabou de l'interdit de la drogue. Ces salles, c'est une brèche ouverte dans la politique française d'interdiction de sevrage et de réduction des risques. On peut par ailleurs considérer qu'en rendant l'usage de la drogue plus confortable, on aboutit à retarder l'accès au traitement de la dépendance, et même encourager la consommation, voire initier de nouveaux usagers... 
 
Autoriser des salles d'injection dans notre pays, c'est changer de système ! Comment l'Etat peut-il en même temps interdire l'usage de stupéfiant et permettre aux toxicomanes de se droguer sous son contrôle, même médical ? Il y a là une incohérence totale ! Pour la surmonter, il faudrait dépénaliser les drogues, comme le préconisent ceux qui soutiennent l'ouverture de ces salles d'injection ; mais aussi pourquoi ne pas fournir l'héroïne dans les salles de shoot pour que celle-ci soit de qualité supérieure et soit moins risquée, etc... C'est inconcevable ! Le message que nous devons diffuser, c'est celui de l'interdit, c'est celui du sevrage. Notre vocation en tant de pouvoir public est de sortir les jeunes de la drogue et non pas les aider à se droguer proprement. C'est fondamentalement différent.
 
Les villes qui ont ouvert des salles d'injection avaient des endroits qui étaient des scènes ouvertes de la drogue. Des centaines de toxicos se droguaient dans des jardins ou places publics sous les yeux de tout le monde. Les édiles ont fait en sorte que ces toxicomanes se shootent cachés. Nous n'avons pas de tels endroits en France. Autre argument : des salles de shoot nécessitent un consensus des forces politiques mais aussi chez les différentes institutions comme la police et la justice. Le procureur de la République de Paris a rappelé que l'ouverture de tels centres pourrait être assimilée à de la complicité pour usage de stupéfiants. Les médecins sont également divisés sur le sujet."

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 22:22

Nancy :les skins font des petits

Première sortie publique des Autonomes lorrains le 9 mai 2010 à Paris lors de la « fête de Jeanne d’Arc» Capture d’écran You Tube
 

 

Actualisé à 18h30

Dans notre édition du jour, nous évoquions l'interpellation de 13 personnes dans les milieux d'extrême droite à Nancy. 6 skinheads sont mineurs.

ls ont donné du fil à retordre aux policiers. Il a fallu mobiliser l’ensemble des services de la Sûreté départementale de Meurthe-et-Moselle pour identifier ces bandes à tiroirs affiliées aux « Autonomes lorrains » qui terrorisaient certains des noctambules nancéiens. Tout particulièrement les étudiants trop marqués à gauche à leur goût (lire plus bas notre édition du jour ) comme ceux de l’Unef.

« T’es juif ? »

Ce qui frappe chez ces « nouveaux fascistes », c’est leur jeune âge : plus de la moitié des « skinheads » interpellés par la police lundi matin à Nancy, Custines, Dieulouard ont moins de 18 ans (6 sur 13) ! Six d’entre eux, dont trois mineurs, seront déférés aujourd’hui et présentés à juge d’instruction. Le parquet, qui ouvre une information judiciaire pour « violences volontaires aggravées », a demandé un placement en détention provisoire pour quatre d’entre eux.

Ces violences sont considérées comme « aggravée » parce qu’elles ont été commises en réunion et que l’une d’elles revêtirait un caractère antisémite. « Ils ont demandé à leur victime si elle était juive », précise le vice-procureur Amaury Lacôte. Leurs motivations seraient « idéologiques » assimilant leur traque aux gauchistes à une entreprise de « préservation de l’Occident ».

Outre des armes blanches, des battes et un pistolet à billes, des tracts et du matériel de propagande ont été saisis à leur domicile, dont un T-shirt « fait main » représentant un camp de concentration barré de la sinistre devise nazie : « Arbeit macht frei ». L’enquête ouverte en fin d’année dernière portait sur 12 faits commis entre la fin de l’année 2009 et début 2010 dans la cité ducale, principalement dans le secteur de la vieille ville et de la place Carnot. Leur dernière victime croisée dans la nuit du 29 au 30 janvier porte Héré à Nancy a bénéficié d’une ITT de 45 jours.

"Flamby, le leader"

Étudiant en droit en Master 1, spécialisé en « sciences politiques » à Nancy 2, Charles R. 23 ans est « pion » dans un établissement privé du centre-ville. Ceux qui le côtoient étaient loin d’imaginer qu’avec « sa bonne tête » et son look de « minet », « Flamby », son surnom, « fasse partie des « Autonomes lorrains ».

« Il avait deux visages. Sur son lieu de travail, il était sympa, sociable, il avait d’ailleurs un très bon contact avec les élèves. mais à l’extérieur, il était différent. Parfois, je le voyais avec ses potes aux looks de skinheads... Je n’osais pas aller le saluer », témoigne une de ses connaissances. « Le lundi, des fois, il était tout beugné. Il m’a confié être un adepte de la baston. Il m’a raconté qu’un jour, alors qu’il était chez des amis, il était monté au dessus pour corriger les voisins trop bruyants. Comme il se prédestinait au métier d’avocat, je lui avais demandé s’il n’avait pas peur de griller son avenir ».

Lire demain dans nos éditions papier l'article de Saïd LABIDI

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 Article paru ce matin

La police vient d’effectuer une série d’interpellations dans les milieux d’extrême droite. Treize personnes soupçonnées d’avoir participé à des passages à tabac fin 2010 et début 2011 ont été arrêtées à leur domicile hier matin, à Nancy et dans plusieurs communes du nord de l’agglomération, dont Custines et Dieulouard, avant d’être placées en garde à vue à l’hôtel de police du boulevard Lobau. Ce vaste coup de filet qui a mobilisé l’ensemble des services de la Sûreté départementale intervient dans le cadre d’une enquête ouverte en fin d’année dernière pour « violences volontaires en réunion ». Selon nos informations, (policiers et magistrats ne souhaitant pas communiquer pour l’heure) une partie des personnes actuellement en garde à vue serait liée aux « Autonomes lorrains ».

« Flamby » le leader

Comme nous le révélions dans nos colonnes (ER du 9 novembre), ce groupuscule violent d’extrême droite s’est illustré en marge des manifestations contre la réforme des retraites par de violentes agressions. Leur cible : les militants de gauche en général, ceux de l’UNEF en particulier. Les membres du RESF (Réseau éducation sans frontière) sont les premiers à les avoir vus de près lors de cercles de silence organisés chaque semaine place Stanislas. Ces « Autonomes lorrains » dont certains arborent un look skinhead ont tenté à plusieurs reprises de perturber ces rassemblements. Ils sont surtout soupçonnés d’être les auteurs de plusieurs agressions gratuites commises dans les rues de Nancy en ce début d’année. L’enquête porte sur une quinzaine de faits au total.

Nous savons également que Charles R. figure parmi les personnes actuellement entendues par les enquêteurs. Surnommé « Flandy », cet étudiant en droit est considéré comme le « leader » de ce groupuscule d’extrême droite. Charles R. est à l’origine d’une demande de manifestation déposée en préfecture l’an dernier. Ce défilé « pour la paix » prévu le 13 novembre 2010 devait officiellement rassembler jeunes Français et jeunes Allemands. Un rassemblement transfrontalier « d’autonomes » fascisants en réalité selon les associations antiracistes et la LDH qui s’étaient mobilisées pour demander son interdiction. Charles R. avait lui-même retiré sa demande par un simple un coup de fil.

Saïd LABIDI

 


 

article paru le 09/11/2011

Les nouveaux fascistes

Un groupuscule violent d’extrême droite sévit à Nancy depuis plus d’un an. Les militants du RESF et de l’Unef sont ciblés.

 

Un groupuscule violent d’extrême droite sévit à Nancy depuis plus d’un an. Les militants du RESF et de l’Unef sont ciblés.Ils ne seraient qu’une poignée et la plupart d’entre eux seraient mineurs. Ils se sont quand même fait remarquer le 9 mai dernier à Paris en défilant derrière une banderole à leur nom lors de la traditionnelle manifestation nationaliste en l’honneur de Jeanne d’Arc. Les « Autonomes lorrains » s’étaient d’abord illustrés en 2008 à Nancy par des tags et des autocollants islamophobes. Et dès l’année suivante, par des actions violentes. Ce groupuscule informel d’extrême droite qui se définit comme « un collectif régional pour la défense des valeurs de la civilisation occidentale » s’en prend physiquement aux militants de gauche. Nous avons retrouvé plusieurs de leurs victimes.
Mai 2009, Christian Poirson, militant PCF, vice-président du CAFAR 54 (Comité antifasciste et antiraciste) participe à un cercle de silence du RESF (Réseau éducation sans frontière), place Stanislas. « On a vu arriver cinq, six jeunes, pas spécialement des skins. Ils avaient le visage couvert par des capuchons. L’un d’eux m’a arraché mon badge du PCF. Le mois suivant, ils étaient plus nombreux et les crânes rasés étaient plus visibles. Mais la police était là ». 
Le 14 novembre 2009, Maxime Sachay, « militant antifasciste », participe avec la Chorale des sans nom à une manifestation « bon enfant » en faveur de l’IVG, en réaction à un rassemblement anti avortement. Lui et quatre de ses amis se font passer à tabac devant la cathédrale aux cris de « bande de sales rouges ». Il dit aussi avoir reçu un coup de matraque en marge de l’une des manifestations contre la réforme des retraites. Quelques semaines plus tard, une dizaine d’«autonomes » se rendent à son domicile et fracturent la porte de son immeuble et celle de son appartement avant de s’enfuir. Depuis, le groupe est revenu chez lui à deux reprises. Le 29 octobre 2010, ils ont brisé les vitres de son appartement.
Février 2010 Stéphane D., militant Unef sort des caves du Roy. Place Stanislas, un groupe l’interpelle par son nom. Et le tabasse. Ses deux agresseurs ont le crâne rasé et chaussent des « rangers à lacets blancs ». Ce détail est corroboré par Sandra, une militante Unef de la fac de lettres, qui se déplace en fauteuil roulant.
Samedi 23 octobre, alors qu’elle fume une cigarette devant sa cité U, elle est jetée à terre, aspergée de gaz lacrymogène et violemment frappée par deux individus. « Ils m’ont dit : on t’a reconnue sale gauchiste. On ne veut plus te voir en tête de cortège… Ils me connaissaient par cœur ! » 
Les Autonomes lorrains disposent d’un site animé par les « Nationalistes autonomes ». Ils démentent être les auteurs de cette agression. Toujours sur ce site, il est possible d’imprimer des autocollants et des pochoirs de propagande. L’Unef est clairement ciblée. On peut aussi voir la vidéo de leurs participations au défilé du 9 mai à Paris et à une marche de soutien Outre-Rhin à la mémoire d’un militant autonome allemand « assassiné ».Looks extrêmesInsaisissables, les autonomes brouillent les pistes puisqu’ils reprennent les codes vestimentaires de l’extrême gauche. Sur les vidéos, on les voit porter des casquettes, parfois même des écharpes palestiniennes !
Ils calquent également leur mode d’organisation sur celui des groupes indépendants de la gauche autonome, comme les« black blocks», ces groupements d’individus masqués bien connus au sein des manifestations altermondialistes. Les autonomes lorrains étaient en marge des manifestations contre les retraites.
Les autonomes lorrains se disent « indépendants des mouvements existants » et affirment agir « au sein d’une section sans lien avec les autres groupes d’autonomes ». 
Leur discours comporte une dimension « sociale » et « anticapitaliste » assez marquée. Sociale ET nationale
La blogosphère locale s’est beaucoup intéressée à ces autonomes, sur le Forum social local notamment. 


Manifestation du 13 novembre


Un homme  a déposé une demande à la préfecture pour un défilé destiné à « promouvoir la paix entre la France et l’Allemagne ».
La manifestation devait se dérouler samedi 13 novembre au départ de la place Carnot. « Fausse identité » et « faux objectifs », selon le CAFAR, RESF et la LDH, qui ont demandé au préfet de ne pas l’autoriser. Selon eux, la manifestation doit rassembler des « autonomes lorrains » et allemands.
« Le 28 octobre 2000, une manifestation avait été autorisée. Elle s’était annoncé assez benoîtement Front de la jeunesse. Elle déambula hérissée de croix celtiques, de banderoles racistes, de cris antisémites, de slogans négationnistes », a écrit Fabienne Marchal, présidente du CAFAR 54, au préfet Dominique Bellion. « Nancy a depuis quinze ans, par les urnes, banni de sa représentation municipale les représentants de l’extrême droite politique organisée. Nos concitoyens ne peuvent pas accepter que les épigones masqués de cette extrême droite reviennent par la rue ». Charles Rémi a finalement annulé sa demande par un coup de fil à la préfecture mercredi.

Saïd Labidi

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 13:19

La loi Pompidou Rothschild de 1973

 

 

Savez-vous quelle est la seule raison de l’hyper-endettement de la France?

 

Aujourd’hui en 2010 la dette de la France s’élève à 1600 milliards d’euros, ce qui nous coûte la somme colossale de 130 millions d’euros par jour!

 

Mais comment en sommes nous arrivés là ?

 

Georges Pompidou fit parti du cercle restreint des proches du général de Gaulle, et cette proximité lui valut d’être nommé chef de son cabinet d’avril 1948 à 1953.

 

En 1953, il entra à la banque Rothschild, où il occupa rapidement les fonctions de directeur général et d’administrateur de nombreuses sociétés. Ce fut pour lui l’occasion de participer à la vie économique du pays, d’accroître le champs de ses compétences et d’établir un éventail plus large de relations.

 

Le général de Gaulle élu à la présidence, Georges Pompidou retourna pendant quelques temps vers le monde de l’entreprise en réintégrant la banque Rothschild.

 

Georges Pompidou s’installa à l’Élysée le 15 juin 1969. Son mandat fut écourté par son décès le 2 avril 1974 à Paris.

 

3 janvier 1973, réforme de la Banque de France.

 

Dans la loi portant sur la réforme des statuts de la banque de France, nous trouvons en particulier cet article 25 très court, qui bloque toute possibilité d’avance au trésor :

 

« Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France. »

 

Ce qui signifie que l’article 25 de la loi 73-7 du 3 janvier 1973 (surnommé loi Rothschild) interdit à la Banque de France de faire crédit à l’État, condamnant la France à se tourner vers des banques privées et à payer des intérêts ; alors qu’avant cette loi, quand l’État empruntait de l’argent, il le faisait auprès de la banque de France qui, lui appartenant, lui prêtait sans intérêt.

 

Autrement dit : auparavant, l’État français avait le droit de battre monnaie, et avec cette nouvelle loi, il perd ce droit qui est du même coup légué aux banques privées, qui en profitent pour s’enrichir aux dépends de l’État en lui prêtant avec intérêt l’argent dont il a besoin. Les 1500 milliards représentent uniquement des intérêts.

 

Cette décision correspond à une privatisation de l’argent et ramène la nation au même rang que n’importe lequel de ses citoyens. Si nous avions pu créer notre monnaie — faire exactement ce qu’ont le droit de faire les banques privées — la dette publique serait quasiment inexistante aujourd’hui.

 

Georges Pompidou a été le directeur général de la banque Rothschild ; il en était le valet, il n’est par conséquent pas étonnant qu’il ait fait cette loi du 3 janvier 1973 qui interdit à l’État français de battre monnaie et qui a endetté la France d’une façon structurelle et incommensurable auprès de banques privées comme la banque Rothschild. Depuis cette date, la dette publique et le chômage n’ont fait qu’augmenter : ce fut la fin des 30 glorieuses. Sans cette dette il n'y aurait pas de problème des retraites.

 

L’article 25 de la loi 73-7 du 3 janvier 1973 n’a plus cours. Il a été abrogé avec Maastricht le 1 janvier 1994.

 

Il a été remplacé par un l’article 104 du Traité de Maastricht qui est bien plus qu’une loi nationale, puisqu’il s’agit d’un traité au niveau international européen, et qui est donc plus contraignant encore puisqu’il est plus difficile d’en sortir. Puis avec le traité de Lisbonne, cette loi (devenue l’article 123 du traité de Lisbonne) est passée carrément au niveau constitutionnel de l’Europe. 

 

 

Pour sortir de cette situation cauchemardesque et du parasitisme des banques privées, il faut donc absolument sortir de l’Union Européenne.

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 03:55

 La démonstration de Kaczynski

1.1 Panorama général : la misère de la société industrielle réclame une révolution.

Dès le premier paragraphe, Kaczynski rentre dans le vif du sujet :

Les conséquences de la révolution industrielle ont été désastreuses pour l'humanité.

Les conséquences de la révolution industrielle ont été désastreuses pour l'humanité. Pour ceux d'entre nous qui vivent dans les pays « avancés » l'espérance de vie s'est accrue, mais la société a été déstabilisée, la vie privée de sens, les hommes ont été livrés à l'humiliation, la souffrance psychique s'est généralisée — souffrance qui est également physique dans le tiers monde — et enfin le monde naturel été gravement détérioré. Le développement accéléré de la technologie va empirer les choses et sans aucun doute infliger aux hommes des humiliations plus graves encore et à la nature de plus grands dommages ; il va probablement accroître la désagrégation sociale et la souffrance psychique, et peut-être augmenter la souffrance physique, même dans les pays « avancés ».

Kaczynski ne nuancera pas ces propos. Après avoir avancé que le système industriel-technologique ne peut survivre qu’ « au prix d'une réduction définitive des hommes, et de beaucoup d'autres organismes vivants, à l'état de produits manufacturés, simples rouages de la machine sociale. » et que son effondrement sera dans tous les cas douloureux, mais d’autant plus douloureux qu’il interviendra plus tardivement, Kaczynski en tire la conclusion qui s’impose : « Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. »(paragraphe 4).

Mais cette « révolution » ne devra pas être « politique » elle devra s'attaquer, directement « aux bases économiques et technologiques de la société actuelle » et surtout elle devra s’émanciper de toute référence au « gauchisme » ou au « progressisme ».

1.2 Le « progressisme » ou le « gauchisme » sont des signes de cette misère.

Passée cette courte introduction, Kaczynski se livre en effet à une critique féroce du gauchisme, lequel repose selon lui sur la haine de soi et sur la « sur-socialisation ».
Dans une inspiration que l’on pourrait qualifier de « Nietzschéenne » Kaczynski estime que cette « haine de soi » conduit les « gauchistes » à d’identifier aux groupes qu’ils jugent inférieures (voir le paragraphe 13) et à haïr « ce qui renvoie une image de force, d'habileté et de réussite » (paragraphe 15).

Des gauchistes sur la nef des fous !

Quant à la sur-socialisation, (paragraphe 24 : « Les psychologues utilisent le terme de «socialisation» pour désigner le processus d'apprentissage par lequel on fait passer les enfants, afin qu'ils pensent et qu'ils agissent comme l'exige la société. »), Kaczynski estime qu’elle conduit de nombreux individus à « …se leurrer sans cesse sur leurs propres mobiles et trouver des explications morales à des sentiments et à des actions qui, en réalité, ont une autre origine. »
De nombreux gauchistes rentrent pour lui dans cette catégorie des individus « sursocialisés », ce qui explique leur « haine de soi », et sous l’apparence d’une rébellion superficielle, révèle un profond conformiste, un attachement au fonctionnement actuelle de la société, à la morale et aux conventions dominantes.

A la première lecture, on ne saisit pas immédiatement le lien entre cette critique du « gauchisme » et le thème général du livre : les gauchistes seraient sur-socialisés et pas biens avec eux-mêmes… Et alors ? Quel rapport avec la société industrielle ?
Kaczynski explique ce « rapport » de manière plus explicite à partir du paragraphe 213. D’une part, il veut nous faire comprendre qu’il ne faut pas compter sur les gauchistes pour entreprendre une véritable révolution, car ce sont en fait des conformistes attachés au fonctionnement la société actuelle et d’autre part que les diverses luttes engagées par les progressistes détournent l’attention du principal objectif révolutionnaire qui est l’abolition du système industriel. Cet aspect ressort tout particulièrement dans sa nouvelle de 1999 « La nef des fous ».

1.3 Le processus de pouvoir, besoin humain fondamental, est décrit.

Après sa critique du gauchisme, Kaczynski en vient au cœur de son argumentation, la description de ce qu’il nomme « le processus de pouvoir » (également traduit par « processus d’auto-accomplissement »). Paragraphe 33 :

Les êtres humains ont le besoin, sans doute biologique, de quelque chose que nous appellerons le « processus d'auto-accomplissement ». Il s'agit d'un besoin voisin du besoin de puissance, dont l'existence est largement reconnue, sans que ce soit exactement la même chose. Ce processus d'auto-accomplissement comporte quatre composantes. Nous nommerons but, effort et réalisation les trois composantes les plus aisément identifiables — tout le monde a besoin de buts qui exigent des efforts pour être atteints, et de réussir à en atteindre au moins quelque uns. La quatrième composante est plus délicate à définir et n'est peut-être pas indispensable à tout le monde ; il s'agit de l'autonomie, dont nous parlerons plus loin (paragraphes 42-44).


La pyramide de Maslow

Kaczynski veut montrer que l’être humain a besoin d’accomplir certains efforts pour parvenir a ses buts. S’il ne rencontre aucune difficulté à surmonter, il sombre dans l’ennui. Évidemment s’il ne rencontre que des difficultés insurmontables, le découragement le guette ou même la mort si les objectif poursuivit son vitaux. Kaczynski en rend compte au paragraphe 37 :

Pour éviter de sérieux problèmes psychologiques, un homme doit donc se donner des buts qui supposent des efforts pour être atteints, et il doit connaître un minimum de succès dans la poursuite de ses buts.

...et au paragraphe 59 :

Nous divisons les aspirations humaines en trois catégories : 1) celles qui peuvent être satisfaites à l'aide d'un effort minime ; 2) celles qui peuvent être satisfaites, mais au prix d'efforts sérieux ; 3) celles qui sont impossibles à satisfaire, quels que soient les efforts fournis. L'auto-accomplissement est le processus qui consiste à satisfaire les aspirations de la deuxième catégorie. Quant à celles de la troisième, plus elles sont nombreuses, plus sont fréquents la frustration, la colère, le défaitisme, la dépression, etc.

1.4 Le processus de pouvoir est bloqué dans la société industrielle, il en résulte une multitude de « problèmes sociaux ».

D’après Kaczynski dans la société industrielle, les efforts accomplit concernent le plus souvent des buts « non essentiels », c'est-à-dire (non vitaux) sans rapport avec la satisfaction des nécessités de la vie. Kaczynski les nomme les « activités de substitutions » au paragraphe 39 :

Nous utiliserons l'expression «activité de substitution» pour désigner une activité dirigée vers un but artificiel que les gens se donnent à seule fin d'avoir un but quelconque à poursuivre, et surtout pour le sentiment de «réalisation» qu'ils retirent de cette activité. …

Ces activités de substitution se multiplient lorsque les efforts devant être engagés pour atteindre les buts essentiels diminuent, paragraphe 40 :

Dans la société industrielle moderne, la satisfaction des besoins matériels ne requiert qu'un minimum d'efforts. Il suffit de suivre une formation qui dispense un petit savoir-faire technique, puis d'arriver à l'heure au travail et de déployer le peu d'effort nécessaire pour conserver ce travail. Une intelligence moyenne et, par-dessus tout, la soumission : voilà tout ce que la société demande, ensuite de quoi elle prendra soin de vous, depuis le berceau jusqu'à la tombe.

Mais les activités de substitutions sont moins satisfaisantes, paragraphe 41 :

Pour beaucoup, si ce n'est pour la majorité, les activités de substitution sont en réalité moins satisfaisantes que ne le serait la poursuite de buts authentiques — c'est-à-dire de buts qui existeraient même si le besoin d'auto-accomplissement n'était pas frustré. …

Par ailleurs Kaczynski estime que la plupart des gens ont besoin d’un minimum d’autonomie, de commandement et de contrôle dans la réalisation de leurs objectifs, pour acquérir confiance et estime d’eux-mêmes. Cette autonomie reste compatible avec l’action de petits groupes, mais ne peut se concilier avec les commandements d’une hiérarchie ou avec l’action d’un groupe si important que le rôle des différents individus pris isolément y devient insignifiant. La société industrielle ne permettrait pas cette autonomie dans la réalisation des buts. Il en résulterait la variété des problèmes sociaux que Kaczynski décrit au paragraphe 44 :

Pour quiconque n'a pas l'occasion de mener à bien le processus d'auto-accomplissement, les conséquences, qui dépendent de l'individu et de la manière dont ce processus est perturbé, sont l'ennui, la démoralisation, la dépréciation de soi, les sentiments d'infériorité, le défaitisme, la dépression, l'anxiété, la culpabilité, la frustration, l'hostilité, la violence envers sa femme ou son enfant, l'hédonisme insatiable, les déviations sexuelles, les troubles du sommeil ou de l'appétit, et ainsi de suite.

Ces « problèmes sociaux » trouvent leur origine dans l’impossibilité de réaliser le processus du pouvoir dans les sociétés modernes1, et plus généralement, paragraphe 46 :

…dans le fait qu'elles imposent des conditions de vie radicalement différentes de celles qui ont permis l'évolution de l'espèce humaine, et des modes de comportement en rupture avec ceux des hommes d'autrefois. …

Comme, paragraphe 47 :

…la densité excessive de la population, la séparation de l'homme et de la nature, l'extrême rapidité des transformations sociales et l'effondrement des petites communautés naturelles telles que la famille élargie, le village ou la tribu.

Paragraphe 48 :

…De plus, la technologie aggrave les conséquences de la promiscuité en donnant aux gens la possibilité de nuire à leurs semblables. Par exemple, tout un arsenal d'appareils bruyants : tondeuses à gazon, postes de radio, motos, etc. Si l'utilisation de ces engins n'est pas réglementée, les gens qui veulent la paix et la tranquillité sont excédés par le bruit. Si leur emploi est limité, les gens qui les utilisent se sentent frustrés. Mais si ces machines n'avaient jamais été inventées, il n'y aurait eu ni conflit ni frustration.

Et paragraphe 49, enfin :

La nature, qui change très lentement, procurait un cadre stable aux sociétés primitives, et donc un sentiment de sécurité. Dans le monde moderne, c'est au contraire la société humaine qui domine la nature, et les changements technologiques modifient rapidement cette société. Il n'y a donc plus de cadre stable 2

surpopulation et perte d'autonomie individuelle

La surpopulation n’est pas pour Kaczynski le facteur essentiel de la « multiplication des problèmes actuels » qui tiennent davantage au fait que ces changements technologiques sont « imposés » à l’homme moderne. Kaczynski cite en contre-exemple les pionniers américains qui avaient selon lui le sentiment de transformer eux-mêmes leur environnement et donc accomplissaient par là même le « processus de pouvoir ».
Au contraire, la société moderne ne permet pas l’accomplissement du « processus de pouvoir ». Elle tente vainement d’y parvenir en créant des besoins artificiels, qui inciteront les individus à faire davantage d’efforts, à travailler davantage pour les satisfaire, paragraphe 63 :

… de sérieux efforts sont en effet requis pour gagner l'argent nécessaire à la satisfaction de ces faux besoins, des techniques de publicité et de marketing ayant été mises au point pour convaincre les individus qu'il leur faut absolument ces objets que leurs grands-parents n'auraient jamais désirés ni même rêvés…

Mais, paragraphe 64 :

Il semble que pour beaucoup de gens, peut-être la majorité, ces formes artificielles d'auto-accomplissement soient insuffisantes.

Mais nous pensons que, pour la majorité des gens, une activité dont l'objet principal est la réalisation de soi (c'est-à-dire une activité de substitution) ne peut procurer une réalisation de soi pleinement satisfaisante. En d'autres termes, elle ne peut satisfaire entièrement le besoin d'auto-accomplissement (voir paragraphe 41): on ne peut le satisfaire vraiment que par des activités ayant quelque but extérieur, comme les besoins matériels, la sensualité, l'amour, le prestige, la vengeance, etc.

Kaczynski remarque que, outre le manque général d’autonomie qu’elle implique, la société moderne ne permet pas aux efforts individuels de satisfaire un besoin aussi essentiel que le besoin de sécurité, paragraphe 67 :

…Nos vies dépendent de décisions prises par d'autres ; nous n'avons aucun contrôle sur ces décisions et nous ignorons souvent même le nom des gens qui les prennent. («Nous vivons dans un monde où les décisions importantes sont prises par relativement peu de gens — peut-être 500 ou 1.000, Philip B. Heymann, de la Harvard Law School, cité par Anthony Lewis, The New York Times, 21 avril 1995.) Nos vies dépendent du respect des normes de sécurité dans les centrales nucléaires, du taux de pesticides toléré dans nos aliments, du degré de pollution de l'air, de la compétence (ou de l'incompétence) de notre médecin. Le fait d'obtenir un emploi (ou de le perdre) dépend de décisions prises par les économistes du gouvernement ou par les dirigeants des grandes entreprises, etc. La plupart des individus ne peuvent guère se soustraire à ces dangers. Le besoin individuel de sécurité est donc frustré, provoquant ainsi un sentiment d'impuissance.

Kaczynski reconnaît qu’objectivement, l’homme primitif était matériellement moins en sécurité, mais, comme cette sécurité dépendait de ses efforts (et de celle du groupe restreint dans lequel il était inséré), il pouvait parvenir à un plus grand sentiment de sécurité.
Kaczynski remarque encore que par les règlements qui lui sont nécessaires, (non violence, conformisme etc…) la société moderne contraint fortement les individus, même si elle parait à certains égards permissive. Ces contraintes ajoutées au non accomplissement du processus de pouvoir entraînent insatisfactions et regrets qui s’accumulent aux différents âges de la vie (paragraphes 71 à 75).
Kaczynski admet que la société permet à certains individus de s’adapter au moins partiellement, parce que leur besoin d’accomplissement est très faible ou, parce que tout en étant très fort, il trouve sa satisfaction dans la conquête du prestige social. L’adaptation est également possible parce que certains se satisfont des faux besoins et des acquisitions matérielles, ou du processus de pouvoir vécu « par procuration », à travers les victoires d’un pays, d’une organisation ou d’un groupe (paragraphe 83). Mais, selon Kaczynski, cette adaptation est dans tous les cas incomplète et elle ne permet pas de justifier la société industrielle, car (paragraphe 86) :

Mais même si la plupart des gens étaient satisfaits de la société industrielle-technologique, nous (FC3) lui resterions hostiles parce que, entre autres raisons, nous trouvons dégradant que l'individu soit condamné à des activités de substitution ou à s'identifier à une organisation pour tenter de mener à bien son auto-accomplissement, faute de buts réels à poursuivre.

Pour Kaczynski, la science est également une activité de substitution, lié au besoin de réalisation personnelle des scientifiques et n’a souvent pas de lien avec la curiosité ou avec le bien de l’humanité. Ainsi donc, paragraphe 92 :

La science poursuit donc aveuglément sa marche en avant, sans se soucier du véritable bien-être de l'espèce humaine (ni de quoi que ce soit d'autre), obéissant seulement aux besoins psychologiques des scientifiques, des fonctionnaires du gouvernement et des dirigeants de l'industrie qui financent la recherche.

Kaczynski, définit ensuite ce qu’il considère être « l’essence de la liberté » (paragraphe 94) :

Par «liberté» nous entendons la possibilité de mener à bien le processus d'auto-accomplissement, avec des buts réels et non pas artificiels comme ceux des activités de substitution, et sans intrusion, manipulation ou contrôle de quiconque, en particulier d'aucune grande organisation. La liberté signifie la maîtrise — en tant qu'individu isolé ou membre d'un groupe restreint — des questions vitales de sa propre existence : la nourriture, l'habillement, l'habitat et la défense contre toute menace éventuelle. Être libre signifie avoir du pouvoir ; non pas celui de dominer les autres, mais celui de dominer ses conditions de vie. Nous ne pouvons être libres si qui que ce soit, en particulier une grande organisation — nous dirige, quelle que soit la manière dont ce pouvoir s'exerce, avec bienveillance, indulgence ou permissivité. Il est important de ne pas confondre liberté et permissivité.

Et de ce point de vue, la liberté véritable, du moins tel que l’entend Kaczynski n’a que peu de rapport avec les droits garantis dans les régimes « démocratiques ».

1.5 Toute tentative de réforme de la société industrielle est vouée à l’échec, une révolution est nécessaire, elle doit intervenir avant qu’un contrôle total des comportements ne soit mis en place.

Kaczynski discerne dans l’histoire des changements réguliers, constitutifs de tendances à long terme et des changements plus irréguliers, plus erratiques et conjoncturels. Selon lui, les seconds ne peuvent pas véritablement influencer les premiers. Un changement qui ne concerne qu’un aspect de la société, une réforme politique par exemple, est toujours impuissant à infléchir ses véritables tendances. Une société ne peut évoluer que si toutes ses composantes sont affectées par un changement important, mais dans ce cas, il est impossible de prévoir les conséquences de cette évolution.
Les réformes sociales ne feraient donc que retarder ou accélérer des changements inévitables. Pour modifier le cours de la vie sociale, seule une révolution est envisageable, mais ses conséquences sont imprévisibles.
Ainsi, pour Kaczynski, la société industrielle et technologique ne peut être réformée, paragraphe 111 :

Ces principes montrent bien qu'il est vain de vouloir réformer le système pour l'empêcher de restreindre progressivement notre liberté. Depuis la révolution industrielle en tout cas, la technologie a eu constamment tendance à renforcer le système aux dépens de la liberté individuelle et de l'autonomie locale. Aussi un changement visant à protéger la liberté contre la technologie serait contraire à une des tendances fondamentales du développement de notre société. …

Paragraphe 114 :

Comme nous l'expliquions aux paragraphes 65-67 et 70-73, l'homme moderne est empêtré dans un filet de lois et de réglementations, et son sort dépend des agissements d'individus éloignés, sans qu'il puisse influer sur leurs décisions. Ce n'est pas un accident ni un effet de l'arbitraire d'arrogants bureaucrates, cela est nécessaire et indispensable aux sociétés technologiquement avancées. Le système doit réglementer le comportement humain pour fonctionner. Dans leur travail, les gens doivent obéir exactement aux ordres, sans quoi la production tournerait au chaos. Les bureaucraties doivent être régies par des lois rigides. Laisser une marge de manœuvre substantielle aux petits bureaucrates perturberait le système et susciterait des accusations d'injustice dues aux différentes manières dont les bureaucrates exerceraient leur fonction. Il est vrai qu'on pourrait éviter certaines restrictions de notre liberté, mais d'une façon générale l'administration de nos vies par de grandes organisations est nécessaire au fonctionnement de la société industrielle-technologique. …

Et 115 :

Le système doit contraindre les gens à adopter des comportements de plus en plus étrangers au comportement naturel de l'homme. …

La relocalisation des activités dans des groupes plus « restreints », que l’on pourrait considérer comme une solution, est pour Kaczynski incompatible avec le maintien de la technologie actuelle, paragraphe 117 :

…Une société technologique ne peut pas être composée de petites communautés autonomes, parce que la production dépend du concours d'un grand nombre de personnes et de machines. Une telle société doit donc être hautement organisée et des décisions doivent être prises qui affecteront le plus grand nombre. …

Et pour Kaczynski, les bons côtés de la technologie ne peuvent être séparés des mauvais, paragraphe 121 :

La technologie moderne est un système unifié où toutes les parties sont interdépendantes.

Il cite le cas du progrès médical, qui débouchera nécessairement selon lui sur les programmes eugéniques et sur la manipulation génétique des êtres humains (paragraphe 122 à 124).
Plus généralement, la technologie lui semble être une force sociale plus puissante que l’aspiration à la liberté. Il cite l’exemple de l’automobile, paragraphe 127 :

Il arrive fréquemment qu'une avancée technologique qui semblait au départ inoffensive finisse par mettre en péril la liberté. Par exemple, un piéton pouvait autrefois aller où bon lui semblait, à sa propre allure, sans se préoccuper du code de la route ; …
Depuis l'invention de l'automobile, l'aménagement des villes a changé de manière telle qu'il est devenu impossible à la majorité des gens de se rendre à pied à leur travail, dans les magasins et dans les lieux de divertissement ; …
une nouvelle technologie est souvent tout d'abord l'objet d'un choix, mais elle ne le reste pas nécessairement. Dans de nombreux cas, elle transforme la société de telle manière que les gens se trouvent finalement contraints de l'utiliser.

Le seul espoir, pour Kaczynski est que les tensions induites par le système conduisent les gens à se révolter, paragraphe 134 :

Pour toutes ces raisons, la technologie est une force sociale bien plus puissante que l'aspiration à la liberté. Mais il faut apporter à cette affirmation une réserve de taille. Il est certain qu'au cours des prochaines décennies, le système industriel-technologique subira des tensions considérables liées aux problèmes écologiques et économiques, et plus particulièrement aux troubles du comportement humain (aliénation, rébellion, agressivité, troubles sociaux et psychologiques divers). Nous espérons que ces tensions prévisibles entraîneront le système à sa perte, ou du moins l'affaibliront suffisamment pour qu'une révolution se produise et soit victorieuse. Alors seulement aura-t-on la preuve que le désir de liberté est plus puissant que la technologie.

La révolution semble en effet plus aisée que la réforme à Kaczynski qui remarque que des problèmes relativement simples, comme l’écologie (voir l’intéressant paragraphe 137) demeurent irrésolus – les dernières gesticulations de Copenhague lui donnent raison – ce qui laisse prévoir que la conciliation bien plus difficile à obtenir, selon lui, entre technologie et liberté ne pourra être atteinte.
Mais cette révolution peut ne jamais advenir, car le système technologique acquiert des moyens de plus en plus important de contrôler les comportements humains. Il peut donc se maintenir, à la différence des anciennes sociétés qui s’effondraient lorsque leur tyrannie devenait insupportable. Paragraphe 145 :

Qu'on imagine une société soumettant les gens à des conditions qui les rendent terriblement malheureux, tout en leur procurant des médicaments qui leur ôtent toute conscience de leur malheur. Science-fiction ? Dans une certaine mesure, nous y sommes déjà. …

Comme moyens de contrôle de la société moderne, Kaczynski cite les médicaments, les diverses techniques de surveillance et de marketing, l’organisation des loisirs et des divertissements de masse, l’éducation et la génétique… Paragraphe 160 :

A tous ceux qui pensent que cela relève de la science-fiction, nous répondons que la science-fiction d'hier est la réalité d'aujourd'hui. La révolution industrielle a radicalement changé l'environnement et le mode de vie de l'homme, et comme la technologie s'attaque désormais au corps humain et à son esprit, il faut s'attendre à ce que l'homme lui-même soit changé tout aussi radicalement que le furent son environnement et son mode de vie.

Et paragraphe 162 :

Le système est engagé actuellement dans une lutte désespérée pour résoudre certains problèmes qui menacent sa survie, parmi lesquels celui du comportement humain, qui est le plus important. Si le système réussit à mettre en place assez rapidement un contrôle suffisant, il survivra probablement. Sinon, il disparaîtra. Nous pensons qu'il faudra plusieurs décennies pour trancher cette question, disons entre quarante et cent ans.

L’espèce humaine est donc, selon Kaczynski, à « la croisée des chemins ». Les nouvelles techniques de contrôle du comportement ne sont pas si simples à mettre en œuvre et les individus se révoltent de multiples façons, paragraphe 165 :

Mais supposez au contraire que le système échoue à maîtriser les tensions des décennies à venir. S'il s'effondre, il s'ensuivra sans doute une période de chaos, une «époque de troubles» semblable à celles que l'histoire a traversées à plusieurs reprises par le passé. Il est impossible de prédire ce qui en émergera alors, mais, de toute façon, ce sera pour l'humanité une nouvelle chance. ...

1.6 Les conséquences de cette révolution sont analysées, de même que les conséquence de son échec qui conduirait soit à l’extinction de l’humanité soit à son asservissement total.

Il faut donc s’atteler à deux tâches principales, paragraphe 166 :

Ceux qui haïssent l'esclavage dans lequel le système industriel tient l'espèce humaine doivent donc s'atteler à deux tâches précises. Nous devons tout d'abord travailler à aiguiser les tensions sociales afin de précipiter l'effondrement du système ou, en tout cas, l'affaiblir suffisamment pour qu'une révolution devienne possible. Il est nécessaire ensuite de développer et de propager, en prévision d'un moment où le système sera assez affaibli, une idéologie opposée à la technologie et au système industriel. Son but étant de s'assurer qu'au moment de l'effondrement, s'il vient à se produire, soit mis en pièces tout ce qui subsistera de la société industrielle, de sorte qu'elle ne puisse plus être reconstituée. Les usines devront être détruites, les livres techniques brûlés, etc.

Cette révolution, engendrera nécessairement de nombreuses souffrances, que Kaczynski ne cherche pas à dissimuler, page 167 :

Une action révolutionnaire ne suffira pas à mettre bas le système industriel. Pour qu'il devienne vulnérable aux assauts révolutionnaires, il faut que ses problèmes internes de développement engendrent de très sérieuses difficultés. S'il s'effondre, ce sera soit spontanément, soit par un processus de dissolution en partie spontané mais précipité par les révolutionnaires. En cas d'effondrement soudain, beaucoup de gens mourront, puisque la population mondiale est devenue si démesurée qu'elle ne peut même plus se nourrir sans l'aide de la technologie avancée. Même en cas d'effondrement progressif — auquel cas la réduction de la population s'effectuerait davantage par une baisse du taux de natalité que par une hausse du taux de mortalité —, le processus de désindustrialisation sera probablement très chaotique et engendrera de grandes souffrances. Il est naïf de vouloir supprimer la technologie graduellement, d'une manière douce, contrôlée et ordonnée, en particulier parce que les technophiles se battront avec opiniâtreté à chaque étape. Est-il par conséquent cruel de travailler à l'effondrement du système ? Cela dépend. Premièrement, pour que les révolutionnaires puissent le détruire, il faut qu'il connaisse déjà des difficultés telles que son effondrement spontané soit des plus probable ; et comme plus le système s'étendra, plus les conséquences de son effondrement seront désastreuses, il se peut qu'en hâtant le moment de l'effondrement, les révolutionnaires réduisent l'étendue du désastre.

 

 

 

 

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 13:11
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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 00:38
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